Travelling Avant

16 juin 2009

Il y a dix ans… Eyes Wide Shut

Filed under: Cinéma américain, Cinéma anglais — Marc-André @ 15:08
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Eyes Wide Shut, de Stanley Kubrick (1999)

Dr. Bill Harford: Now, where exactly are we going… exactly?
Gayle: Where the rainbow ends.
Dr. Bill Harford: Where the rainbow ends?
Nuala: Don’t you want to go where the rainbow ends?
Dr. Bill Harford: Well, now that depends where that is.
Gayle: Well, let’s find out.

Le 16 juillet 2009 marquera le dixième anniversaire de la sortie de Eyes Wide Shut, opus ultime de Stanley Kubrick, décédé en mars 1999. Comme je serai en pleine frénésie festivalière à Fantasia lors de cette date commémorative, je souhaite souligner l’événement, un mois à l’avance, en hommage à un cinéaste d’exception et à une oeuvre magistrale.

Impossible d’oublier l’atmosphère de jubilation funèbre qui accompagnait le visionnement du film, le premier jour de sa sortie. Cette sensation confuse de célébration – un Kubrick au cinéma, pour la première fois depuis Full Metal Jacket, en 1987, il y avait de quoi réjouir le cinéphile – mais aussi de deuil, car c’était bien la dernière fois que le maître nous faisait la grimace, sourire en coin, en se moquant de nos travers et de nos croyances avec une redoutable intelligence et acuité. À l’heure des multiplexes, antres d’une culture du chloroforme et de la servilité mercantile, combien son regard nous manque, alors que nous sommes plus que jamais bombardés d’images que nous déchiffrons peu ou mal. Avec les yeux grands fermés, encore et toujours.

Périodiquement, depuis une décennie, je revois Eyes Wide Shut. Des détails nouveaux surgissent à chaque occasion; la fascination, elle, est intacte, comme au moment de sa découverte, mais elle s’épaissit et s’enrichit de pistes de réflexion tendues vers l’infini. Un magnifique mystère persiste : celui du unheimlich de Freud. L’inquiétante étrangeté, « quelque chose de tout à fait nouveau et à quoi notre attente n’était certainement pas préparée […] ce qui devait rester un secret, dans l’ombre, et qui en est sorti ». Ne retrouve-t-on pas là l’essence même de la confession d’Alice (Nicole Kidman), puis des déambulations nocturnes de Bill (Tom Cruise), soudainement transporté de l’autre côté du miroir? Where the rainbow ends. Là où le rêve et les fantasmes questionnent notre rapport discontinu à ce que nous nommons la réalité, et qui n’est le plus souvent qu’apparences.

Eyes Wide Shut convie à toutes les lectures. Psychanalytique, bien sûr; symbolique, certainement; référentielle, assurément; sociologique, peut-être plus encore, comme l’a démontré Tim Kreider (voir son article intitulé « Introducing Sociology: A Review of Eyes Wide Shut »). Profondément incompris lors de sa sortie, injustement jugé inférieur aux oeuvres qui l’ont précédé, le film suscite de plus en plus d’analyses (dont celle, plan par plan, de Jeffrey Bernstein) qui permettront, souhaitons-le, de lui redonner sa place, qui est celle de l’un des plus grands chefs-d’oeuvre cinématographiques des dix dernières années.

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