Travelling Avant

15 septembre 2009

Evokative acquiert les droits de Deliver Us From Evil

Filed under: Cinéma danois, Thriller — Marc-André @ 22:18
Deliver Us From Evil

Deliver Us From Evil

Une autre excellente nouvelle en provenance d’Evokative, rapidement devenu l’un de mes distributeurs favoris.

L’excellente maison de distribution québécoise vient d’annoncer une acquisition de taille : Deliver Us From Evil, un thriller danois signé par le réalisateur Ole Bornedal.

On se souviendra que ce dernier s’était fait connaître en 1994, avec le thriller Nightwatch. Bornedal effectue un retour en force depuis quelques années : sa décapante satire de science-fiction The Substitute m’avait grandement plu lors de sa présentation à Fantasia en 2008, où elle a remporté le prix L’Écran fantastique. Il a immédiatement enchaîné avec Just Another Love Story, inédit au Québec, qui a reçu un très bon accueil à Toronto et à Sundance l’an dernier.

La rumeur qui entoure Deliver Us From Evil est extrêmement favorable. Todd Brown, de Twitch, un commentateur avisé s’il en est, affirme qu’il s’agit de son film préféré cette année. Le long métrage fait partie de la sélection du festival de Toronto, où il sera présenté au cours des prochains jours (voir le texte de présentation sur le site du TIFF).

Vivement la présentation de cet autre fleuron du cinéma danois – l’une des cinématographies de l’heure – en sol québécois!

19 juillet 2009

Fantasia 2009 : Blood River

Filed under: Cinéma anglais, Fantasia 2009, Thriller — Marc-André @ 17:36
Blood River

Blood River

Un jeune couple traverse le désert du Nevada à voiture. La femme porte un enfant et ils filent le parfait bonheur. Ils sont seuls : aucune âme à perte de vue. Mais tiens, voilà un drôle de type couvert d’un chapeau, marchant seul sur le bord de la route. Que fait-il là? Étrange, en pareil endroit. Ils décident de ne pas le prendre en auto-stop. C’est probablement une sage décision. Mais qu’à cela ne tienne : ils vont bientôt le retrouver plus loin sur leur chemin.

Ah non, direz-vous, pas une énième variation sur le méchant autostoppeur de l’enfer façon The Hitcher? Détrompez-vous. Si vous croyez savoir à quoi vous attendre avec Blood River, vous aurez droit à une sacrée surprise. Et il vaut mieux en savoir le moins possible avant de le visionner, afin de bien plonger dans ce brillant et singulier thriller qui prend un malin plaisir à disséquer la vie de ce couple, tout en jouant au yo-yo avec nos nerfs, mais pas du tout de la manière attendue.

Aidé de son complice Simon Boyes au scénario, le cinéaste Adam Mason accouche d’une oeuvre qui s’affranchit hors des sentiers battus du film de genre, pour mieux s’aventurer dans des contrées psychologiques denses et tourmentées. Je ne m’attendais pas à un tel mûrissement cinématographique après avoir vu Broken (Fantasia 2006), l’un des films précédents du tandem, qui misait essentiellement sur la valeur choc et le traumatisme répulsif de tortures extrêmes et sanguinolentes. Et si Blood River comporte son lot de scènes éprouvantes, en particulier dans sa dernière partie, on a droit à une tout autre bête filmique avec ce film fiévreux et remarquablement bien joué et écrit.

Le film mise sur un personnage mémorable : ce Joseph énigmatique et insondable qui s’immisce entre les deux tourtereaux. Il est interprété avec une force époustouflante par l’acteur Andrew Howard, dans une performance anthologique qui vaut à elle seule le détour. Charmant, rusé, menaçant et armé d’une rhétorique spirituelle vertigineuse, cet homme sonde les valeurs profondes de deux êtres qu’il déstabilise avec une aisance qui déconcerte. En suivant les contours de la relation complexe qu’il développe avec le couple, le film bifurque et déjoue les conventions, installant un climat de sourde tension permanente, qu’il mène sans relâche jusqu’au dénouement.

Empruntant clairement des ressorts appartenant au thriller psychologique, au film de survie et au cinéma d’horreur, Blood River s’en détache pour se transformer en une oeuvre unique et captivante, fortement teintée de motifs bibliques et d’aspirations artistiques réussies. Avec ce film d’une brûlante intensité qui reste gravé en mémoire, Adam Mason s’est fait un nom, aucun doute là-dessus.

17 juillet 2007

Fantasia 2007 : 13 Beloved

Filed under: Cinéma thaïlandais, Fantasia 2007, Thriller — Marc-André @ 17:21
13 Beloved (Chookiat Sakweerakul, Thaïlande, 2006)

13 Beloved (Chookiat Sakweerakul, Thaïlande, 2006)

Ça ne va pas bien du tout pour Phuchit, un honnête travailleur qui traverse une journée éprouvante. Phuchit est criblé de dettes, et son patron vient tout juste de le renvoyer. Mais par un hasard incroyable, son cellulaire retentit et un inconnu lui propose de participer à un jeu de télé-réalité qui pourrait lui permettre de gagner 100 millions de bahts (environ 3 millions de dollars). Mais pour ce faire, il doit accepter d’accomplir une série de 13 épreuves dictées par téléphone. S’il rate l’une d’entre elles, il perd tout. Attiré par l’appât du gain, Phuchit accepte. La première épreuve est toute simple : il suffit d’écraser une mouche. Mais la suite ira en crescendo, et deviendra beaucoup plus problématique sur le plan physique, puis moral.

Ce deuxième long métrage réalisé par un très jeune cinéaste thaïlandais âgé d’à peine 25 ans était l’un des films les plus attendus de Fantasia 2007, les organisateurs ayant créé une « hype » du tonnerre en annonçant ce film comme l’un des meilleurs – sinon le meilleur – de toute la programmation de cette édition. Le public a d’ailleurs répondu avec beaucoup d’enthousiasme en récompensant 13 Beloved du Fantasia d’or du meilleur film asiatique du festival. Fort de ce succès retentissant, le film est-il à la hauteur de la rumeur d’enfer qu’il a suscitée? Pas tout à fait. Mais la randonnée a suffisamment de moments forts et de bonnes idées pour demeurer digne d’intérêt.

Au cours de sa première heure, 13 Beloved offre un divertissement passionnant et provocateur, tout en frappant ses cibles avec justesse, en abordant son sujet sous l’angle d’une cinglante comédie sociale qui effectue une délicieuse satire du phénomène de la télé réalité et de la société thaïlandaise. Les premières épreuves misent largement sur l’aspect révulsif et dégoûtant des actes à accomplir – on les taira pour laisser au spectateur le plaisir de les découvrir et de les « déguster » – avant de glisser progressivement vers des avenues plus sombres et macabres, qui ne sont pas sans évoquer les énigmes de la franchise des Saw. Ainsi, cette variante critique et noire de Fear Factor est lentement subvertie par une angoisse sourde et un climat de tension paranoïaque qui vont en s’accélérant et qui ne sont pas sans rappeler The Game, de David Fincher.

L’idée est excellente, et les éléments de critique sociale bien amenés. Malheureusement, le scénario souffre de nombreuses incohérences, qui se révèlent de plus en plus criantes d’une épreuve à l’autre. De lourdes invraisemblances se multiplient et minent la crédibilité des situations, ce qui réduit l’efficacité du thriller horrifique qui s’installe. La réalisation de Sakweerakul aurait également gagnée à être resserrée, car le rythme du film s’étire inutilement dans le dernier droit, avant le coup de théâtre final. Celui-ci, bien qu’intéressant, survient après de trop nombreux choix scénaristiques ayant suscité la perplexité. Sa portée s’en trouve ainsi atténuée.

Malgré ce regrettable essoufflement en cours de route, 13 Beloved se situe très nettement au-dessus du niveau habituel des films de genre thaïlandais, et offre plusieurs scènes succulentes ainsi qu’un propos incisif dont on admirera la portée sociale, le questionnement moral et l’audace. Autant de preuves que Chookiat Sakweerakul est un jeune cinéaste talentueux – et l’un des plus prometteurs du cinéma de genre thaïlandais – dont on voudra suivre l’évolution de près au cours des prochaines années.

15 juillet 2007

Fantasia 2007 : The Backwoods

Filed under: Cinéma espagnol, Fantasia 2007, Thriller — Marc-André @ 17:54
The Backwoods (Koldo Serra, Espagne/Royaume-Uni/France, 2005)

The Backwoods (Koldo Serra, Espagne/Royaume-Uni/France, 2005)

Ça commence avec un générique passionnant, aux effets vintage tout droit sortis des années soixante-dix, avec arrêts sur image stylisés, sur fond de There is a War, de Leonard Cohen. Début fracassant, génial même, qui donne des frissons. Le ton est donné, et il ne dérougira pas. Le premier long métrage du cinéaste d’origine espagnole Koldo Serra est un bijou noir comme on en rencontre rarement de nos jours, un hommage senti et stylisé aux films de survie des années soixante-dix, doublé d’une réflexion troublante sur les différences culturelles et sur les limites de la civilité face à la barbarie et à l’inconnu. Un premier essai en forme de coup de maître.

Nous sommes en 1978. Un couple de jeunes mariés (Virginie Ledoyen, avec un accent horrible et à la diction quasi inaudible, et Paddy Considine, très juste, à la fragilité méconnaissable) accompagne leur ami Paul (Gary Oldman, formidable d’intensité retenue) et sa femme (Ainata Sánchez-Gijón) au pays Basque. Avant même d’arriver au chalet de Paul, ils doivent faire face à l’accueil froid, voire hostile, de la population locale. Les vacances débutent mal, et l’ambiance est pour le moins tendue entre les deux couples. Les choses vont prendre une tournure encore plus inquiétante lorsque les deux hommes, partis chasser, feront une découverte qui attisera les tensions avec les hommes de la région.

Ouvertement placé sous le patronage des plus grands classiques du film de survie – Deliverance et Straw Dogs en tête – The Backwoods est un thriller haletant qui semble avoir été directement téléporté des années soixante-dix. Koldo Serra recrée à la perfection le climat de confrontation des meilleures oeuvres du genre.

Le scénario est certes assez convenu et réserve peu de surprises sur le plan narratif, mais le cinéaste l’enrichit de questionnements psychologiques passionnants et tortueux, abordant l’incommunicabilité au sein du couple, les enjeux éthiques et le poids des décisions en temps de crise, les incompréhensions culturelles et le surgissement des instincts et des pulsions primaires. Une matière féconde qui lui permet de transcender le simple film d’exploitation auquel il emprunte de nombreux motifs.

Mais c’est la qualité de la réalisation qui impressionne le plus. Fort d’une splendide direction photo – la dernière partie, noyée sous une pluie torrentielle incessante, nous laisse littéralement subjugué – The Backwoods marie avec virtuosité le ton solennel du western et la tension sourde et envahissante du film de survie. Un premier effort époustouflant d’un jeune cinéaste qui fait honneur à l’héritage de Sam Peckinpah.

9 juillet 2007

Fantasia 2007 : Dog Bite Dog

Filed under: Cinéma hong kongais, Fantasia 2007, Thriller — Marc-André @ 18:29
Dog Bite Dog (Pou-Soi Cheang, Hong Kong, 2006)

Dog Bite Dog (Pou-Soi Cheang, Hong Kong, 2006)

Cinéaste à la filmographie inégale, Pou-Soi Cheang a démontré de belles aptitudes pour le film de genre. Ses incursions dans le film d’horreur (New Blood) et le polar glauque (Love Battlefield) étaient certes inégales et n’évitaient pas une certaine complaisance dans la surenchère, mais elles comportaient une atmosphère oppressante à souhait et un sens de la mise en scène stylisée, qui faisaient de Chang un talent à suivre de près. Avec Dog Bite Dog, il montre les dents, affine son style et propose un thriller haletant, sanglant et barbare, dans la plus pure tradition du film noir nihiliste de Hong Kong. Il y a de quoi se réjouir, malgré d’évidentes fautes de goût qui ruinent quelque peu le plaisir en cours de route.

Cette histoire de chasse à l’homme entre un jeune cambodgien – véritable machine à tuer – et un policier brutal et fêlé n’a rien de bien original, mais elle est diablement menée. L’aspect sauvage, fou furieux et brutal du récit, fort de nombreux moments de tension et d’explosion d’une violence crue et saisissante, est appuyé à merveille par une réalisation nerveuse et enragée, qui épouse la dimension animale des personnages, tout en multipliant les effets de style. Tourné en partie au Cambodge, et abordant de biais la question du sort des réfugiés cambodgiens cherchant à se hisser hors de leurs conditions de vie abjectes, le film propose une vision sombre et désespérée de la nature humaine, encline à verser dans des pulsions primitives afin de survivre.

Le récit de cette traque offre évidemment bon nombre de rebondissements sordides et de scènes cathartiques. Malheureusement, le rythme effréné et passionnant de la première partie bascule dans une conclusion grandguignolesque et mélodramatique qui se vautre dans des excès ridicules qui gâchent complètement une première partie fort réussie. Incapable d’éviter la démesure et l’excès, Cheang en ajoute et en rajoute inutilement du côté de la violence gratuite, entachant sérieusement ce qui était jusque-là un des efforts les mieux réussis du polar hongkongais récent.

En dépit de cette conclusion décevante, Dog Bite Dog vaut le détour, principalement pour les amateurs de sensations fortes et les nostalgiques du cinéma de Hong Kong des années quatre-vingt-dix, et nous laisse espérer d’autres films de cette trempe.

27 octobre 2006

FNC 2006 : La tourneuse de pages

Filed under: Cinéma français, Festival du nouveau cinéma 2006, Thriller — Marc-André @ 20:22
La tourneuse de pages

La tourneuse de pages

Excellente surprise que ce cinquième film de Denis Dercourt, qui révèle un talent cinématographique qu’on était loin de lui soupçonner. Cet ancien musicien et professeur de conservatoire devenu cinéaste utilise à merveille un milieu qu’il connaît parfaitement – celui de la musique classique – pour nous proposer un thriller psychologique machiavélique qui repose sur une construction impeccable et un sens étonnant du suspense. Pour tout dire, La Tourneuse de pages est une réussite que l’on n’attendait pas, dans un registre noir et cruel qui place soudainement Denis Dercourt du côté de Claude Chabrol.

Le scénario, diabolique et pervers à souhait, mais tout en demi teintes, raconte la vengeance orchestrée par une apprentie pianiste (Déborah François, découverte dans L’Enfant, des frères Dardenne) ayant échoué son examen d’entrée au conservatoire à cause de la directrice du jury (Catherine Frot), une célèbre professeure et pianiste qui lui fait perdre son sang-froid lors de l’audition. Dix ans plus tard, la jeune fille se fait engager par le mari de la pianiste (Pascal Greggory), en tant que tourneuse de pages pour celle-ci. On sait qu’elle cherchera à se venger; ce qu’il reste à découvrir, c’est comment.

On ne saurait trouver meilleure personne que Denis Dercourt pour explorer les affres que vivent ces musiciens tourmentés par le trac, les risques de blessures physiques et l’obsession maladive de la réussite et de la performance parfaite. Le cinéaste connaît manifestement ce milieu et les gens qui le composent sous toutes leurs coutures, et il confère une authenticité des plus évidentes à la mise en situation et à l’arrière-plan social et professionnel du film. La mise en scène est elle aussi réglée au quart de tour, à la manière d’une sonate, et épouse un classicisme au diapason de l’univers bourgeois et codé qu’elle transpose à l’écran. C’est avec une grande économie de moyens et d’effets et pratiquement sans maniérisme que le cinéaste aborde le milieu musical, au moyen d’un regard particulièrement acide et cinglant. D’évidence, Dercourt a affiné son art.

Mais plus qu’un film sur la musique, La tourneuse de pages est un thriller, et un solide de surcroît, explorant le milieu de la musique sous l’angle des classes sociales (en lointain écho à La Pianiste, de Haneke), et offrant une brillante variation glaciale sur le thème éculé de la vengeance. Dans le rôle d’une jeune vengeresse énigmatique et insaisissable, Déborah François continue d’impressionner, dans un registre fort différent de celui de son premier rôle au cinéma. Pour sa part, Catherine Frot est toujours aussi impeccable. Les deux actrices abordent leurs personnages avec nuance et justesse, menant cette relation imprévisible dans de fascinantes zones troubles.

Devenu le temps d’un film l’émule inattendue du Chabrol de La Cérémonie et de Merci pour le chocolat, Denis Dercourt effectue un passage remarquable du coté du thriller. Souhaitons qu’il poursuivre sur cette voie.

Thème : Silver is the New Black. Un Blog WordPress.com.

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