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8 juillet 2007

Fantasia 2007 : Spiral

Filed under: Cinéma américain, Fantasia 2007 — Marc-André @ 17:50
Spiral (Adam Green et Joel Moore, États-Unis, 2007)

Spiral (Adam Green et Joel Moore, États-Unis, 2007)

L’année 2007 aura été très prolifique pour le jeune cinéaste indépendant américain Adam Green. Son slasher nostalgique Hatchet a beaucoup fait jaser dans les cercles des fans de cinéma gore. Sorti quasi simultanément, le thriller psychologique Spiral, qu’il revendique en tandem avec Joel Moore, également acteur principal et coscénariste du film, explore un registre totalement différent de l’exercice de défoulement juvénile et sanguinolent qui l’a fait connaître. Ce suspense tendu et paranoïaque constitue une très agréable surprise qui dévoile la polyvalence de son talent de réalisateur et l’étendue de ses influences cinématographiques, qui sont loin de se limiter au créneau de l’horreur.

Le récit de Spiral se déploie entièrement autour du personnage névrotique et complexé de Mason, interprété avec force par Joel Moore. Mason est un artiste tourmenté, introverti et asocial, un passionné de jazz qui a des velléités de peintre. Mais il est aussi un être extrêmement solitaire, incapable de communiquer avec autrui, prisonnier de manies et de phobies qui le jettent dans un état de panique et de suffocation qui lui donnent une allure d’énergumène repoussant. Il est également en proie à des hallucinations et à des cauchemars récurrents qui semblent provenir de traumatismes reliés à son passé. Mason travaille tant bien que mal dans une entreprise de télémarketing, grâce à un ami d’enfance qui tente de le fouetter et qui a de la compassion pour lui. Sa vie sera bousculée par l’arrivée d’Amber (Amber Tamblyn, rafraîchissante et idéale dans le rôle), une jeune femme pleine d’énergie qui développe de la sympathie pour Mason et un intérêt pour ses talents de peintre. Ces deux êtres dissemblables vont se rapprocher. Mais les démons intérieurs de Mason risquent à tout moment de surgir.

On a beaucoup associé Spiral à l’univers d’Alfred Hitchcock, sans doute en raison du suspense psychologique qu’il installe avec une belle assurance. Mais le film du duo Green-Moore a beaucoup plus à voir avec le Polanski de Répulsion et du Locataire, auquel il emprunte un climat de tension et de mystère, ainsi qu’à des films comme Chasing Sleep, Next Door ou The Machinist, pour son exploration des affres d’un personnage principal aux frontières de la psychose, frappé par des accès de démence et hanté par des images obsessives. Spiral n’a toutefois pas l’ambition de ces films. Il n’en demeure pas moins étonnamment réussi, en dépit de ses moyens modestes, grâce à l’atmosphère vaguement inquiétante et menaçante que ses artisans parviennent à créer dès l’ouverture et à conserver tout au long du déploiement de l’histoire, impeccablement menée.

Mais ce sont surtout les éléments entourant le côté énigmatique du suspense, bien dosé mais jamais réellement terrifiant, qui confèrent au film sa personnalité et sa richesse. Les dialogues, incisifs et bien écrits, sont d’une qualité inattendue, tout comme ces touches d’humour cinglantes qui surgissent ça et là, perceptibles notamment dans la représentation décapante du travail de bureau et du télémarketing. Les acteurs, pour la plupart issus de la télé, sont tous solides : Zachari Levy est excellent dans le rôle de l’ami de Mason, et fait ressortir toute la complexité de ses sentiments face à cet être pathétique auquel il est attaché. Amber Tamblyn, aérienne et naïve, offre une composition fluide et irrésistible. Elle joue tout en contrastes avec le jeu maniéré et aux limites du cabotinage de Joel Moore, qui parvient néanmoins à camper avec brio un Mason sans cesse déroutant, à la fois attendrissant et exaspérant en freak show déstabilisant. Enfin, une musique jazz inspirée, composée expressément pour le film, lui permet de prendre son envol. Cette touche distinctive lui donne une dimension à la fois intellectuelle, rythmée et nerveuse qui le rehausse d’un charme indéniable, tout comme les toiles peintes par Mason, pleines d’évocation. Porté par une impeccable mise en scène, Spiral est une fort intéressante découverte qui plaira certainement aux amateurs de suspenses psychologiques un peu tordus.

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