Travelling Avant

23 juillet 2007

Fantasia 2007 : Retribution

Filed under: Cinéma japonais, Fantasia 2007 — Marc-André @ 19:09
Retribution (Kiyoshi Kurosawa, Japon, 2006)

Retribution (Kiyoshi Kurosawa, Japon, 2006)

Rapidement identifié comme l’un des chefs de file de la vague déferlante du J-Horror avec le formidable thriller horrifique existentiel Cure (1997), Kiyoshi Kurosawa s’est depuis fait un devoir de déjouer les attentes des spectateurs avec une série de films inégaux qui ont divisé et dérouté tant la critique que le public. S’il est incontestable que le cinéaste possède l’une des signatures nippones les plus distinctives, celle-ci est loin de faire l’unanimité. Sa filmographie, jugée inégale, recèle pourtant d’authentiques réussites parfois minées par certains choix stylistiques discutables. Retribution ne fera rien pour changer la donne, tant il constitue l’apogée de son style, irritant pour certains, fascinant pour d’autres. Rangez-moi dans le second camp.

Fidèle à sa démarche artistique inclassable tout autant qu’à ses thématiques les plus chères, Kurosawa récidive avec un film qui le voit aborder de nouveau le genre horrifique, pour mieux le détourner vers un territoire atmosphérique indescriptible qui aura tôt fait d’exaspérer les amateurs de sensations fortes et de récits clairs et faciles à dénouer.

Amorcé sous la forme d’une enquête policière effectuée par un policier catatonique et troublé par un meurtre dont il pressent qu’il est peut-être l’auteur (joué par Koji Yakusho, acteur fétiche du cinéaste, une fois de plus parfait dans son rôle), le film instaure dès l’ouverture un climat sourd de délire existentiel lugubre et insaisissable mâtiné de motifs horrifiques traditionnels (apparitions de fantômes, meurtres). On devine rapidement que l’enquête policière s’avérera aussi alambiquée que complexe, voire irrésoluble, et que la dimension horrifique n’est là que pour mieux témoigner du trouble intérieur du personnage principal, véritable sujet du film.

Les habitués de l’univers de Kurosawa trouveront ici une variation et un approfondissement fort inspirés de ses motifs obsessionnels, parfois entachés de certaines fautes de goût assez évidentes (quelques apparitions de fantômes sont plutôt ratées). Hormis ces quelques moments d’égarement heureusement assez rares, l’ensemble témoigne d’un souci esthétique impressionnant, d’un brillant travail sur les atmosphères et d’un véritable regard d’auteur.

Les allergiques au style Kurosawa retrouveront ici toutes les manies et les tics qu’ils abhorrent : on leur déconseillera donc le film d’entrée de jeu. Les néophytes qui s’attendent à un film d’horreur traditionnel seront de toute évidence déroutés par ce film qui demande sans doute une certaine connaissance préalable de l’oeuvre du cinéaste pour l’apprécier à sa juste mesure; à ces derniers, on recommandera plutôt de commencer avec Cure ou Kairo. Pour plusieurs inconditionnels du cinéaste, il s’agira là d’une pièce maîtresse de sa filmographie, poursuivant son travail de collision entre le cinéma de genre et le cinéma d’auteur de manière inspirée. On lui pardonnera donc quelques errements, car Retribution offre un univers singulier créant un sentiment d’épouvante et de menace inusité et passionnant, pour qui sait apprécier cette démarche pour le moins inorthodoxe.

Fantasia 2007 : Always – Sunset on Third Street

Filed under: Cinéma japonais, Fantasia 2007 — Marc-André @ 17:49
Always - Sunset on Third Street (Takashi Yamazaki, Japon, 2005)

Always - Sunset on Third Street (Takashi Yamazaki, Japon, 2005)

On ne s’attendait certainement pas à une aussi belle oeuvre de la part du réalisateur de Returner. Grand lauréat des Japanese Academy Awards de 2006, où il a raflé pas moins de 12 prix, dont ceux du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur acteur et du meilleur scénario, Always – Sunset on Third Street est une magnifique et attachante saga populaire, au charme suranné et irrésistible.

Adapté d’un manga, le récit est constitué de multiples scénettes qui retracent le quotidien d’après-guerre (on est en 1958, le pays se relève du traumatisme de la guerre et d’Hiroshima) d’une série de personnages habitant le même quartier défavorisé de Tokyo : celui d’une famille hébergeant une jeune fille embauchée pour aider le père, réparateur de voitures, et de leur voisin, un écrivain raté quelque peu irresponsable qui doit s’occuper d’un enfant abandonné par ses parents. Le spectateur assiste aux petits moments, heureux et malheureux, qui jalonnent l’existence simple de ces gens sans histoire – ou presque.

Ponctué de savoureux événements anecdotiques qui sont des révélateurs en mode mineur de la transformation de la société japonaise post-Hiroshima – telle que l’arrivée du premier téléviseur, le temps d’une scène mémorable – Always tire le meilleur d’une admirable reconstitution du Tokyo de l’époque et de l’irrépressible optimisme des modestes gens qui composent son univers.

La direction artistique, toute en finesse malgré quelques fautes de goût attribuables à un emploi appuyé de CGI, illustre la dimension naïve et nostalgique de ce récit aux allures de conte. Les acteurs, jeunes comme adultes, offrent de touchantes compositions. Portrait riche en évocation d’une époque révolue, à la simplicité et aux bons sentiments désarmants, Always attendrit et conquiert d’emblée. Une réussite exemplaire du cinéma japonais à vocation commerciale. N’oubliez pas votre boîte de mouchoirs, elle sera utile.

22 juillet 2007

Fantasia 2007 : The World Sinks Except Japan

Filed under: Cinéma japonais, Fantasia 2007 — Marc-André @ 18:03
The World Sinks Except Japan (Minoru Kawasaki, Japon, 2006)

The World Sinks Except Japan (Minoru Kawasaki, Japon, 2006)

Indécrottable farceur et cabotin, Minoru Kawasaki est devenu un véritable chouchou des amateurs de délire absurde et de comédies dérisoires à petit budget avec The Calamari Wrestler, Executive Koala et The Rug Cop. C’est dire la déception à laquelle nous convie son oeuvre la plus ambitieuse et ouvertement politique à ce jour. Sur papier, The World Sinks Except Japan tient de l’idée de génie. Dans un futur rapproché, Kawasaki imagine ce qu’il adviendrait du Japon si le reste de la terre sombrait soudainement sous les eaux. Des réfugiés prestigieux de tous les pays se précipitent vers le Japon – ministres, vedettes, hommes d’affaires des États-Unis, de Chine, de Corée du Nord – créant une surpopulation et suscitant des répercussions et des tensions sociales inattendues. Pratiquement réduits à l’état d’esclaves ou d’amuseurs publics, les étrangers doivent se plier à des règles autoritaires et adopter la culture, la langue et les préceptes de la vie japonaise, ce qui crée des remous de toutes sortes.

Cette matière métaphorique subversive et explosive à souhait est abordée avec un humour noir féroce, sous l’angle d’une satire décapante qui tire à boulets rouges sur toutes les cibles imaginables : les stars hollywoodiennes et l’impérialisme américain, la dictature de Kim Jong-il, la diplomatie de l’ONU, les médias, l’armée et les traditions japonaises, personne n’est épargné. La bravoure et l’audace de Minoru Kawasaki sont admirables, et il décoche plusieurs flèches savoureuses, mais c’est insuffisant. Malheureusement, la réalisation n’est pas du tout à la hauteur de ce projet frondeur et culotté qui peine à prendre vie à l’écran. Alors que la minceur du budget de ses films précédents conférait un caractère artisanal attachant à sa mise en scène de pacotille, l’effet est tout à l’opposé dans le cas de The World Sinks Except Japan, qui souffre grandement de manques de moyens criants et d’une pauvreté visuelle qui le désavantage. On ne parle pas ici d’effets spéciaux, mais d’un minimum de travail du côté des décors, nettement insuffisants, tout comme de la réalisation, totalement impersonnelle et anonyme.

Contrairement à ses films précédents, l’humour tombe aussi le plus souvent complètement à plat, comme si le poids du propos avait étouffé la verve comique de Kawasaki. La majorité des scènes sont complètement ratées. L’interprétation est mauvaise et forcée au point d’en être pénible et gênante, en particulier du côté des acteurs non japonais, très nombreux, et presque tous inadéquats. L’ennui, l’amateurisme et la platitude sont malheureusement les principaux traits distinctifs de ce film que l’on aurait tant voulu défendre, mais qui constitue un échec d’autant plus décevant que le projet était si prometteur. Le temps de quelques scènes aussi drôles que mordantes, on entrevoit ce qu’aurait pu être The World Sinks Except Japan, si la charge politique avait été appuyée par un projet cinématographique plus développé et mieux travaillé. Quel dommage qu’un tel sujet n’ait pas été mené à bon port.

21 juillet 2007

Fantasia 2007 : A Dirty Carnival

Filed under: Cinéma sud-coréen, Fantasia 2007 — Marc-André @ 18:25
A Dirty Carnival (Yoo Ha, Corée du Sud, 2006)

A Dirty Carnival (Yoo Ha, Corée du Sud, 2006)

Yoo Ha est l’un des secrets les mieux gardés du cinéma sud-coréen actuel. Il est à souhaiter que A Dirty Carnival change la donne. Son troisième long métrage est l’un des meilleurs films de gangsters ayant été produits en Corée du Sud au cours des dernières années.

Le récit retrace le parcours d’un petit malfrat opportuniste et ambitieux (joué par Jo In-Seong, dans une performance mémorable) qui cherche à élever sa condition rapidement et à gravir les échelons de son organisation criminelle. Pour cela, il est prêt à tout – à se battre et même à trahir et à renverser ses concurrents. Son chemin croise celui d’un ami de jeunesse devenu cinéaste, et qui souhaite justement tourner un film sur les milieux interlopes. D’abord ravi de retrouver cet ancien ami, qui lui permet une incursion inespérée dans ce milieu, l’apprenti réalisateur constate la dure et impitoyable réalité des conflits dont son ami est partie prenante.

Les films de gangsters et de bastonnades ont décidément la cote actuellement en Corée du Sud. Celui-ci est extrêmement solide et s’élève très nettement au-dessus du lot. Le scénario, qui épouse à merveille la structure de l’ascension et de la chute de son personnage principal, est absolument passionnant, et offre plusieurs séquences d’action fulgurantes – soulignons en particulier une bataille sauvage tournée dans la boue, qui est une véritable prouesse de mise en scène. À ce seul niveau, A Dirty Carnival suscite l’enthousiasme. Il faut ajouter à cela la profondeur psychologique étonnante de personnages complexes et torturés, ainsi que le réalisme de la représentation du milieu, qui situe la démarche de Yoo Ha du côté de l’étude de caractères et de la fresque sociale.

L’intégration de la mise en abyme du cinéma, amenée par le personnage du cinéaste, est effectuée avec beaucoup de justesse et enrichit considérablement le film. Elle souligne les intentions de Yoo Ha, qui cherche à rendre la réalité de ce milieu tout en évitant les pièges d’une fiction qui l’évoquerait en méconnaissance de cause. Ainsi, le film prend la forme d’un double – et dur – apprentissage : pour le cinéaste, c’est celui de la réalité; pour le gangster, c’est celui de la rançon de la gloire.

La mise en scène est remarquable, mais dénuée d’esbroufe et d’effets stylistiques. La violence de ce milieu et le destin tragique des protagonistes sont ainsi présentés sous un éclairage cruel et dénué de complaisance. Soulignons enfin la qualité de l’interprétation, qui révèle un nouveau talent à suivre de près : il a pour nom Jo In-Seong. Assurément, A Dirty Carnival est à ranger du côté d’œuvres phares telles que Public Enemy et A Bittersweet Life.

Fantasia 2007 : Sun Scarred

Filed under: Cinéma japonais, Drame, Fantasia 2007 — Marc-André @ 17:55
Sun Scarred (Takashi Miike, Japon, 2006)

Sun Scarred (Takashi Miike, Japon, 2006)

On aura associé des dizaines et des dizaines d’épithètes superlatives à Takashi Miike au cours des dix dernières années, mais on n’aura jamais songé à le qualifier de conventionnel ou de populaire. Ce sont pourtant ces qualificatifs qui viennent en tête en visionnant Sun Scarred, un drame social que l’on pourrait presque associer à un cinéma grand public, tant le maître nippon de la provocation et de l’hystérie iconoclaste opte ici pour une approche linéaire et aborde un sujet tout ce qu’il y a de plus sérieux et grave, à savoir le fléau de la criminalité juvénile et des errements du système judiciaire japonais. Un contraste saisissant avec le très expérimental et poétique Big Bang Love: Juvenile A, tourné la même année. Bien que ce film ne compte pas parmi ses plus grandes réussites, il constitue un exemple de plus confirmant l’étourdissante capacité de renouvellement de ce cinéaste caméléon, à l’aise dans des registres de plus en plus diversifiés.

Miike retrouve Sho Aikawa, un des plus fidèles interprètes de sa filmographie, dans le rôle titre d’un homme faisant beaucoup penser au personnage de Charles Bronson dans Death Wish. Aikawa incarne un honnête travailleur et père de famille sans histoire qui a le malheur de porter secours à une dame qui est agressée par une bande de jeunes voyous. Ayant humiliés ceux-ci, ce pauvre homme verra sa vie basculer lorsque la bande de petites frappes décidera de s’en prendre à sa famille. Une tragédie s’ensuit, insuffisamment punie par la loi. Les conséquences sont terribles pour cet homme, qui décide alors de retrouver les coupables et d’exercer sa propre vengeance.

C’est donc le motif du justicier solitaire, si populaire dans le cinéma américain des années soixante-dix, qui est revisité par Takashi Miike dans un Japon contemporain où une jeunesse insouciante et cruelle terrorise les honnêtes citoyens, tandis que la loi préfère fermer les yeux devant leurs actes criminels. Conjuguant le drame psychologique à portée sociale avec les éléments d’un thriller funèbre qui prend véritablement son envol dans la deuxième partie du film, Miike étonne par l’emploi d’un style sobre, dénué d’expérimentation et de bizarreries, ainsi qu’une construction et un rythme extrêmement traditionnels. Seules quelques séquences en noir et blanc et une finale enlevée sont là pour souligner les préoccupations esthétiques et les obsessions habituelles du cinéaste. Il ne faut toutefois pas se surprendre outre mesure de la tangente adoptée par cette oeuvre d’apparence “mainstream”, mais qui l’est beaucoup moins qu’elle en a l’air.

Certes, cette démarche s’inscrit en continuité avec Zebraman et The Great Yokai War, qui annonçaient déjà un Takashi Miike plus accessible. Mais ces deux films se situaient d’emblée dans un registre ludique et fantastique qui est tout à l’opposé de celui de Sun Scarred, résolument ancré dans un réel tragique. Aussi, c’est surtout le volet social de sa filmographie, en particulier les films de la fin des années quatre-vingt-dix, Ley Lines et Rainy Dog en tête, que reconduit cette oeuvre sombre et glacée, qui jette un terrible regard sur une société sans foi ni loi.

Dans Sun Scarred, la violence, élément thématique fondamental de la quasi totalité des films de son auteur, n’est plus un instrument d’agression et de confrontation des limites du spectateur, mais bien une tare nationale endémique et complexe, faisant de tous à la fois des victimes et des agresseurs. Miike en dénonce les ravages, de concert avec une critique de l’impuissance et des dérapages de la loi face aux actes juvéniles répréhensibles, tout comme l’impasse du règlement de compte personnel qui nourrit le cycle de la violence. Aussi, la barbarie de la jeunesse et les moyens désespérés qui sont employés par le personnage principal afin de la contrecarrer sont ultimement renvoyés dos à dos. Voilà une bien singulière et étonnante ironie que ce soit l’une des figures les plus emblématiques de la représentation extrême de la violence au cinéma qui en dénonce ainsi ses manifestations concrètes et leur impact social dévastateur.

Ce qui nous oblige, une fois de plus, à remettre en question les étiquettes simplistes que l’on a pu accoler à Miike au fil des années, en se basant uniquement sur quelques films chocs, épiphénomènes d’une oeuvre incroyablement riche et multiple. Sun Scarred révèle une nouvelle facette de son auteur, aux antipodes de l’absurde, du délire et de l’expérimentation, en tant que citoyen inquiet et soucieux des réalités de son pays. Décidément, Takashi Miike est de plus en plus pertinent, sur tous les fronts.

20 juillet 2007

Fantasia 2007 : The Devil Dared Me To

Filed under: Cinéma néo-zélandais, Comédie, Fantasia 2007 — Marc-André @ 18:27
The Devil Dared Me To (Chris Stapp, Nouvelle-Zélande, 2007)

The Devil Dared Me To (Chris Stapp, Nouvelle-Zélande, 2007)

Connaissez-vous l’humour néo-zélandais – ou, si vous préférez, la comédie-kiwi? Cet irrévérencieux exemple de débilité assénée en bas de la ceinture en est une bien curieuse manifestation. Comment dire : imaginez des disciples zélés et fêlés de Evil Knievel qui auraient trop écouté les premiers films de Peter Jackson et qui auraient décidé de réaliser leur propre version de Jackass. Êtes-vous prêts à subir une dose gargantuesque de vulgarité, de scatologie, de cascades démentielles, de bruit perpétuel de tuyau d’échappement et de crissements de pneus et à assister à une série incroyable de blessures atroces? Et bien faites place à The Devil Dared Me To!

Le tandem de Chris Stapp et de Matt Heath a scénarisé, produit, réalisé et interprété cette comédie trash qui élève les cascades en voiture au rang de grand art. Il faut voir les stupidités intrépides que les protagonistes effectuent au péril de leur vie pour le croire. Les joyeux lurons défient la mort avec une audace sans borne, en multipliant les scènes où ils effectuent des cascades dangereuses en forme de morceaux de bravoure. Le récit de l’ascension de Randy Campbell (Stapp), un apprenti cascadeur d’abord frappé par des déboires et qui doit vivre dans l’ombre du tyrannique Dick Johansonson (Heath) avant de connaître la gloire, ne sert évidemment que de prétexte à une succession de scènes choc, à la fois hilarantes et révulsives, où le gore et un slapstick féroce occupent toute la place.

Sur le plan cinématographique, il y a peu de choses à dire, tant le film se limite au niveau de la pure provocation et du divertissement délinquant, non sans une certaine touche d’émotion incongrue. Mais on peut difficilement rester de glace devant la folie juvénile crasse et la dérision incessante de cet exercice de défoulement viril tourné avec fougue et passion. The Devil Dared Me To se savourera de préférence en groupe, en ayant bien pris soin de laisser sa subtilité et son intelligence au vestiaire.

Fantasia 2007 : City of Violence

Filed under: Action, Cinéma sud-coréen, Fantasia 2007 — Marc-André @ 18:18
City of Violence (Ryu Seung-wan, Corée du Sud, 2006)

City of Violence (Ryu Seung-wan, Corée du Sud, 2006)

Voilà un film qui nous apparaît avoir doublement souffert des attentes vertigineuses créées par le bouleversant Crying Fist, inoubliable film précédent du réalisateur, ainsi que d’une réception critique aussi sévère qu’injustifiée.

Certes,  City of Violence est tout sauf innovateur, et Ryu Seung-wan ne remportera pas la palme de la subtilité pour ce film d’action rageur qui se veut un simple divertissement sauvage et ultra stylisé remâchant le thème de l’amitié masculine perdue, leitmotiv récurrent des productions sud-coréennes récentes. Mais il faudrait être diablement blasé pour bouder son plaisir devant cet exercice de défoulement jubilatoire truffé de clins d’oeil et d’hommages cinéphiles.

Anthologique, la longue séquence finale vaut à elle seule le visionnement, avec sa magnifique partition musicale spaghetti western et ses références appuyées à Kill Bill. La réalisation, extrêmement alerte et soignée, multiplie les effets rétro (split screens), les angles et les mouvements de caméra, sans non plus en abuser, et contribue à créer un dynamisme de tous les instants.

On pardonnera ainsi le côté racoleur de l’ensemble et le schématisme d’un scénario prétexte à tous les excès visuels et à la multiplication des séquences de combat totalement jouissives (le titre ne trompe pas). Ce sont d’ailleurs ces chorégraphies martiales d’un tae kwon do tout en bruit et en fureur qui ont tôt fait d’emporter notre adhésion.

À la fois brutales et gracieuses, ces séquences de bravoure font, il faut bien l’avouer, une grande partie de l’intérêt de ce City of Violence, pure catharsis stylisée que l’on déguste avec grand plaisir, en attendant une oeuvre plus substantielle de la part de ce jeune cinéaste bourré de talent.

19 juillet 2007

Fantasia 2007 : Dynamite Warrior

Filed under: Action, Cinéma thaïlandais, Fantasia 2007 — Marc-André @ 18:41
Dynamite Warrior (Chalerm Wongpim, Thaïlande, 2006)

Dynamite Warrior (Chalerm Wongpim, Thaïlande, 2006)

Annoncé comme un feu d’artifices d’arts martiaux et de comédie thaïlandaise délirante, Dynamite Warrior se révèle être un pétard mouillé.

Après une séquence d’ouverture rocambolesque et assez sympathique où le justicier du titre multiplie les effets pyrotechniques inusités afin de libérer un troupeau de buffles des mains d’un groupe de voleurs, le film s’enlise dans une série de scènes ennuyeuses qui ont tôt fait d’user la patience du spectateur.

Les défauts récurrents d’un certain cinéma thaïlandais populaire abondent : scénario inutilement alambiqué prétexte à des scènes humoristiques ratées et de mauvais goût, personnages inconsistants, interprétation médiocre et réalisation approximative.

Le film possède tout de même certaines qualités plastiques, mais ses artisans cherchent manifestement à tabler sur le succès des films d’action acrobatique de Tony Jaa. Malheureusement, ils se seront égarés en chemin dans l’impasse d’une comédie aux accents fantastiques assez risibles. Ainsi, il faudra beaucoup de patience pour le spectateur friand de combats façon Ong Bak, car les séquences d’action ne surviennent véritablement qu’en toute fin de parcours. Et si la dernière partie se révèle enlevée et hystérique, elle est malheureusement noyée dans une surenchère d’effets assistés par ordinateur, ce qui gâche totalement les scènes d’action, d’autant plus que celles-ci sont filmées de manière extrêmement maladroite.

Ainsi, nulle récompense en bout de ligne pour le spectateur qui aura lutté avec acharnement contre l’état somnolent engendré par ce spectacle qui se veut haut en couleurs mais qui n’aura suscité qu’un vague ennui.

18 juillet 2007

Fantasia 2007 : Nightmare Detective

Filed under: Cinéma japonais, Fantasia 2007, Horreur — Marc-André @ 18:48
Nightmare Detective (Shinya Tsukamoto, Japon, 2006)

Nightmare Detective (Shinya Tsukamoto, Japon, 2006)

Pour son neuvième long métrage, Shinya Tsukamoto effectue un retour du côté de l’horreur viscérale et organique qui a établi sa réputation de cinéaste culte. À la sortie de A Snake of June et plus encore de Vital, plusieurs ont pu croire que le cinéaste souhaitait emprunter de nouvelles avenues, moins radicales et moins marquées par le cinéma de genre, un peu à la manière des œuvres de la maturité de David Cronenberg, auquel il a maintes fois été comparé. Mais le moyen métrage expérimental et extrême Haze était venu clairement indiquer que le cinéaste n’avait pas du tout l’intention d’abandonner l’exploration du sordide et sa propension à agresser les sens du spectateur, caractéristiques récurrentes de ses oeuvres de jeunesse.

Nightmare Detective vient confirmer que le maître nippon du cyberpunk et du cauchemar industriel n’a rien perdu de sa verve traumatique. Avec cette oeuvre sauvage et glauque, il propose un thriller sanguinolent et cauchemardesque s’inscrivant en continuité avec la vague du J-Horror, avant de subvertir et de pulvériser ces conventions dans une deuxième partie aussi déroutante que fascinante, qui le voit plonger dans des territoires beaucoup plus personnels.

Tsukamoto se met de nouveau lui-même en scène, dans le rôle énigmatique et effrayant de O, un individu assassinant ses victimes en envahissant leurs rêves. Perplexe face à ce qui semble être une série de suicides inexplicables et particulièrement violents, une nouvelle inspectrice participant à l’enquête (la star pop Hitomi, correcte sans plus) tente de convaincre son supérieur (Ren Osugi, qui apporte un peu d’humour à un univers très noir) qu’un tueur est à l’œuvre. Face à leurs découvertes stupéfiantes, ils auront recours à un individu asocial et tourmenté (Ryuhei Matsuda, un peu figé), dont on dit qu’il possède le pouvoir d’entrer dans les rêves d’autrui, afin de traquer ce meurtrier aux méthodes surnaturelles. La confrontation sera pour le moins confondante.

Pour les spectateurs distraits, Nightmare Detective apparaîtra comme une simple variante du concept de A Nightmare on Elm Street, revisité sous l’angle du J-Horror. Fort heureusement, il n’en est rien, grâce au talent unique et à l’approche sans concession de l’auteur de Tetsuo. Si la première partie du film prend la forme d’un thriller horrifique relativement conventionnel, mais rehaussé d’une réalisation épileptique et effrénée dans la plus pure tradition Tsukamoto, c’est véritablement dans la seconde partie du film que l’on renoue avec le style inimitable du cinéaste, rehaussé de formidables séquences oniriques. Cette plongée surprenante dans l’inconscient des personnages réserve des moments de pure poésie noire, qui élèvent soudainement le film à un tout autre niveau, quasi abstrait. Ainsi, cet assaut effroyable se sera transformé en un délire visuel et sonore saisissant de virtuosité et riche en évocations.

Nightmare Detective est sans doute trop bizarre et expérimental pour le badaud qui recherche de simples frissons. À mi-chemin entre un film de genre et une véritable démarche d’auteur, Shinya Tsukamoto aura de nouveau déjoué les attentes du public. On annonce une suite à ce projet – souhaitons que celle-ci poursuive dans la direction empruntée par la deuxième partie du film.

17 juillet 2007

Fantasia 2007 : The Rug Cop

Filed under: Cinéma japonais, Fantasia 2007 — Marc-André @ 19:05

The Rug Cop (Minoru Kawasaki, Japon, 2006)Ah, cet irremplaçable humour absurde japonais… Est-ce que quelqu’un avait déjà pensé à consacrer un film tout entier au très poétique sujet de la calvitie? Le seul et unique Minoru Kawasaki, créateur des irrésistibles Calamari Wrestler et Executive Koala, lui, y a pensé. Les cinéphiles qui connaissent déjà son univers hautement incongru, complètement débile et totalement fauché seront ravis d’apprendre qu’il récidive de plus belle avec cette parodie hilarante du film policier des années 70, où un enquêteur tente de contrecarrer les vilains projets d’une organisation terroriste.

Notre vaillant policier possède une arme puissante, dont il use avec une formidable dextérité : sa perruque! Celle-ci devient, entre ses mains expertes, un engin redoutable qui rétablit la loi et l’ordre.

On aura bien sûr compris qu’on est ici en plein territoire du n’importe quoi et du tout est permis de la farce prépubère bien assumée. On laissera donc son sens critique – et ses amis cinéphiles trop sérieux – au vestiaire.

Les inconditionnels du genre fauché-risible se délecteront de l’aspect volontairement ridicule jusqu’à l’excès de l’ensemble, construit avec des bouts de ficelle et dans un esprit d’amateurisme total. On recommandera aussi un visionnement en bonne compagnie – c’est-à-dire un auditoire complice qui sait apprécier le second degré et tous les degrés qui s’ensuivent. On pourra ainsi savourer la bouleversante chanson thème en version karaoké, qui raconte les tourments intérieurs quotidiens du porteur de perruque (particulièrement lorsqu’il vente), son entraînement intensif lui permettant de devenir un expert en projection de moumoutes, ainsi que les péripéties cabotines et inénarrables des membres de son commando de choc (mention spéciale à Big Willie), tous aussi hilarants les uns que les autres.

Croyez-moi, cette production échevelée et décoiffante ne manque pas de toupet – au sens propre du terme.

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