Travelling Avant

16 octobre 2007

FNC 2007 : Ploy

Filed under: Cinéma thaïlandais, Festival du nouveau cinéma 2007 — Marc-André @ 12:11
Ploy

Ploy

Son film précédent, Invisible Waves, empruntait des avenues délétères et m’avait laissé dans un état de profonde perplexité. Cette fois-ci, nul doute possible : Ploy est immédiatement fascinant et durablement passionnant, et démontre toute l’étendue du talent de Pen-Ek Ratanaruang.

Une atmosphère onirique, sensuelle et mystérieuse plane sur ce récit opaque et intrigant, construit autour d’un couple de Thaïlandais habitant les États-Unis et qui effectue un retour dans son pays, le temps d’assister à un enterrement à Bangkok. Engourdis par le décalage horaire, préoccupés par leur relation qui se désagrège, ils seront confrontés à leurs sentiments et à leurs états d’âme, marqués par la jalousie, l’ennui et la solitude, le temps d’un séjour dans une chambre d’hôtel. Une dynamique à trois s’installe dans ce lieu clos quand le mari ramène une jeune étrangère de 19 ans nommée Ploy, qu’il rencontre au bar de l’hôtel tandis que sa femme tente de dormir dans la chambre. L’irruption de cette étrangère au sein de leur intimité en déroute devient un élément perturbateur qui attisera la colère de la femme et qui cristallisera les conflits latents du couple. Pendant ce temps, dans une chambre voisine, deux employés de l’hôtel se plongent dans des ébats langoureux et brûlants.

Mais tout cela est-il véritablement en train de se passer, ou est-ce plutôt là le fruit défendu de l’imagination d’un couple qui, sous le poids de la fatigue et du sommeil interrompu, laisse libre cours à ses inquiétudes et à ses fantasmes? C’est là que se situe toute la réussite de ce film envoûtant et inquiétant. L’état somnambulique et les rêves de ces trois personnages qui glissent entre le sommeil et l’éveil viennent contaminer la structure narrative, qui installe lentement une zone d’étrangeté décalée, sourde et impalpable, où l’érotisme, l’étrange et le mystère occupent une place prépondérante. Magnifiquement appuyée par une musique omniprésente, arrière-fond presque menaçant et révélateur d’angoisse, la mise en scène se déploie tout en souplesse, épousant parfaitement le climat de rêve, de désir, de sensualité et d’anxiété qui hante les protagonistes. Avec une très grande habileté, Ratanaruang projette le spectateur dans un univers parallèle qui évoque à merveille les sensations de fatigue et de confusion provoquées par le décalage horaire.

Comme toujours, le cinéaste thaïlandais utilise quelques ressorts du thriller afin de laisser planer une aura de tension et d’énigme, qui bascule parfois dans des situations saugrenues ou des scènes torrides, dont on ignore si elles appartiennent aux rêves de chacun des protagonistes ou si elles se produisent réellement, tant elles revêtent un caractère fantasmé ou cauchemardesque. Mais Ploy est d’abord et avant tout une brillante exploration des affres du couple, ici perdu dans des dédales de fantasmes, de jalousie et d’incommunicabilité. En cours de route, la frontière entre le rêve et la réalité aura été complètement brouillée, pour notre plus grand plaisir.

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