Travelling Avant

21 juillet 2007

Fantasia 2007 : Sun Scarred

Filed under: Cinéma japonais, Drame, Fantasia 2007 — Marc-André @ 17:55
Sun Scarred (Takashi Miike, Japon, 2006)

Sun Scarred (Takashi Miike, Japon, 2006)

On aura associé des dizaines et des dizaines d’épithètes superlatives à Takashi Miike au cours des dix dernières années, mais on n’aura jamais songé à le qualifier de conventionnel ou de populaire. Ce sont pourtant ces qualificatifs qui viennent en tête en visionnant Sun Scarred, un drame social que l’on pourrait presque associer à un cinéma grand public, tant le maître nippon de la provocation et de l’hystérie iconoclaste opte ici pour une approche linéaire et aborde un sujet tout ce qu’il y a de plus sérieux et grave, à savoir le fléau de la criminalité juvénile et des errements du système judiciaire japonais. Un contraste saisissant avec le très expérimental et poétique Big Bang Love: Juvenile A, tourné la même année. Bien que ce film ne compte pas parmi ses plus grandes réussites, il constitue un exemple de plus confirmant l’étourdissante capacité de renouvellement de ce cinéaste caméléon, à l’aise dans des registres de plus en plus diversifiés.

Miike retrouve Sho Aikawa, un des plus fidèles interprètes de sa filmographie, dans le rôle titre d’un homme faisant beaucoup penser au personnage de Charles Bronson dans Death Wish. Aikawa incarne un honnête travailleur et père de famille sans histoire qui a le malheur de porter secours à une dame qui est agressée par une bande de jeunes voyous. Ayant humiliés ceux-ci, ce pauvre homme verra sa vie basculer lorsque la bande de petites frappes décidera de s’en prendre à sa famille. Une tragédie s’ensuit, insuffisamment punie par la loi. Les conséquences sont terribles pour cet homme, qui décide alors de retrouver les coupables et d’exercer sa propre vengeance.

C’est donc le motif du justicier solitaire, si populaire dans le cinéma américain des années soixante-dix, qui est revisité par Takashi Miike dans un Japon contemporain où une jeunesse insouciante et cruelle terrorise les honnêtes citoyens, tandis que la loi préfère fermer les yeux devant leurs actes criminels. Conjuguant le drame psychologique à portée sociale avec les éléments d’un thriller funèbre qui prend véritablement son envol dans la deuxième partie du film, Miike étonne par l’emploi d’un style sobre, dénué d’expérimentation et de bizarreries, ainsi qu’une construction et un rythme extrêmement traditionnels. Seules quelques séquences en noir et blanc et une finale enlevée sont là pour souligner les préoccupations esthétiques et les obsessions habituelles du cinéaste. Il ne faut toutefois pas se surprendre outre mesure de la tangente adoptée par cette oeuvre d’apparence « mainstream », mais qui l’est beaucoup moins qu’elle en a l’air.

Certes, cette démarche s’inscrit en continuité avec Zebraman et The Great Yokai War, qui annonçaient déjà un Takashi Miike plus accessible. Mais ces deux films se situaient d’emblée dans un registre ludique et fantastique qui est tout à l’opposé de celui de Sun Scarred, résolument ancré dans un réel tragique. Aussi, c’est surtout le volet social de sa filmographie, en particulier les films de la fin des années quatre-vingt-dix, Ley Lines et Rainy Dog en tête, que reconduit cette oeuvre sombre et glacée, qui jette un terrible regard sur une société sans foi ni loi.

Dans Sun Scarred, la violence, élément thématique fondamental de la quasi totalité des films de son auteur, n’est plus un instrument d’agression et de confrontation des limites du spectateur, mais bien une tare nationale endémique et complexe, faisant de tous à la fois des victimes et des agresseurs. Miike en dénonce les ravages, de concert avec une critique de l’impuissance et des dérapages de la loi face aux actes juvéniles répréhensibles, tout comme l’impasse du règlement de compte personnel qui nourrit le cycle de la violence. Aussi, la barbarie de la jeunesse et les moyens désespérés qui sont employés par le personnage principal afin de la contrecarrer sont ultimement renvoyés dos à dos. Voilà une bien singulière et étonnante ironie que ce soit l’une des figures les plus emblématiques de la représentation extrême de la violence au cinéma qui en dénonce ainsi ses manifestations concrètes et leur impact social dévastateur.

Ce qui nous oblige, une fois de plus, à remettre en question les étiquettes simplistes que l’on a pu accoler à Miike au fil des années, en se basant uniquement sur quelques films chocs, épiphénomènes d’une oeuvre incroyablement riche et multiple. Sun Scarred révèle une nouvelle facette de son auteur, aux antipodes de l’absurde, du délire et de l’expérimentation, en tant que citoyen inquiet et soucieux des réalités de son pays. Décidément, Takashi Miike est de plus en plus pertinent, sur tous les fronts.

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