
Retribution (Kiyoshi Kurosawa, Japon, 2006)
Rapidement identifié comme l’un des chefs de file de la vague déferlante du J-Horror avec le formidable thriller horrifique existentiel Cure (1997), Kiyoshi Kurosawa s’est depuis fait un devoir de déjouer les attentes des spectateurs avec une série de films inégaux qui ont divisé et dérouté tant la critique que le public. S’il est incontestable que le cinéaste possède l’une des signatures nippones les plus distinctives, celle-ci est loin de faire l’unanimité. Sa filmographie, jugée inégale, recèle pourtant d’authentiques réussites parfois minées par certains choix stylistiques discutables. Retribution ne fera rien pour changer la donne, tant il constitue l’apogée de son style, irritant pour certains, fascinant pour d’autres. Rangez-moi dans le second camp.
Fidèle à sa démarche artistique inclassable tout autant qu’à ses thématiques les plus chères, Kurosawa récidive avec un film qui le voit aborder de nouveau le genre horrifique, pour mieux le détourner vers un territoire atmosphérique indescriptible qui aura tôt fait d’exaspérer les amateurs de sensations fortes et de récits clairs et faciles à dénouer.
Amorcé sous la forme d’une enquête policière effectuée par un policier catatonique et troublé par un meurtre dont il pressent qu’il est peut-être l’auteur (joué par Koji Yakusho, acteur fétiche du cinéaste, une fois de plus parfait dans son rôle), le film instaure dès l’ouverture un climat sourd de délire existentiel lugubre et insaisissable mâtiné de motifs horrifiques traditionnels (apparitions de fantômes, meurtres). On devine rapidement que l’enquête policière s’avérera aussi alambiquée que complexe, voire irrésoluble, et que la dimension horrifique n’est là que pour mieux témoigner du trouble intérieur du personnage principal, véritable sujet du film.
Les habitués de l’univers de Kurosawa trouveront ici une variation et un approfondissement fort inspirés de ses motifs obsessionnels, parfois entachés de certaines fautes de goût assez évidentes (quelques apparitions de fantômes sont plutôt ratées). Hormis ces quelques moments d’égarement heureusement assez rares, l’ensemble témoigne d’un souci esthétique impressionnant, d’un brillant travail sur les atmosphères et d’un véritable regard d’auteur.
Les allergiques au style Kurosawa retrouveront ici toutes les manies et les tics qu’ils abhorrent : on leur déconseillera donc le film d’entrée de jeu. Les néophytes qui s’attendent à un film d’horreur traditionnel seront de toute évidence déroutés par ce film qui demande sans doute une certaine connaissance préalable de l’oeuvre du cinéaste pour l’apprécier à sa juste mesure; à ces derniers, on recommandera plutôt de commencer avec Cure ou Kairo. Pour plusieurs inconditionnels du cinéaste, il s’agira là d’une pièce maîtresse de sa filmographie, poursuivant son travail de collision entre le cinéma de genre et le cinéma d’auteur de manière inspirée. On lui pardonnera donc quelques errements, car Retribution offre un univers singulier créant un sentiment d’épouvante et de menace inusité et passionnant, pour qui sait apprécier cette démarche pour le moins inorthodoxe.








Ah, cet irremplaçable humour absurde japonais… Est-ce que quelqu’un avait déjà pensé à consacrer un film tout entier au très poétique sujet de la calvitie? Le seul et unique Minoru Kawasaki, créateur des irrésistibles Calamari Wrestler et Executive Koala, lui, y a pensé. Les cinéphiles qui connaissent déjà son univers hautement incongru, complètement débile et totalement fauché seront ravis d’apprendre qu’il récidive de plus belle avec cette parodie hilarante du film policier des années 70, où un enquêteur tente de contrecarrer les vilains projets d’une organisation terroriste.