Travelling Avant

8 juillet 2008

Fantasia 2008, jour 6 : Second Skin, Triangle, Mad Detective, DJ XL5’s Hellzapoppin Zappin’ Party

Filed under: Cinéma américain, Cinéma hong kongais, Documentaire, Fantasia 2008 — Marc-André @ 23:48

Carnets Fantasia 2008 : 8 juillet

Second Skin (Juan Carlos Pineiro-Escoriaza, État-Unis, 2008)

Second Skin (Juan Carlos Pineiro-Escoriaza, État-Unis, 2008)

Quoiqu’en disent les néophytes et les médias généralistes, qui projettent trop souvent une image fort stéréotypée du festival, les jours se suivent et ne se ressemblent pas à Fantasia. On bascule d’un univers, d’un genre et d’un sujet à l’autre, souvent sans crier gare. Il est toutefois bien intéressant d’établir des filiations et de discerner des thématiques récurrentes qui permettent d’approfondir et d’enrichir l’expérience. C’est le cas avec cette première de plusieurs excursions du côté des documentaires de la série Documentaries From the Edge, qui est de retour cette année, pour notre plus grand plaisir.

Entre deux séances de défoulement collectif, cette sélection nous permet de nous offrir quelques moments de cogitation et de réflexion. On se souviendra que la cuvée de l’an dernier nous avait réservé de très belles découvertes. Qu’en est-il de Second Skin, un documentaire consacré à l’univers des « gamers », et plus particulièrement à la compulsion maladive des adeptes du jeu vidéo en ligne et à la place qu’occupe cette obsession au sein de leur vie? Sans chercher à dénoncer ou à défendre les individus choisis pour illustrer son propos, le film de Juan Carlos Pineiro-Escoriaza dose admirablement des renseignements sur le sujet et une présentation résolument empathique de ses protagonistes, tout en prenant soin de laisser entrevoir leurs contradictions et la complexité de leurs expériences.

De cette manière, il offre un portrait passionnant d’une demi-douzaine d’hommes et de femmes que l’on suit jusque dans leur intimité, souvent fort révélatrice, sans négliger la dimension réflexive et sociale du phénomène. Le résultat est un film qui nous porte à réfléchir sur nos propres lubies et obsessions (la cinéphilie, peut-être?), tout en faisant écho à des films comme The King of Kong ou Cinemania. Sans être aussi achevé que ces deux exemples, Second Skin vaut assurément le détour.

Triangle (Ringo Lam, Johnnie To et Tsui Hark, Hong Kong, 2007)

Triangle (Ringo Lam, Johnnie To et Tsui Hark, Hong Kong, 2007)

Enchaînons avec un doublé noir en provenance de Hong Kong, qui poursuit le cycle Johnnie To amorcé la veille avec la brillante comédie romantico-nostalgique Sparrow. D’abord, Triangle, qui ne serait qu’un autre thriller sans intérêt s’il ne revendiquait pas la particularité d’être signé par trois des cinéastes les plus connus de Hong Kong : Tsui Hark, Ringo Lam et Johnnie To, qui se donnent le relais à la mise en scène afin de raconter une seule et même histoire, sur fond de trahisons, de trésor caché et de poursuites incessantes. On y retrouve la galerie habituelle des figures de proue de la Milkyway, notamment Simon Yam, Luis Koo, Kelly Lin et Lam Suet, ainsi que les effets de style et le rythme nerveux du polar à la façon hong kongaise. Amorcé sur des chapeaux de roue par Tsui Hark, qui joue à fond la carte de l’action, le film s’enlise quelque peu à la mi-parcours, sous la gouverne de Ringo Lam, sans qu’on puisse distinguer à quel moment celui-ci prend le flambeau des mains du premier. Le film reprend un peu de verve dans une dernière partie où Johnnie To multiplie les situations inusitées et des traits d’humour qui vont du sympathique au carrément n’importe quoi. Sans être une entière réussite, malgré ses hésitations et ses faux pas, Triangle mérite d’être vu, plus particulièrement pour les inconditionnels du cinéma de Hong Kong.

Mad Detective (Johnnie To et Wai Ka-Fai, Hong Kong, 2007)

Mad Detective (Johnnie To et Wai Ka-Fai, Hong Kong, 2007)

La suite se révèle toutefois nettement plus substantielle et passionnante à suivre de bout en bout. Mad Detective, co-signé par Johnnie To et par son complice Wai Ka-Fai, compte parmi les plus belles réussites du maître de l’écurie Milkyway. On y retrouve l’acteur Lau Ching-Wan, qui avait fait sa marque avec Johnnie To à la fin des années quatre-vingt-dix, et qui nous offre une prestation absolument mémorable. Plutôt invisible au cours des dernières années, l’acteur effectue un retour en très grande forme dans le rôle d’un détective complètement fêlé qui peut voir les différentes personnalités intérieures d’une personne, et qui se met dans la peau de ses suspects afin de mieux comprendre leurs agissements. Débouté de ses fonctions, il est appelé à la rescousse par un jeune détective qui éprouve de l’admiration pour lui, afin de résoudre la mystérieuse disparition d’un policier. C’est l’occasion pour Johnnie To de poursuivre son incroyable série de réussites d’exception, amorcée avec le diptyque des Election et poursuivie avec le brillantissime Exiled. Cette fois, le ton glisse vers une savante concoction d’étrangeté et de cocasseries débouchant vers une enquête policière qui se hisse subtilement hors des sentiers battus, avant de se terminer en apothéose, le temps d’une scène d’anthologie (une autre) dans une salle parsemée de miroirs. Que dire, sinon qu’avec Johnnie To, c’est toujours le festin royal.

DJ XL5’s Hellzapoppin Zappin’ Party

On termine cette journée en beauté avec le rendez-vous festif annuel cuisiné par DJ XL5, toujours aussi jouissif et apprécié de la foule qui s’est déplacée en grand nombre. Passée une savoureuse introduction composée d’intermèdes rétro des années soixante, soixante-dix et quatre-vingt, y compris l’inénarrable bande annonce du giallo Torso et la totalité du vidéoclip « Party All the Time », une bouse involontairement hilarante de Eddie Murphy et Rick James qui aura fait hurler de rire la salle au complet, Marc Lamothe nous présente le programme de cette année, intitulé DJ XL5’s Hellzapoppin Zappin’ Party – deux heures de pur délire, de connerie ininterrompue et de cabotinage de toute provenance, le tout étant mixé avec grand art.

La sélection est hétéroclite, et laisse une large place à l’animation ainsi qu’à la scène québécoise, chaudement applaudie d’ailleurs. Il serait trop long d’énumérer tous les moments à retenir de cette projection haute en couleur, mais mentionnons le jubilatoire et incroyablement inventif « Battle of the Album Covers », les trois courts métrages d’Adam Green, en particulier un « Oh Sherrie! » pissant avec son anti-héros affublé d’une coupe Longueuil et d’une collection impressionnante de t-shirts ringards, et la série de brillants pastiches documentaire « Golden Age », d’Aaron Augenblick.

Dans la catégorie niaiserie québécoise indécrottable, on s’est bien marré avec « 2072 », une animation minimaliste ridicule de Simon Lacroix, ainsi qu’avec « Ninja Eliminator », l’un des meilleurs films jamais tournés dans le Chinatown de Montréal. En prime, les spectateurs présents ont également pu visionner « 16 33 45 78 », un collage virtuose réalisé par DJ XL5 lui-même, avec l’aide de Francis Théberge. Ce montage en accéléré de centaines de pochettes d’album permet d’effectuer un véritable voyage musical dans le temps, une excellente idée appuyée par des choix judicieux qui témoignent d’une formidable connaissance de la culture pop. Nul besoin de dire que DJ XL5 a une fois de plus atteint la cible avec brio cette année. On ne saurait se passer de ce rendez-vous hautement comique, devenu un élément incontournable du festival.

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