Travelling Avant

9 août 2009

Thirst et Tokyo Sonata, à l’affiche à Montréal

Filed under: Cinéma japonais, Cinéma sud-coréen — Marc-André @ 22:47
Thirst

Thirst

Pincez-moi, je rêve : pas un, mais bien deux films asiatiques ont pris simultanément l’affiche à Montréal cette fin de semaine. L’événement est trop exceptionnel pour ne pas le souligner, d’autant plus qu’il est question de deux sorties d’importance. L’une provient de Corée du Sud et l’autre du Japon, et chacune propose la plus récente oeuvre de cinéastes dont on suit le travail avec un immense intérêt.

Thirst, de Park Chan-wook, était l’une des têtes d’affiche de Fantasia il y a à peine quelques semaines, où il a été présenté en première nord-américaine après avoir raflé ex aequo le prestigieux Prix du jury au Festival de Cannes. C’était un film extrêmement attendu, et le moins que l’on puisse dire, c’est que la plus récente offrande du chef de file de la nouvelle vague sud-coréenne divise fortement les avis. Certains le considèrent comme le meilleur film du réalisateur de la célèbre trilogie de la vengeance, ce qui n’est pas peu dire. D’autres sont restés plus perplexes devant la dimension baroque de l’oeuvre, qui bascule allègrement de la comédie au drame en passant par un cocktail déroutant de références zoliennes et de relectures étonnantes de la mythologie vampirique. Je dois malheureusement me ranger dans le second camp, en dépit du fait que plusieurs aspects m’ont grandement plu. Je suis d’avis que l’oeuvre est en bonne partie gâchée en raison d’un traitement humoristique qui m’a semblé se perdre dans ses excès de cabotinage malvenu. (Voir mon compte rendu pour plus de détails). N’empêche, Thirst est assurément un film incontournable pour tous les amateurs de cinéma asiatique et de cinéma fantastique, et la diversité des opinions ne fait que confirmer que l’on n’a pas fini d’entendre parler de ce film singulier et d’une indéniable richesse sur le plan de la mise en scène, que je me promets d’ailleurs de revoir. À voir au AMC Forum pour se faire sa propre idée.

Tokyo Sonata

Tokyo Sonata

Tokyo Sonata, de Kiyoshi Kurosawa, est en revanche un coup de coeur absolu. Je dois dire que je suis un inconditionnel de l’oeuvre idiosyncratique de ce cinéaste que l’on a trop rapidement et injustement associé à la vague déferlante du J-Horror, et qui mérite certainement mieux que d’être confiné à la vague horrifique nipponne des dix dernières années. Mais là, il se surpasse et atteint un état de grâce exceptionnel avec cette méditation énigmatique et touchante sur l’éclatement des cellules sociale et familiale du pays du soleil levant.

Plusieurs commentateurs ont affirmé que le réalisateur renouvelait en profondeur son oeuvre et son approche avec ce film, et il est vrai qu’il signe ici une pièce magistrale qui se hisse aisément au sommet de sa filmographie, aux côtés de Cure. Mais n’écoutez pas les propos évoquant un détour du côté du réalisme : Tokyo Sonata n’est en aucun cas à considérer comme une rupture de ton. Au contraire, ce récit d’un père de famille soudainement licencié, qui le dissimule à sa femme et à ses enfants qui sont, eux aussi, en proie à des dilemmes d’ordre existentiel et à des jeux de cache-cache, se déploie en parfaite continuité avec ses oeuvres précédentes. Il se détache toutefois des filiations plus directes avec le cinéma de genre, ce que Kurosawa avait entamé antérieurement dans des oeuvres telles que Charisma et Bright Future, déjà nettement en retrait des poncifs horrifiques attendus. Tokyo Sonata mène ces explorations plus loin, avec un propos social mieux défini : ici, le fardeau des responsabilités professionnelles et le rôle et les aspirations de chacun au sein du noyau familial seront mis à rude épreuve. Chacun, parent, enfant, sera forcé de se redéfinir.

Certes, des cinéastes tels que Laurent Cantet, avec L’emploi du temps, ont déjà exploré avec pertinence des thématiques similaires. Mais Kiyoshi Kuroswawa filme le moment de la fêlure, capte les signes de l’éclatement progressif du modèle nippon et imagine ses retombées, d’une grande puissance symbolique. La radiographie débouche ainsi dans des zones cinématographiques radicalement nouvelles. En explorant les frontières d’un fantastique soudainement plus diffus, quasiment imperceptible, Kurosawa travaille la porosité du réel et l’irrésistible fissure des masques sociaux avec une acuité et un sens du mystère époustouflants, qui n’exclut pas le recours à quelques éléments comiques qui ne font qu’accentuer la fascinante étrangeté de l’ensemble.

Le propos est d’une indéniable actualité, et la mise en scène, admirable d’intelligence. La séquence finale est à elle seule un moment d’anthologie pure qui soulève un frisson et une vague d’émotion. Que vous ayez apprécié ou non les autres films de Kiyoshi Kurosawa, faites-vous un devoir de visionner Tokyo Sonata. À l’affiche de Cinéma du Parc.

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