Travelling Avant

11 juillet 2007

Fantasia 2007 : Big Bang Love, Juvenile A

Filed under: Cinéma japonais, Fantasia 2007 — Marc-André @ 18:09
Big Bang Love, Juvenile A (Takashi Miike, Japon, 2006)

Big Bang Love, Juvenile A (Takashi Miike, Japon, 2006)

Personne ne pourra reprocher à Takashi Miike de se répéter. Même en réalisant une moyenne vertigineuse de cinq films par année depuis l’année 2000, le prolifique et iconoclaste cinéaste nippon parvient à se renouveler de manière impressionnante.

Loin de se limiter au registre de l’extrême et aux films de yakuzas ultra violents qui ont établi sa réputation, Miike explore depuis quelques années des avenues de plus en plus diversifiées, révélant un talent aux facettes innombrables.

Parallèlement à des incursions au sein d’un cinéma plus commercial, comme en témoignent les One Missed Call, Zebraman et The Great Yokai War, une dimension avant-gardiste de dessine de plus en plus nettement au sein de son oeuvre foisonnante. L’étrangeté insondable de Gozu et l’expérimentation répétitive et furieuse de Izo laissaient déjà entrevoir un Takashi Miike testant les limites de son auditoire. Cette tendance s’affirme pleinement avec Big Bang Love, Juvenile A, un poème métaphysique crypté en forme d’objet cinématographique non identifié qui aura tôt fait de semer la déroute chez les cinéphiles allergiques à l’abstraction et à une structure narrative non linéaire, qui sont déployées ici sous un angle radical.

On serait bien en peine de tenter de vous résumer ce récit obscur, véritable labyrinthe mémoriel tortueux qui utilise le ressort traditionnel du whodunit de manière détournée, quasiment accessoire. Il sera ainsi question de deux détenus coupables de meurtres différents, arrivés en même temps dans une prison bizarre, dont le décor théâtral et minimaliste, aux cloisons invisibles, semble tout droit sorti du Dogville de Lars von Trier, mais campé dans un endroit et une époque indéterminés – une fusée et des paysages désertiques évoquent même le futur et une planète autre que la terre, sans que l’on puisse en être véritablement sûr. Une pyramide Maya se dessine au loin et vient ajouter à la confusion, entièrement voulue par Miike.

Ces deux hommes au tempérament opposé – l’un, Shiro, violent et autoritaire (Masanobu Ando), l’autre, Jun, introverti et d’apparence vulnérable (Ryuhei Matsuda), seront au coeur d’une enquête carcérale, lorsque Shiro est retrouvé mort, tandis que Jun est assis sur son corps et proclame l’avoir tué. Mais Jun est-il véritablement le coupable de ce meurtre? Ponctuée de multiples sauts dans le temps, l’intrigue dévoilera progressivement la relation particulière qui unissait les deux hommes, le mystère autour du meurtre ne servant que de prétexte à Miike, beaucoup plus intéressé par le déploiement d’une symbolique méditative sur les thèmes de la jalousie, de la possession et de l’amour homosexuel.

Le résultat est une oeuvre expérimentale à souhait, austère et énigmatique mais d’une beauté renversante, où Takashi Miike laisse libre cours à une démarche d’auteur exigeante et sans concession.

Sur le plan esthétique, il s’agit-là peut-être de la plus belle réussite de son auteur, métamorphosé en un habile formaliste qui délaisse la dimension trash et sordide de ses univers de prédilection, au profit d’une recherche plastique aux touches allusives et ésotériques. Certes, quelques saillies de violence et l’aspect viscéral des sentiments des protagonistes sont en parfaite continuité avec l’univers et les thématiques habituelles de Miike. Mais pour le reste, c’est sur un terrain totalement inédit que l’on avance, en dépit des réminiscences du dispositif scénique de Lars von Trier et d’un homoérotisme qui n’est pas sans évoquer Taboo, de Nagisa Oshima – Ryuhei Matsuda reprenant ici son rôle d’ange noir androgyne et séducteur.

Truffé d’images poétiques incongrues et de paraboles bouddhistes fascinantes malgré leur aspect indéchiffrable, Big Bang Love, Juvenile A est à ranger parmi les meilleurs films de son auteur, et constitue un exemple éloquent du formidable chemin parcouru par Takashi Miike en dix ans, depuis Fudoh. Loin d’être un simple provocateur et agitateur, il doit désormais être considéré comme un artiste de premier plan.

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