Travelling Avant

22 juillet 2009

Fantasia 2009 : 8th Wonderland

Filed under: Cinéma français, Fantasia 2009, Science-fiction — Marc-André @ 18:16
8th Wonderland

8th Wonderland

Dans un proche avenir, une communauté d’individus se regroupe en ligne de manière à créer le premier pays virtuel, nommé 8th Wonderland. Il est formé de gens disséminés à travers le monde qui se retrouvent sur un portail interactif afin de discuter de la situation politique et économique internationale. Mais cette structure inédite et ces élans d’utopie débordent largement les cadres d’un simple forum de discussion. Ses participants veulent changer l’ordre des choses. Ils prennent des décisions, élisent un représentant et agissent concrètement afin de perturber les pouvoirs traditionnels, au moyen de coups d’éclat surprenants qui visent à faire contrepoids à la logique néolibérale. De fil en aiguille, 8th Wonderland attire l’attention de la planète, mais ce nouveau rassemblement constitue-t-il une avancée progressiste, une nouvelle forme de démocratie ou plutôt une menace terroriste?

Ce sera au spectateur de trancher, devant un film très original qui aborde à la fois des enjeux sociaux de grande importance ainsi que les nouvelles formes de communication à l’ère du Web 2.0. Tout cela avec de la verve, beaucoup d’humour et une réjouissante dimension polémique.

8th Wonderland a de l’ambition à revendre, et il relève avec brio le défi plutôt casse-cou de représenter les interactions virtuelles de manière dynamique, en tant que moteur de fiction cinématographique. Une telle démarche risquait l’ennui et la mise à plat d’un univers multidimensionnel, des écueils évités presque complètement dans cette production certes verbeuse mais passionnante.

Le duo de réalisateurs français Nicolas Alberny et Jean Mach parvient, avec très peu de moyens, à donner vie à cet univers qui contamine littéralement la trame narrative du récit. Celui-ci emprunte une structure complexe qui abandonne la linéarité, au profit d’aléas vertigineux reproduisant brillamment la logique de la navigation hypertextuelle. Il en résulte un film touffu et exigeant, difficile à suivre par moments, et qui aborde de plein fouet des problématiques on ne peut plus actuelles. L’oeuvre est surchargée d’idées, de trouvailles et de clins d’oeil adressés à une panoplie d’enjeux sociaux jusqu’à l’épuisement et la saturation, mais on a indéniablement affaire à un travail colossal de réflexion et d’anticipation. Je ne crois pas me tromper en affirmant qu’on n’a jamais vu un film de science-fiction de ce type, cérébral mais ludique, à la fois exploratoire et divertissant, enjoué mais préoccupé par les dérives de notre époque.

8th Wonderland est très certainement un sérieux candidat au titre de film le plus innovateur de cette édition. Le public a d’ailleurs réservé un excellent accueil à cette oeuvre atypique, novatrice et confondante.

16 juillet 2009

Fantasia 2009 : The Clone Returns Home

Filed under: Cinéma japonais, Fantasia 2009, Science-fiction — Marc-André @ 07:59
The Clone Returns Home

The Clone Returns Home

Présenté dans la section « Vers les étoiles », un volet de la programmation consacré à la science-fiction dite cérébrale, ce film japonais contemplatif propose une méditation à la fois dense et minimaliste sur les enjeux éthiques du clonage. Campé à une époque indéterminée, magnifiquement construit sous la forme d’un rêve aux contours brumeux et nappé de mélancolie, The Clone Returns Home évoque les conséquences du clonage d’un astronaute décédé en orbite autour de la terre (Mitsuhiro Oikawa, excellent dans un rôle tout en émotion retenue). Ayant auparavant accepté l’offre de ses dirigeants, qui lui proposaient de participer à une expérience de clonage, Kohei est donc ramené à la vie, en copie identique. Mais est-ce vraiment le cas? Hanté par la mort, par le passé et par sa propre identité, ce nouveau Kohei est frappé d’un immense désarroi psychologique qui le mène à l’errance, perdu dans une impossible recherche de lui-même.

Récit épuré jusqu’à son noyau le plus pur, lyrisme lancinant exacerbé par quelques notes musicales hypnotiques, splendides plans-séquences découpés à la perfection, étrange distanciation qui conjugue onirisme et symbolisme, explorations fascinantes de thématiques reliées à la gémellité et à la spiritualité : The Clone Returns Home ne s’adresse manifestement pas aux amateurs d’explosions, de rayons laser et de conquêtes intergalactiques. La science-fiction de Kanji Nakajima est philosophique et métaphysique. Son film est d’une rigueur irréprochable et d’une grande richesse d’évocation. La direction photo, baignée dans une luminosité diffuse, offre des trésors pour les yeux, tout comme la mise en scène, comparée avec raison au Solaris de Tarkovski. Il s’agit d’une oeuvre d’exception, complètement à part dans le paysage cinématographique nippon, et dénuée de toute concession aux dictats du divertissement. Un véritable bijou, qui se classera certainement très haut dans notre plamarès de cette treizième édition. Décidément, la programmation de Fantasia 2009 n’a pas fini de nous éblouir.

6 juillet 2008

Fantasia 2008, jour 4 : The Substitute, [Rec], Let the Right One In, Negative Happy Chainsaw Edge, Who’s That Knocking at my Door?

Carnets Fatasia 2008 : 6 juillet

The Substitute (Ole Bornedal, Danemark, 2007)

The Substitute (Ole Bornedal, Danemark, 2007)

Après un samedi bien chargé mais dénué de véritable enchantement cinématographique, une autre journée festivalière nous attend, et elle démarre de fort bon pied. L’arrière-goût amer laissé la veille par le lamentable Mother of Tears est vite chassé par The Substitute, une délicieuse comédie de science-fiction danoise dans laquelle l’actrice et cinéaste Paprika Steen s’en donne à coeur joie dans le rôle d’un nouveau professeur sadique qui tyrannise les pauvres adolescents de sa classe, bientôt persuadés que celle-ci est une extraterrestre qui trame de sombres desseins.

Cette irrésistible comédie pour adolescents dose parfaitement les éléments de science-fiction et d’épouvante pour mieux aborder des thématiques sociales, tout en proposant une sympathique réflexion sur l’empathie humaine. Les jeunes acteurs sont tous excellents, les répliques sont assassines et le rythme enlevé, et c’est un plaisir de voir Ulrich Thomsen (Adam’s Apples, Brothers) et Paprika Steen mordre à pleines dents dans de savoureux rôles de composition. Un autre brillant exemple du savoir-faire filmique à la danoise, une cinématographie qui a décidément le vent dans les voiles.

Rec (Jaume Balaguero et Paco Plaza, Espagne, 2007)

Rec (Jaume Balaguero et Paco Plaza, Espagne, 2007)

On n’aurait pas pu mieux commencer la journée, mais le meilleur est à venir. Le film suivant jette la totalité des spectateurs présents en bas de leur siège. Voici enfin l’une des pièces de résistance du festival : [Rec], présenté une fois de plus devant une salle comble. Ceux qui étaient présents lors de la séance du vendredi soir nous ont promis une expérience viscérale mémorable, et ma foi du bon dieu, ils avaient bien raison.

Nous voilà certainement devant l’un des meilleurs films d’horreur depuis des lustres. Ce remarquable film espagnol nous offre la meilleure expérience horrifique à Fantasia depuis Haute Tension, en 2004. Amorcé sous la forme d’un pastiche de documentaire sur le quotidien d’une caserne de pompiers, le film bascule progressivement vers la terreur pure, pour se transformer en un véritable cauchemar apocalyptique.

Tourné caméra à l’épaule dans un état de panique et de tension permanent, [Rec] participe à la vogue actuelle du cinéma-vérité, déclenchée il y a près de dix ans par The Blair Witch Project, mais surpasse ses prédécesseurs sur tous les plans. Le dispositif de la caméra subjective est utilisé à merveille et la mise en scène est absolument implacable. Même les plus endurcis auront eu droit à une frousse de premier ordre avec ce brillant objet cinématographique que revendiquent Jaume Balaguero et Paco Plaza. Gageons que ce film figurera très haut parmi les favoris du festival. Premier authentique coup de coeur du festival cette année.

Negative Happy Chain Saw Edge (Takuji Kitamura, Japon, 2007)

Negative Happy Chain Saw Edge (Takuji Kitamura, Japon, 2007)

Après cette inoubliable virée en montagnes russes, on revient sur terre avec la fantaisie juvénile japonaise qui remporte le grand prix du titre qui ne veut absolument rien dire mais qui résonne quand même bien dans nos oreilles : Negative Happy Chain Saw Edge. Joli programme, mais de quoi ça parle exactement? D’amour et d’amitié, voyons.

Il n’y a vraiment que nos irremplaçables cousins nippons pour concocter une romance à l’eau de rose aussi hallucinogène entre un étudiant freluquet qui s’amourache d’une jeune fille pourchassant un démon à capuchon qui lui court après sous la neige avec une scie mécanique. Le tout est assaisonné de courses de motos inutiles, d’une scène musicale jetable, de quelques séquences incompréhensibles se déroulant dans une piscine, d’une quantité industrielle de sous-intrigues à l’intérêt variant de nul à douteux, et de quelques moments coquets suivis de séances de combat qui ne passeront vraiment pas à l’histoire. C’est gentil comme tout et légèrement divertissant, mais après une claque comme celle que [Rec] nous a assénée, disons que ça résonne comme un coup d’épée dans l’eau.


Let the Right One In (Toms Alfredson, Suède, 2008)

Let the Right One In (Toms Alfredson, Suède, 2008)

L’intermède sucré nippon est terminé, on a pu reprendre nos forces. Place à l’autre moment de grâce de cette très substantielle journée : le drame d’horreur existentielle suédois Let the Right One In. Je ne le cacherai pas, c’est mon film le plus attendu du festival. Et l’oeuvre de Tomas Alfredson se révèle à la hauteur de tous les espoirs créés par le bouche à oreille dont il fait l’objet depuis quelques mois sur le Web.

Splendide sur le plan visuel, ce drame psychologique effectue une brillante relecture de la mythologie vampirique pour mieux aborder le désarroi émotif de deux adolescents solitaires et esseulés qui tentent un rapprochement. L’interprétation des jeunes acteurs est prenante, et on admire la beauté de la mise en scène, la subtilité des sentiments esquissés et l’équilibre remarquable entre les motifs appartenant au cinéma de genre et les éléments sociaux et dramatiques du récit. Une grande découverte, et un deuxième coup de coeur en moins de quelques heures.

Who's That Knocking at my Door? (Yang Hea-hoon, Corée du Sud, 2007)

Who's That Knocking at my Door? (Yang Hea-hoon, Corée du Sud, 2007)

En finale de cette autre journée bien remplie, un premier film sud-coréen qui a le mérite de sortir des sentiers battus. Who’s That Knocking at my Door est inusité au point où les trente premières minutes sont pour le moins déroutantes, pour ne pas dire incompréhensibles. On sait qu’il est question d’un homme qui ne s’est jamais remis des traumatisantes expériences d’intimidation qu’il a vécues dans sa jeunesse. Le hasard fait en sorte qu’il croise son bourreau. Surgi du passé, celui-ci envahit de nouveau sa vie et fait surgir des sentiments troubles. Des extraits énigmatiques de clavardage sur le bullying avec des inconnus entrecoupent des séquences filmées de manière âpre et réaliste, sans lien apparent et sans qu’on comprenne où tout cela se dirige, jusqu’à ce que la deuxième partie rassemble quelques morceaux de ce casse-tête plutôt confus.

On pense bien sûr à Park Chan-wook en visionnant ce film portant sur la vengeance, mais le style se rapproche davantage du cinéma indépendant ou de l’oeuvre de Hong Sang-soo. Un début prometteur qui réclame un deuxième visionnement, de la part d’un nouveau venu dont on retiendra le nom : Yang Hea-hun.

Thème : Silver is the New Black. Un Blog WordPress.com.

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