Travelling Avant

13 juillet 2007

Fantasia 2007 : Ghosts of Cité Soleil

Filed under: Cinéma danois, Documentaire, Fantasia 2007 — Marc-André @ 18:00
Ghosts of Cité Soleil (Asger Leth, Danemark / États-Unis, 2007)

Ghosts of Cité Soleil (Asger Leth, Danemark / États-Unis, 2007)

Au péril de sa propre vie, le cinéaste danois Asger Leth a filmé de l’intérieur les activités quotidiennes de deux frères rivaux et leaders de gangs du bidonville de Cité Soleil, à Port-au-Prince, en Haïti, qui revendique le titre peu enviable du quartier le plus pauvre et le plus dangereux de la planète.

Tourné en 2004, lors de la fin du règne et de la chute de Jean-Bertrand Aristide, son film est un tour de force absolument fascinant, qui témoigne d’une témérité hallucinante. La caméra suit à la trace « 2Pac » et « Bily », qui sont les guides de cette plongée au coeur des ténèbres. On découvre ainsi l’état de pauvreté extrême et d’indigence scandaleuse de la population, les rivalités et les guerres de clan, l’omniprésence des armes à feu, circulant entre toutes les mains, la violence endémique et le climat de terreur perpétuel qui est le lot de cette communauté.

Leth accorde une large place aux témoignages des deux hommes, qui partagent ainsi leurs rêves et leur vision de la vie. « 2Pac », figure principale du film, aspire à devenir un rappeur célèbre, mais il est avant tout un malfrat aux activités louches, voire carrément suspectes et potentiellement reliées aux « Chimères », cette milice de choc créée par Aristide et responsable d’actes d’intimidation envers la population.

Indiscrète jusqu’à en être impudique et même voyeuriste, l’approche de Leth le fait s’aventurer sans vergogne, avec un culot inouï, dans des situations conflictuelles qui risquent de dégénérer à tout moment en bain de sang, ou encore dans des avenues très personnelles, où l’on voit les protagonistes dans leur intimité dévoilée sans ambages, notamment leur relation avec Lélé, une infirmière française qui est tour à tour l’amante des deux frères et qui joue un rôle pour le moins intrigant dans cette histoire aux limites de l’invraisemblable et d’autant plus troublante qu’elle est authentique.

Les images sont saisissantes et la réalité qui est dévoilée a de quoi nous renverser. Si l’oeuvre propose de multiples pistes de lecture du contexte politique haïtien récent, Asger Leth refuse de prendre position, agissant essentiellement à titre de témoin indiscret. Ghosts of Cité Soleil prend ainsi la forme d’un reportage social viscéral effectué sans filet, très travaillé sur le plan visuel. L’esthétique du film, à la fois brute et léchée, propose un formidable travail sur les couleurs saturées, qui donnent un aspect stylisé aux prises de vues filmées à l’épaule et à l’arraché, avec un grand sentiment d’urgence. Fort d’une réalisation et d’un montage exceptionnels, ce documentaire bouleverse, scandalise et remue profondément.

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