Travelling Avant

28 octobre 2006

FNC 2006 : I Don’t Want to Sleep Alone

Filed under: Cinéma taïwanais, Festival du nouveau cinéma 2006 — Marc-André @ 14:24
I Don't Want to Sleep Alone

I Don't Want to Sleep Alone

Kuala Lumpur, Malaisie. Un homme est tabassé dans la rue (Lee Kang-Sheng, acteur fétiche et alter ego du cinéaste). Un travailleur immigré du Bengladesh s’occupe de lui, non sans cultiver une attirance trouble. Mais l’éclopé a du mal à récupérer. Remis sur pied, il rencontre une serveuse qui prodigue des soins au fils paralytique de son patron. Le désir naît entre ces deux personnages solitaires. Au même moment, un smog menaçant provenant d’Indonésie s’abat sur la ville, soudainement enveloppée d’un nuage asphyxiant.

Après le délire musical et sexuel de The Wayward Cloud, I Don’t Want to Sleep Alone marque le retour du Tsai Ming-Liang à l’approche contemplative et narcoleptique, qui plongera le spectateur dans un état d’envoûtement semi-éveillé, ou de profonde exaspération endormie, selon les affinités que l’on porte à ce cinéma au rythme lent, radical jusqu’à l’extrême.

Pour son premier film tourné en sol natal malaisien, Tsai poursuit l’exploration de ses thématiques de prédilection, devenues de véritables et très personnelles obsessions. De nouveau, on retrouve l’atmosphère de vague menace écologique et de fin du monde qui caractérise ses meilleurs films – en particulier The Hole. Le symbole de l’eau, plus que jamais présent avec ces immeubles inondés et l’humidité ambiante, écrasante et palpable, baigne le film dans un état de torpeur sensuelle engourdissante, qui conditionne les rapports humains. Et comme toujours chez Tsai Ming-Liang, les personnages sont quasi muets, hagards et passifs, solitaires mais poussés par leurs pulsions sexuelles, établissant des rapports quasi primitifs entre eux, au sein d’espaces abandonnés ou en état de décomposition avancée, échos d’une société en décrépitude.

On sent toutefois une grande compassion et une profonde humanité dans les gestes affectueux et attentifs que ces êtres établissent entre eux, de même que dans leurs étreintes, moins désespérées que dans certains autres films de l’auteur taïwanais. Un humour décalé et savoureux est également omniprésent à des moments inattendus, notamment dans des scènes d’étreintes à l’érotisme détourné, où les amants tentent de s’embrasser en portant des masques, l’air irrespirable les faisant littéralement suffoquer. Tsai atténue ainsi l’aspect apocalyptique de la crise environnementale qui s’installe dans la deuxième partie du film, en concentrant de nouveau son regard sur la dimension charnelle des rapports humains.

Sur le plan visuel, la mise en scène du réalisateur atteint de nouveaux sommets de beauté. Les longs plans presque fixes, très composés et étirés à leur paroxysme, façonnent de nouveau cet univers hermétique, très exigeant envers le spectateur. Les cinéphiles allergiques à la démarche du réalisateur ne trouveront rien pour se réconcilier ici. Mais si on laisse porter par l’atmosphère lancinante, il y a de quoi être ébloui par certaines scènes fortes d’une poésie étrange et fascinante.

I Don’t Want to Sleep Alone est une oeuvre dense et catatonique, noyée dans un climat délétère, réalisée de main de maître par un cinéaste refusant tout compromis artistique.

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