Travelling Avant

5 juillet 2008

Fantasia 2008, jour 3 : Tales To Keep You Awake, Disciples of the 36th Chamber, Le Grand Chef, Jack Brooks: Monster Slayer et Mother of Tears

Carnets Fantasia 2008 : 5 juillet

Tales To Keep You Awake (Espagne, 2007)

Tales To Keep You Awake (Espagne, 2007)

On passe à la vitesse festivalière supérieure aujourd’hui, avec un programme bien chargé de cinq films – que dis-je, six films, puisque la première séance propose un doublé d’histoires horrifiques espagnoles. Avant de s’offrir l’expérience [rec], que l’on verra demain et qui nous promet un grand moment de pure terreur, place à deux des six récits de l’anthologie intitulée  Películas Para No Dormir (Tales to Keep You Awake), présentés coup sur coup dans la grande salle. Conçus pour la télévision espagnole, ces épisodes qui évoquent la série américaine des Masters of Horror sont réalisés par certains des meilleurs talents du cinéma d’horreur espagnol.

Fantasia a justement sélectionné les films de deux des plus grands noms associés à cette série : ceux de Alex de la Iglesia et de Jaume Balaguero. Le premier signe Baby’s Room, un thriller d’épouvante teinté d’un humour noir cinglant qui ressemble à un sketch des Alfred Hitchcock Presents, tout en portant la marque distinctive habituelle du réalisateur, qui se fait plaisir en racontant le cauchemar d’un couple de nouveaux parents qui en viennent à croire que leur nouvelle maison est hantée. Balaguero, quant à lui, arpente un territoire plus sanguinolent et viscéral avec  To Let, où un autre couple a une bien mauvaise surprise en visitant un appartement éloigné du centre de la ville. On passe un bon moment dans les deux cas, même s’il n’y a rien de mémorable à retenir de ces films d’une durée légèrement inférieure à celle d’un long métrage.

Disciples of the 36th Chamber (Liu Chia0-Liang, Hong Kong, 1985)

Disciples of the 36th Chamber (Liu Chia0-Liang, Hong Kong, 1985)

La séance suivante est très attendue, et elle réserve un beau moment pour les inconditionnels de la première heure de Fantasia. Après avoir salué la foule avant la projection de Sukiyaki Western Django, lors de la soirée d’ouverture, le légendaire Gordon Liu est de retour, cette fois pour présenter une copie restaurée de Disciples of the 36th Chamber à un public qui lui réserve un accueil chaleureux. L’acteur et maître de kung fu n’y tient pas le rôle principal, et la comédie l’emporte largement sur les séquences de combat, ce qui n’empêchera pas la foule de savourer ce film d’action campé dans la plus pure tradition instaurée par le studio des Shaw Brothers. La séquence finale livre enfin son lot d’acrobaties époustouflantes et nous permet de voir Gordon Liu à l’oeuvre, pour le plus grand plaisir des spectateurs. Lorsqu’il revient sur scène, Gordon Liu accepte avec beaucoup de générosité de répondre à de nombreuses questions et même d’effectuer une démonstration de kung fu improvisée et de signer des autographes pour ses admirateurs. On se souviendra très certainement de ce moment.


Le Grand Chef (Jeon Yun-su, Corée du Sud, 2007)

Le Grand Chef (Jeon Yun-su, Corée du Sud, 2007)

Ensuite, le temps est venu de visionner notre premier long métrage sud-coréen du festival – le premier d’une longue série, évidemment, puisque je compte en voir le plus grand nombre possible, comme à chaque année depuis la révélation des Kim Ki-duk et Park Chan-wook. La Corée du Sud est une cinématographie que j’affectionne particulièrement depuis de nombreuses années, mais on parle d’un certain essoufflement depuis la réduction des quotas de films locaux l’an dernier.

Qu’en est-il donc du film Le Grand Chef, qui raconte le combat à finir entre deux cuisiniers de grand talent qui sont engagés dans une lutte sans merci afin de décrocher le titre prestigieux de chef royal en leur pays? Et bien force est d’avouer qu’il s’agit d’une déception. Quelques aspects culturels intéressants et plusieurs séquences qui mettent l’eau à la bouche ne sauraient faire oublier le caractère résolument commercial et superficiel d’un long métrage qui se réfugie systématiquement dans les stéréotypes manichéens du bon-garçon-qui-est-trop-gentil et du vilain-méchant-qui-est-vraiment-épouvantable. Côté suspense, on ne sera guère surpris que la préparation d’une soupe au boeuf n’offre guère de tension dramatique et tombe quelque peu à plat. Et quand, en plus, on abuse largement d’une sauce mélodramatique riche en mièvrerie saturée, on a davantage l’impression d’être devant un plat congelé passé au micro-ondes que devant un mets raffiné.

Jack Brooks: Monster Slayer (Jon Knautz, Canada, 2007)

Jack Brooks: Monster Slayer (Jon Knautz, Canada, 2007)

Faisons un saut de la cuisine à la plomberie avec la projection de Jack Brooks: Monster Slayer, qui constitue l’événement de ce premier samedi de Fantasia 2008. La salle est comble, les gens sont fébriles et l’atmosphère est à la fête, car on nous promet un film d’horreur dans la plus pure tradition des Evil Dead et des glorieuses années quatre-vingt, qui semblent être le saint Graal de plusieurs inconditionnels de cinéma d’horreur. M’enfin, chacun ses lubies.

Le personnage principal, nommé à même le titre du film, est un plombier caractériel qui pète un câble beaucoup trop souvent au goût de son entourage. Il fait effectivement beaucoup penser au personnage de Ash, immortalisé par l’icône Bruce Campbell dans la fameuse trilogie de Sam Raimi. Parlant d’icône, tiens n’est-ce pas Robert Englund dans le rôle du professeur de science qui donne des cours du soir à Jack? Eh bien oui, monsieur Freddy Krueger lui-même s’offre ici une performance savoureuse qui, à elle seule, vaut le déplacement pour les fans. Mais ce n’est pas tout : on a droit à une espèce de Jabba the Hut avec des tentacules et à des monstres particulièrement hideux et agressifs, entièrement faits de latex – pas d’effets numériques dans ce film, et on les remercie mille fois.

Donc, après un début plutôt lent et une série de gags corrects, la dernière partie de ce film d’horreur somme toute assez moyen donne à son public ce qu’il attend, c’est-à-dire une joyeuse virée de torchage de monstres, le tout sans prétention et avec le souci du travail artisanal bien fait. De là à crier au chef-d’oeuvre, comme sur certains sites d’horreur spécialisés, il y a une marge que je ne franchirai évidemment pas, parce que franchement, il n’y a vraiment pas de quoi s’énerver à ce point avec un tel objet convenu. Ceci étant dit, la projection a connu un grand succès, la foule a réagi avec enthousiasme à chaque endroit qui le réclamait, et Jack Brooks plaira assurément à ceux qui sont déjà gagnés d’avance, ce qui est franchement pas mal pour un film d’horreur canadien à petit budget, manifestement réalisé avec savoir-faire et avec passion.

Personnellement, j’ai nettement préféré le court métrage présenté en ouverture : Treevenge, signé par Jason Eisener et Rob Cotterill, les mêmes zigotos qui avaient commis l’hilarant Hobo With a Shotgun, pastiche de bande annonce de films d’exploitation, pour le Grindhouse de Tarantino et Rodriguez. Ils récidivent avec un sens aigu de la méchanceté sanguinolente dans ce conte hilarant où des arbres se vengent cruellement du sort que leur réservent les humains. Quand les sapins de Noël imitent la barbarie humaine, croyez-moi, ça fait mal. Cette déflagration trash de quinze minutes a fait hurler la salle avec son déferlement de scènes gores et ses assauts sauvages et répétés envers le bon goût. Voilà une réponse parfaite au projet de loi C-10 de môssieur Harper et de sa bande de curés cravatés, en forme de doigt d’honneur bien senti.

Mother of Tears (Dario Argento, Italie, 2007)

Mother of Tears (Dario Argento, Italie, 2007)

Cette journée bien remplie quoique plutôt inégale devait se terminer en séance de minuit, avec la projection de Mother of Tears, de Dario Argento. Ce n’est un secret pour personne que le maître incontesté de l’horreur à l’italienne n’est plus que l’ombre de lui-même depuis la fin des années quatre-vingt. De fait, la dernière fois que je me suis risqué à visionner un film de Dario Argento, c’était The Card Player (Fantasia 2004), de bien triste et pénible mémoire. À cette époque, je m’étais promis de ne plus jamais écouter un nouveau film de ce cinéaste, tellement j’avais été consterné par le résultat.

Mais bien évidemment, je n’ai pas tenu parole, poussé par la curiosité. Parce qu’avec La Terza madre, Argento complète sa trilogie entamée avec Suspiria et Inferno, deux de ses meilleurs films. Aussi, parce qu’Asia Argento est de la partie, tout comme Udo Kier, et Claudio Simonetti signe la musique. Il y avait donc de quoi espérer un retour de la flamme créatrice et de l’inspiration. Hélas, pas du tout. Quelle consternation que ce film bâclé de terrible manière.

Entendons-nous, il s’agit presque d’un pas en avant en regard des productions précédentes. Mais ce n’est pas vraiment un compliment, tellement les productions antérieures étaient au mieux risibles, au pire insupportables. Et de là à affirmer que le maître a retrouvé la forme… Certes, on sent une plus grande ambition et une forme d’énergie chaotique dans la mise en scène, mais le résultat n’est tout simplement pas à la hauteur de ce à quoi le réalisateur nous a habitués au début de sa carrière.

On retrouve donc tous les problèmes chroniques du cinéma récent de Dario Argento, à savoir : un scénario médiocre et incohérent, qui ne sert que de prétexte à des scènes sanguinolentes, des effets faciles et racoleurs (des voix soi-disant lugubres utilisées de manière abusive et maladroite, des clichés gothiques de pacotille tirés tout droit des années quatre-vingt, une imagerie satanique absolument ringarde) et un jeu pitoyable de la part de tous les acteurs. L’interprétation est mauvaise au point où elle déclenche l’hilarité dans la salle à maintes reprises, de manière involontaire, bien entendu. Au vu de ce ratage quasi complet, cette fois, je le jure, on ne m’y reprendra plus.

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