
Tokyo Gore Police, projeté en séance de minuit à Fantasia 2008
Voir un film à Fantasia prend les allures d’une expérience alchimique collective. Et certaines projections, plus que d’autres, relèvent de la pure magie, celle d’une rencontre parfaite entre une oeuvre et son public, dans un moment de jubilation fantasmatique où le cinématographe retrouve ses formidables pouvoirs d’évocation et de transcendance.
Ouvrons une nouvelle boîte à souvenirs, celle non pas nécessairement des meilleurs films, mais bien des projections les plus mémorables, où la folie contagieuse de la foule, la particularité des réactions et l’état d’effervescence générale ont constitué un épisode marquant de la saga fantasienne.
Voici donc quelques grands moments de jubilation personnelle et collective à Fantasia :
- 2008 : Tokyo Gore Police, de Yoshihiro Nishimura (Japon). Une séance de minuit survoltée, un moment de délire anthologique.
- 2007 : DJ XL5 versus Total Crap : la revanche (Québec). Le happening de DJ XL5 est devenu un événement incontournable de chaque édition de Fantasia. Cette confrontation psychotronique avec le tandem de Total Crap restera gravée dans les mémoires.
- 2006 : ex aequo, Executive Koala, de Minoru Kawasaki (Japon), et Funky Forest: The First Contact, de Katsuhito Ishii, Hajime Ishimine et Shinichiro Miki (Japon). L’aspect hilarant et totalement fauché de l’un et la bizarrerie psychédélique extrême de l’autre ont soulevé autant de points d’interrogation que de sourires parmi la foule médusée.
- 2005 : Godzilla : Final Wars, de Ryuhei Kitamura (Japon). Guilty pleasure? Of course! Mille fois plus savoureux en compagnie d’un public carburant à l’hystérie.
- 2004 : The Man Who Saved the World, de Çetin Inanç (Turquie). L’un des plus mauvais films de l’histoire du cinéma doit bien sûr être savouré en compagnie d’un public averti afin de libérer le pouvoir destructeur de son humour involontaire. À la sortie de la projection, je n’étais certainement pas le seul à ressentir des douleurs aux côtes d’avoir tant ri.
- 2003, ex aequo : Bubba Ho-Tep, de Don Coscarelli (États-Unis). Pour l’extase provoquée par cette comédie inclassable, conçue sur mesure pour les aficionados du cinéma d’horreur; et Dans ma peau, de Marina de Van (France). Pour le silence absolu d’un public projeté au coeur de la plus dérangeante humanité imaginable. Deux extrêmes, entre le rire tonitruant de bonheur et la stupéfaction figée dans la terreur et l’abjection.
- 2001 : Visitor Q, de Takashi Miike (Japon). À film extrême, réaction extrême. Il fallait y être.
- 2000 : Lies, de Jang Sung-woo (Corée du Sud). De l’hilarité au malaise en passant par l’exaspération et la jubilation, toute la gamme des émotions est perceptible dans une salle totalement divisée face à un film obscène et provocateur. Les réactions de la foule sont aussi passionnantes que ce brûlot nihiliste et dévastateur.
- 1999 : Nekromantik, de Jörg Buttgereit (Allemagne). Ma première séance de minuit s’achève sur une séquence d’un grotesque consommé qui soulève une ovation monstre. Je n’avais jamais rien vécu de tel au cinéma.