Travelling Avant

24 octobre 2006

FNC 2006 : Flandres

Filed under: Cinéma français, Festival du nouveau cinéma 2006 — Marc-André @ 13:51
Flandres

Flandres

Quatrième film du controversé cinéaste français Bruno Dumont, lauréat du Grand Prix du jury du Festival de Cannes, Flandres dresse de nouveau un portait dur et impitoyable de la nature humaine. Déterminé à nous jeter au visage nos instincts les plus bas et inavouables, à la manière d’une catharsis purificatrice, le cinéaste s’attaque cette fois à un sujet d’actualité, maintes fois exploré au cinéma : la guerre et ses ravages physiques et psychologiques. Aussi bien dire un terrain fortement miné, qui laisse peu de place pour une approche originale. Et il est vrai que cette fois, Dumont ne nous surprend guère avec cette chronique en trois temps, l’avant, le pendant et l’après, tant il avance sur des sentiers déjà battus. Mais son style distancié et primitif inimitable est toujours aussi fascinant et percutant.

Le début du récit marque le retour de Dumont au sein de la campagne du Nord de la France, après l’aparté cauchemardesque des déserts de Twentynine Palms, tourné en sol états-unien. Son regard s’attarde cette fois sur deux êtres marqués par la solitude et l’ennui : Demester (Samuel Boidin, déjà aperçu dans La Vie de Jésus) et Barbe (Adélaïde Leroux), deux amis qui satisfont leurs besoins sexuels de manière mécanique et expéditive, sans développer de relation intime. Barbe a la cuisse légère, et elle jette son dévolu affectif sur un autre garçon nommé Blondel (Henri Cretel). Mais son nouvel amoureux et Demester doivent partir au front, dans un pays et pour une guerre qui resteront non identifiés. Pendant que Barbe reste seule au village et comble son vide existentiel auprès de fermiers dégoûtants, les jeunes hommes découvrent toute l’horreur du monde, plongeant eux-mêmes dans la barbarie à pieds joints.

Manipulant plus que jamais des éléments aux frontières de la complaisance et de l’exploitation sensationnaliste – on passe du cliché sexiste de la fille facile aux actes ignobles de soldats coupables de viol et du meurtre d’innocents – Bruno Dumont affine son style en conservant la pureté de son regard clinique et l’âpreté de son approche, à la fois maniérée et réaliste. Le contraste est toujours aussi saisissant entre la beauté solennelle des paysages, captés avec une rare aptitude à rendre palpable l’expérience sensorielle et organique de notre rapport au monde, et l’agitation chaotique des êtres humains, mus par une pulsion primitive les poussant vers le sexe et la mort.

L’épisode central de la guerre offre une rupture violente avec le calme tranquille du village des Flandres. Baignée dans une lumière crue et basculant dans une brutalité sauvage qui est filmée avec une froideur déconcertante, cette partie n’est pas sans rappeler le Full Metal Jacket de Kubrick, par le dépouillement de la mise en scène et l’aspect anti-héroïque et sordide des situations, qui exposent l’horreur dans ce qu’elle a de plus banal et vicieux.

Tourné avec des acteurs non professionnels, Flandres ne réconciliera donc aucun des nombreux détracteurs de Dumont avec les aspects repoussants et dévastateurs de son univers. L’épure de la mise en scène, faite de longs plans immobiles et d’un rythme très lent soudainement ponctué de scènes troublantes ou insoutenables, poursuit la démarche exigeante d’un cinéaste dont on ne peut que saluer la rigueur formelle et la détermination intellectuelle. Sans être le meilleur film de sa difficile mais passionnante filmographie, il démontre que Dumont maîtrise parfaitement son art, et qu’il est prêt à explorer de nouvelles avenues, en particulier dans une dernière partie qui laisse poindre l’émotion, au terme d’un parcours éprouvant.

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