Travelling Avant

19 juillet 2009

Fantasia 2009 : Crush and Blush

Filed under: Cinéma sud-coréen, Comédie, Fantasia 2009 — Marc-André @ 13:30
Crush and Blush

Crush and Blush

Les comédies sud-coréennes ne brillent pas toutes par leur subtilité. En voici une tout à fait originale et qui se hisse nettement hors du lot.

La figure centrale de Crush and Blush est une enseignante à la personnalité quelque peu incongrue. Sorte de souffre-douleur marginale et à côté de ses pompes, Me-sook est passée de la risée de son école au rôle peu enviable de professeur la plus méprisée du campus. Vivement émotive – comme en témoigne le rougoiement perpétuel de ses joues – et cultivant une lubie obsessionnelle maladive pour un collègue marié qui ne s’intéresse nullement à elle, Me-sook concocte de vils stratagèmes afin de saccager sa vie personnelle, convaincue qu’il finira par tomber dans ses bras. Pour ce faire, elle ne recule devant rien : elle ment et manipule jusqu’à plus soif afin de réaliser ses sombres desseins, notamment en s’acoquinant avec la fille de sa cible masculine, et développe même une fausse amitié avec une professeure rivale qui, elle, semble plutôt tombée dans l’oeil du monsieur.

On imagine tout le vaudeville superficiel que de telles prémisses pourraient engendrer. Et le grand mérite de Crush and Blush est d’éviter de sombrer dans la surenchère et le pathos, à l’aide d’un humour à la fois cruel, noir, extrêmement fin et bien dosé. Ce n’est pas un hasard si une femme cinéaste est aux commandes de cette comédie diablement étonnante : la perspective féminine éclaire de manière inédite et avec une grande dose d’humanisme le jeu des relations, les aléas du désir, les petites vengeances et les fantasmes débridés qui émergent de situations absolument rocambolesques, où le quiproquos règne en maître, sans jamais basculer dans le cabotinage. Le scénario, cosigné par la cinéaste et par un certain Park Chan-wook (qui ne m’a pourtant pas du tout convaincu de ses talents pour la comédie dans Thirst, dont c’était très certainement l’aspect le plus raté) fait flèche de tout bois, distillant les moments comiques avec flair. La mise en scène fourmille de trouvailles, cultivant une certaine excentricité des situations, mais sans excès. Cet équilibre dans la folie, avec un penchant pour le biscornu bien assumé sans s’y vautrer, donne des résultats charmants et divertissants, mais regorgeant d’intelligence et de petits détails savoureux.

La réussite de cette comédie noire singulière tient enfin sur les épaules de l’actrice Kong Hyo-jin, tout simplement formidable dans le rôle principal. Les risques étaient grands de n’offrir qu’une caricature bizarroïde sur deux pattes avec ce personnage de jeune femme fantasque et hystérique. Elle campe plutôt un être complexe et déchiré, qui nous exaspère tout autant qu’il nous fascine et séduit, avec ses éruptions colériques, ses atermoiements existentiels et la tragique incongruité de ses sentiments amoureux.

Crush and Blush s’impose aisément comme l’une des meilleures comédies sud-coréennes des dernières années. Le fait qu’elle s’éloigne avec panache des pitreries et des facilités habituelles y est tout sauf étranger. En reprise le lundi 20 juillet, à 15 heures, salle J.A. de Sève (détails).

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