Travelling Avant

30 septembre 2009

FNC 2009 : Petropolis

Filed under: Cinéma canadien, Documentaire, Festival du nouveau cinéma 2009 — Marc-André @ 22:15
Petropolis

Petropolis

Sept ans après Gambling, Gods and LSD, Petter Mettler nous revient avec un projet de documentaire environnementaliste qui fera couler beaucoup de liquide noir – et je ne parle pas uniquement d’encre.

Petropolis: Aerial Perspectives on the Alberta Tar Sands montre, à l’aide de prises de vue aériennes saisissantes, l’ampleur du désastre écologique provoqué par l’industrie des sables bitumineux de l’Alberta.

Ces images, captées par hélicoptère à l’aide d’un matériel filmique de grande qualité, forment un spectacle à la fois fascinant et horrifique qui nous place devant l’évidence de notre hypocrisie et de notre aveuglement collectifs face à l’exploitation sauvage des ressources naturelles de notre planète.

Nul besoin de dire que le visionnement de Persepolis s’avère essentiel, sur grand écran. Le film sera projeté les 16 et 17 octobre 2009 au Festival du nouveau cinéma.

Site officiel du film

Présentation sur le site de Greenpeace

27 août 2009

La chute du Mur de Berlin : 20 ans après, au Goethe-Institut

Filed under: Cinéma allemand, Documentaire — Marc-André @ 23:37
1989/2009 : vingt ans après la chute du Mur, au Goethe-Institut de Montréal

1989/2009 : vingt ans après la chute du Mur, au Goethe-Institut de Montréal

Le 9 novembre 1989 est gravé d’une pierre blanche dans la mémoire de tous les Allemands et de la planète entière, et le Goethe-Institut de Montréal commémorera les vingt ans de la chute du Mur de Berlin tout au long de l’automne, avec la présentation d’un programme d’une vingtaine de films de fiction et de documentaires.

Intitulé 1989/2009 : vingt ans après la chute du Mur, le programme proposera des oeuvres réalisées entre 1987 et 2009. Ce sera l’occasion de voir ou de revoir des incontournables tels que Goodbye, Lenin! et The Lives of Others, mais surtout de découvrir des films précurseurs de l’événement historique, tel After Winter Comes Spring, de Helke Misselwitz, et d’autres qui analysent les effets de la réunification, dont In Berlin, coréalisé par Michael Ballhaus, le célèbre directeur photo de Fassbinder et Scorsese. Le bassiste Alexander Hacke, du légendaire groupe industriel Einstürzende Neubauten, sera d’ailleurs présent à Montréal pour l’occasion, le 3 décembre. D’autres invités sont attendus, notamment la cinéaste Helga Reidemeister ainsi que le réalisateur Andreas Dresen. Ce dernier est l’une des figures de proue du programme : il aura droit à une rétrospective de quatre de ses longs métrages, projetés en sa compagnie du 14 au 16 octobre.

Pour connaître tous les détails du programme qui se déroulera du 17 septembre au 11 décembre 2009, consultez le calendrier de l’événement sur le site Web du Goethe-Institut.

1989 / 2009 : vingt ans après la chute du Mur

18 août 2009

Les dames en bleu, film d’ouverture du FNC 2009

Filed under: Cinéma québécois, Documentaire, Festival du nouveau cinéma 2009 — Marc-André @ 22:38

fnc09-logoQui est la belle inconnue
La femme en bleu seule à sa table ?
Je me sens fou de l’avoir vu
Comme j’aimerais qu’elle me regarde

Michel Louvain, La dame en bleu

Existe-t-il un plus irrésistible crooner québécois que Michel Louvain? Fernand Gignac, dites-vous? Hmm, peut-être. Ou celui-ci, à la rigueur (à vos risques et périls)? Décidément, non. Nul n’a la faconde ni le charme du grand Michel. Et le chanteur de ses dames sera la tête d’affiche lors de la soirée d’ouverture du Festival du nouveau cinéma (FNC), cet automne.

Les dames en bleu, un documentaire du réalisateur québécois Claude Demers, à qui l’on doit Barbiers – une histoire d’hommes, a été sélectionné à titre de film d’ouverture de la trente-huitième édition du FNC. Le film propose le portrait de cinq admiratrices du chanteur. Le communiqué de presse le présente ainsi, en filiation avec la tradition du cinéma vérité :

Avec humilité et tendresse, le film se glisse dans le quotidien de cinq de ces femmes, de différentes générations, qui ont donné au chanteur culte la plus grande place dans leur coeur, dans leur monde, dans leur vie. Car dans leur rêve, il est l’ami complice, l’homme idéal, la plus belle des histoires d’amour. Mais dans la réalité, elles sont confrontées à un quotidien ordinaire où leur vie sentimentale est parfois empreinte de solitude. Tout en portant un regard truculent sur le phénomène du vedettariat, les Dames en bleu est un portrait intime de la volonté d’atteindre l’inatteignable, désir universel qui scintille au fond de chacun d’entre nous. (Extrait du communiqué du FNC).

Le film lancera les festivités du FNC 2009, le mercredi 7 octobre, au Cinéma Impérial. Après la projection, une soirée sera tenue dans le nouveau quartier général du festival, à l’Agora Hydro-Québec du Coeur des sciences de l’UQÀM. Le documentaire prendra ensuite l’affiche en salle le 16 octobre.

Le 38e Festival du nouveau cinéma aura lieu du 7 au 18 octobre 2009. En attendant le dévoilement de la programmation, ne résistez surtout pas à la tentation, et offrez-vous une visite sur le site officiel de Michel Louvain. Avouez que vous en brûlez d’envie.

Des nouvelles de la Cinémathèque québécoise

Intégrale Raymond Depardon à la Cinémathèque québécoise

Intégrale Raymond Depardon à la Cinémathèque québécoise

La Cinémathèque québécoise a annoncé les grandes lignes de sa programmation pour les mois de septembre et d’octobre, et le menu s’annonce alléchant.

Le grand événement de la rentrée sera certainement la rétrospective consacrée à Raymond Depardon, l’un des plus grands documentaristes vivants. La Cinémathèque propose l’intégrale de son oeuvre : 18 longs métrages, dont son plus récent, le magnifique La vie moderne, ainsi qu’une vingtaine de courts métrages. Une exposition de photogrammes, intitulée Désert, un homme sans l’Occident, accompagnera la rétrospective, qui se tiendra du 9 septembre au 3 octobre.

L’autre tête d’affiche automnale sera la réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion. L’auteure de An Angel at my Table et de The Piano a également droit à une rétrospective, intitulée Jane Campion, la fascination de l’étrangeté, qui comprendra son plus récent long métrage, Bright Star, présenté au Festival de Cannes. La rétrospective est présentée en collaboration avec le Festival du nouveau cinéma, du 8 au 17 octobre.

D’autres surprises attendent les cinéphiles, notamment un cycle intitulé Tapis rouge au cinéma belge. Voilà qui promet! Des longs et des courts métrages belges, wallons et flamands seront projetés du 28 octobre au 1er novembre. Il me tarde de connaître les titres sélectionnés.

Parmi les autres faits saillants de cette riche et éclectique programmation, soulignons les Nouveaux rendez-vous du samedi avec le cinéma de genre, qui débutent le 19 septembre. Après les très intéressantes rétrospectives consacrées à Johnnie To et au pinku eiga, réalisées en collaboration avec Fantasia, je me réjouis de voir que la Cinémathèque poursuit l’exploration de nouveaux territoires, tout en attestant du dynamisme actuel du cinéma de genre et de l’engouement de plus en plus marqué des cinéphiles envers ce type de cinéma. À inscrire à l’agenda : une projection de Evil Dead est annoncée en séance de minuit, le 31 octobre, afin de célébrer l’Halloween!

Une autre date à retenir est le 20 octobre, date de l’événement nommé An Evening With Don Hertzfeldt. Les fans de DJ XL5 connaissent déjà ce cinéaste d’animation américain iconoclaste et minimaliste, à l’humour insolent et ravageur. Il aura droit à une soirée de courts métrages consacrée à son oeuvre, en collaboration avec le Festival d’animation d’Ottawa et l’ONF. À ne pas manquer.

Les détails de la programmation seront dévoilés à partir du 20 août, sur le site Web de la Cinémathèque et le nouveau dépliant de programmation.

17 juillet 2008

Fantasia 2008, jour 15 : I Think We’re Alone Now, Handle Me With Care

Filed under: Cinéma américain, Cinéma thaïlandais, Documentaire, Fantasia 2008 — Marc-André @ 16:39

Carnets Fantasia 2008 : jeudi 17 juillet

Fantasia compte plusieurs films-événements à même sa riche programmation – y compris deux premières mondiales très attendues cette fin de semaine – et on ne veut évidemment pas manquer ces pièces de résistance. Mais il ne faut pas non plus négliger les œuvres plus modestes ou obscures. On y fait souvent des découvertes qui enrichissent grandement une expérience festivalière. Le menu de ce jeudi est justement composé de deux curiosités qui se révèlent être de véritables trésors d’humanisme, en plus de proposer un regard cinématographique singulier et complémentaire.

I Think We’re Alone Now (Sean Donnelly, États-Unis, 2008)

I Think We’re Alone Now (Sean Donnelly, États-Unis, 2008)

Débutons avec un documentaire extrêmement touchant sur deux individus qui éprouvent une admiration sans borne, pour ne pas dire maladive, envers Tiffany, une chanteuse pop des années 80. I Think We’re Alone Now nous présente Jeff, un quinquagénaire qui est atteint du syndrome d’Asperger, et Kelly, un (ou une) hermaphrodite. Ces deux individus ont en commun leur obsession extrême pour une figure dérisoire et rapidement oubliée de la scène pop des années 80 : la chanteuse Tiffany. Jeff et Kelly ont érigé Tiffany au rang de déesse, et même d’amour de leur vie. Leur « relation » avec elle dure depuis près de vingt ans. Ils sont bien plus que des fans : chacun à leur manière, ils se sont construit un univers délirant où ils croient entretenir un lien d’attachement particulier avec cette figure de fantasme qui alimente leur vie intérieure.

Excentrique, leur lubie? Bizarre? Un peu (beaucoup) à côté de la plaque? Toutes ces réponses, mais bien plus que cela. Car si ce documentaire empathique et fascinant de Sean Donnelly s’ouvre sur une incursion passionnante et parfois loufoque au cœur du phénomène des groupies excessifs et des stalkers de personnalités médiatiques, il devient vite évident que ce qui intéresse véritablement le cinéaste, ce sont ces deux personnes, leur vie, leurs désirs, leur monde singulier et plus encore, leur terrible solitude, qu’il nous partage avec une émouvante sincérité. On découvre des êtres marginalisés par leur différence et dont l’imaginaire fantasque dissimule un énorme mal de vivre et des besoins affectifs qui se heurtent aux obstacles créés par leur difficulté à être acceptés par la société.

En refusant de les traiter comme des phénomènes de foire, le cinéaste leur laisse la parole, à eux et à leur entourage, et nous convie à découvrir leur intimité, parfois troublante, toujours bouleversante. On rit souvent en écoutant I Think We’re Alone Now, un portrait authentique, sincère et immensément juste, mais surtout, on est remués en profondeur. Un documentaire essentiel, sensible, brut et en parfaite symbiose avec ses sujets, jusque dans sa forme. En prime, on aura eu droit à des commentaires très intéressants du cinéaste, venu présenter son film. Très certainement l’un des meilleurs films de la sélection des « Documentaries From the Edge » de cette année.

Handle Me With Care (Kongdej Jaturanrasamee, Thaïlande, 2007)

Handle Me With Care (Kongdej Jaturanrasamee, Thaïlande, 2007)

Le film suivant ne saurait être mieux choisi. Handle Me With Care aborde lui aussi la thématique de la marginalité, de manière totalement différente mais avec un sens similaire de l’empathie. Comme toujours, les thaïlandais ne font rien comme les autres et redéfinissent l’expression « sur l’acide » avec cette histoire abracadabrante d’un jeune homme qui possède trois bras. Sa difformité est bien sûr l’objet d’incompréhension et de rejet de la part de son entourage, une situation qu’il vit assez difficilement en dépit du fait qu’elle peut également lui procurer des avantages, révélés avec un sens aiguisé du cocasse et de l’absurde.

Le cinéaste exploite cette idée originale en multipliant les scènes riches en situations surréalistes, à l’humour savoureux. Mais lorsque notre pauvre homme à trois bras décidera de prendre la route vers la grande ville afin de procéder à une opération qui lui permettra de ne plus être considéré comme un monstre et de vivre une vie plus normale, il fera la connaissance d’une jeune femme abandonnée par son mari. Cette rencontre de deux être esseulés fera progressivement basculer le récit, amorcé sous un angle comique réjouissant et astucieux, vers une romance mélodramatique qui évite – oh miracle! – les excès de sentimentalisme auxquels on pouvait s’attendre avec un sujet aussi propice à la guimauve et au cabotinage. Ces deux écueils sont évités brillamment par le cinéaste thai Kongdej Jaturanrasamee, qui témoigne d’un sens de la mise en scène épatant. La direction photo est somptueuse, les situations très imaginatives ne manquent pas, et les trucages avec le troisième bras sont extrêmement bien faits et efficaces – et ce, sans aucun effet numérique, ce qui est un véritable petit exploit de travail artisanal soigné. Les acteurs offrent d’excellentes performances, sans sombrer dans un jeu affecté qui plombe parfois ce type de cinéma thaïlandais, et le film utilise à merveille des intertitres sur fond noir afin de révéler les sentiments et les réflexions du personnage principal. Tant sur le plan de la comédie que sur celui du mélodrame, Handle Me With Care constitue une très agréable réussite qui en fait un Citizen Dog en mode mineur. Une surprise de taille qui confirme que le cinéma thaïlandais a beaucoup à offrir lorsqu’il sait bien doser sa folie épatante et lorsqu’il est porté par un cinéaste aussi talentueux. En voilà un à suivre de près.

14 juillet 2008

Fantasia 2008, jour 12 : Spine Tingler, No Mercy for the Rude, Flick

Carnets Fantasia 2008 : lundi 14 juillet

Spine Tingler! The William Castle Story (Jeffrey Schwarz, États-Unis, 2007)

Spine Tingler! The William Castle Story (Jeffrey Schwarz, États-Unis, 2007)

Le festival se poursuit en ce lundi plutôt tranquille après les sensations fortes de la fin de semaine. Les bons morceaux à se mettre sous la dent ne manquent pas pour autant. Un passionnant et loufoque chapitre de l’histoire du cinéma nous attend avec Spine Tingler! The William Castle Story. Cet excellent documentaire sur la carrière rocambolesque du réalisateur et producteur William Castle, spécialiste de la série B horrifique des années cinquante et soixante et maître absolu de la gammick, semble taillé sur mesure pour Fantasia. Y a-t-il un meilleur endroit au monde pour visionner la biographie de cet hurluberlu qui était convaincu que le spectacle devait avoir lieu autant sinon davantage dans la salle que sur l’écran? Nul doute que le créateur de House on Haunted Hill, Mr. Sardonicus et d’une foule d’autres films d’épouvante douteux, voire ringards, se serait immédiatement senti chez lui à Fantasia, qui l’accueille comme on reçoit un père spirituel.

Pour les festivaliers, c’est du pur bonbon que ce documentaire qui relate son parcours atypique et ses coups d’éclat publicitaire légendaires, conçus afin d’attirer les foules. Un squelette en caoutchouc qui est propulsé vers les spectateurs? Un dispositif électrique dissimulé sous les banquettes afin de surprendre son audience? Une assurance dans le cas où un spectateur mourrait foudroyé d’effroi lors d’une projection? Ce fin renard y avait pensé, et il aura marqué durablement l’imaginaire d’une foule d’enfants.

On peut dire que cet homme d’affaires passionné et dévoué envers le public populaire n’a pas manqué d’imagination afin de vendre ses productions d’épouvante à cinq sous. On se régale du début à la fin de ce film qui fourmille d’anecdotes savoureuses et richement documentées – on retiendra en particulier sa rivalité avec Alfred Hitchcock et la conception de Rosemary’s Baby, dont il fut le producteur – et on se régale des entrevues effectuées avec John Waters, Joe Dante, John Landis et on en passe. Un must pour les amateurs de cinéma d’horreur et un visionnement fortement recommandé pour tous les cinémaniaques, qui en sortiront enchantés.

No Mercy for the Rude (Park Choel-hie, Corée du Sud, 2006)

No Mercy for the Rude (Park Choel-hie, Corée du Sud, 2006)

On entend souvent des cinéphiles déplorer le fait que la production récente en provenance de Corée du Sud serait décevante en regard des années antérieures. Il est vrai que l’engouement suscité par la découverte de cette cinématographie unique en son genre a pris des proportions démesurées. Forcément, les films de talentueux cinéastes comme Park Chan-wook, Kim Ki-duk, Bong Joon-ho et Kim Ji-woon ont mis la barre très haute. Trop haute, sans doute, parce que la majorité des films de cette cinématographie sont formatés pour le grand public afin de se hisser au sommet du box office local. Il ne faut donc pas s’attendre à tomber sur un Oldboy ou sur un A Tale of Two Sisters à chaque fois, sinon on en sera quittes pour de nombreuses déceptions. Mais il ne faut pas non plus jeter la serviette.

Preuve nous est donnée avec No Mercy for the Rude, premier long métrage de Park Choel-hie, de loin le plus original et le meilleur film sud-coréen que l’on a pu voir à Fantasia jusqu’à maintenant cette année. Cet habile mélange de comédie cinglante, de film noir stylisé et de drame débouchant sur des accès de violence possède plusieurs atouts de choix, à commencer par un humour noir dévastateur, qui fait mouche à maintes reprises. Amorcé sur un mode parodique glissant lentement vers le tragique, ce récit rythmé et divertissant mise sur une performance remarquable de l’excellent acteur Shin Ha-kyun, révélé par Sympathy for Mr. Vengeance et Save the Green Planet. Comme dans le premier film de la trilogie de la vengeance de Park Chan-wook, il campe un personnage atteint de surdité, auquel il donne de la prestance, du style et une belle profondeur, en plus d’effectuer une narration qui apporte beaucoup de richesse au film. Ponctué de nombreuses scènes d’action, d’un érotisme audacieux et de surprenantes et très bienvenues touches poétiques, No Mercy for the Rude est sans contredit une belle découverte. Voilà enfin du cinéma sud-coréen comme on l’aime.

Flick (David Howard, Angleterre, 2007)

Flick (David Howard, Angleterre, 2007)

La soirée se termine avec Flick, un film britannique branché qui met le paquet sur le plan visuel en tentant une relecture inusitée du sous-genre du film de morts-vivants. Le concept est brillant : une esthétique faite de couleurs saturées, d’effets de filtres et de textures imitant la bande dessinée; une atmosphère et une direction artistique rétro, appuyée par une trame musicale baignée dans le rockabilly; et Faye Dunaway dans le rôle d’une détective à un seul bras et affublée d’une prothèse, lancée à la poursuite d’un zombi qui cherche à retrouver la femme qu’il aime et à se venger d’une bande de jeunes qui l’ont tyrannisé. Beaucoup d’éléments inventifs pour un long métrage assez original, très accompli au niveau de la réalisation et de la direction artistique, mais qui repose malheureusement sur un scénario ennuyeux et inintéressant. Dommage, parce que le film de David Howard fait des merveilles avec son travail sur les couleurs, les cadrages et les textures cinématographiques. Il manquait un récit à la hauteur des ambitions artistiques indéniables de cet objet de curiosité inclassable.

8 juillet 2008

Fantasia 2008, jour 6 : Second Skin, Triangle, Mad Detective, DJ XL5′s Hellzapoppin Zappin’ Party

Filed under: Cinéma américain, Cinéma hong kongais, Documentaire, Fantasia 2008 — Marc-André @ 23:48

Carnets Fantasia 2008 : 8 juillet

Second Skin (Juan Carlos Pineiro-Escoriaza, État-Unis, 2008)

Second Skin (Juan Carlos Pineiro-Escoriaza, État-Unis, 2008)

Quoiqu’en disent les néophytes et les médias généralistes, qui projettent trop souvent une image fort stéréotypée du festival, les jours se suivent et ne se ressemblent pas à Fantasia. On bascule d’un univers, d’un genre et d’un sujet à l’autre, souvent sans crier gare. Il est toutefois bien intéressant d’établir des filiations et de discerner des thématiques récurrentes qui permettent d’approfondir et d’enrichir l’expérience. C’est le cas avec cette première de plusieurs excursions du côté des documentaires de la série Documentaries From the Edge, qui est de retour cette année, pour notre plus grand plaisir.

Entre deux séances de défoulement collectif, cette sélection nous permet de nous offrir quelques moments de cogitation et de réflexion. On se souviendra que la cuvée de l’an dernier nous avait réservé de très belles découvertes. Qu’en est-il de Second Skin, un documentaire consacré à l’univers des « gamers », et plus particulièrement à la compulsion maladive des adeptes du jeu vidéo en ligne et à la place qu’occupe cette obsession au sein de leur vie? Sans chercher à dénoncer ou à défendre les individus choisis pour illustrer son propos, le film de Juan Carlos Pineiro-Escoriaza dose admirablement des renseignements sur le sujet et une présentation résolument empathique de ses protagonistes, tout en prenant soin de laisser entrevoir leurs contradictions et la complexité de leurs expériences.

De cette manière, il offre un portrait passionnant d’une demi-douzaine d’hommes et de femmes que l’on suit jusque dans leur intimité, souvent fort révélatrice, sans négliger la dimension réflexive et sociale du phénomène. Le résultat est un film qui nous porte à réfléchir sur nos propres lubies et obsessions (la cinéphilie, peut-être?), tout en faisant écho à des films comme The King of Kong ou Cinemania. Sans être aussi achevé que ces deux exemples, Second Skin vaut assurément le détour.

Triangle (Ringo Lam, Johnnie To et Tsui Hark, Hong Kong, 2007)

Triangle (Ringo Lam, Johnnie To et Tsui Hark, Hong Kong, 2007)

Enchaînons avec un doublé noir en provenance de Hong Kong, qui poursuit le cycle Johnnie To amorcé la veille avec la brillante comédie romantico-nostalgique Sparrow. D’abord, Triangle, qui ne serait qu’un autre thriller sans intérêt s’il ne revendiquait pas la particularité d’être signé par trois des cinéastes les plus connus de Hong Kong : Tsui Hark, Ringo Lam et Johnnie To, qui se donnent le relais à la mise en scène afin de raconter une seule et même histoire, sur fond de trahisons, de trésor caché et de poursuites incessantes. On y retrouve la galerie habituelle des figures de proue de la Milkyway, notamment Simon Yam, Luis Koo, Kelly Lin et Lam Suet, ainsi que les effets de style et le rythme nerveux du polar à la façon hong kongaise. Amorcé sur des chapeaux de roue par Tsui Hark, qui joue à fond la carte de l’action, le film s’enlise quelque peu à la mi-parcours, sous la gouverne de Ringo Lam, sans qu’on puisse distinguer à quel moment celui-ci prend le flambeau des mains du premier. Le film reprend un peu de verve dans une dernière partie où Johnnie To multiplie les situations inusitées et des traits d’humour qui vont du sympathique au carrément n’importe quoi. Sans être une entière réussite, malgré ses hésitations et ses faux pas, Triangle mérite d’être vu, plus particulièrement pour les inconditionnels du cinéma de Hong Kong.

Mad Detective (Johnnie To et Wai Ka-Fai, Hong Kong, 2007)

Mad Detective (Johnnie To et Wai Ka-Fai, Hong Kong, 2007)

La suite se révèle toutefois nettement plus substantielle et passionnante à suivre de bout en bout. Mad Detective, co-signé par Johnnie To et par son complice Wai Ka-Fai, compte parmi les plus belles réussites du maître de l’écurie Milkyway. On y retrouve l’acteur Lau Ching-Wan, qui avait fait sa marque avec Johnnie To à la fin des années quatre-vingt-dix, et qui nous offre une prestation absolument mémorable. Plutôt invisible au cours des dernières années, l’acteur effectue un retour en très grande forme dans le rôle d’un détective complètement fêlé qui peut voir les différentes personnalités intérieures d’une personne, et qui se met dans la peau de ses suspects afin de mieux comprendre leurs agissements. Débouté de ses fonctions, il est appelé à la rescousse par un jeune détective qui éprouve de l’admiration pour lui, afin de résoudre la mystérieuse disparition d’un policier. C’est l’occasion pour Johnnie To de poursuivre son incroyable série de réussites d’exception, amorcée avec le diptyque des Election et poursuivie avec le brillantissime Exiled. Cette fois, le ton glisse vers une savante concoction d’étrangeté et de cocasseries débouchant vers une enquête policière qui se hisse subtilement hors des sentiers battus, avant de se terminer en apothéose, le temps d’une scène d’anthologie (une autre) dans une salle parsemée de miroirs. Que dire, sinon qu’avec Johnnie To, c’est toujours le festin royal.

DJ XL5′s Hellzapoppin Zappin’ Party

On termine cette journée en beauté avec le rendez-vous festif annuel cuisiné par DJ XL5, toujours aussi jouissif et apprécié de la foule qui s’est déplacée en grand nombre. Passée une savoureuse introduction composée d’intermèdes rétro des années soixante, soixante-dix et quatre-vingt, y compris l’inénarrable bande annonce du giallo Torso et la totalité du vidéoclip « Party All the Time », une bouse involontairement hilarante de Eddie Murphy et Rick James qui aura fait hurler de rire la salle au complet, Marc Lamothe nous présente le programme de cette année, intitulé DJ XL5′s Hellzapoppin Zappin’ Party – deux heures de pur délire, de connerie ininterrompue et de cabotinage de toute provenance, le tout étant mixé avec grand art.

La sélection est hétéroclite, et laisse une large place à l’animation ainsi qu’à la scène québécoise, chaudement applaudie d’ailleurs. Il serait trop long d’énumérer tous les moments à retenir de cette projection haute en couleur, mais mentionnons le jubilatoire et incroyablement inventif « Battle of the Album Covers », les trois courts métrages d’Adam Green, en particulier un « Oh Sherrie! » pissant avec son anti-héros affublé d’une coupe Longueuil et d’une collection impressionnante de t-shirts ringards, et la série de brillants pastiches documentaire « Golden Age », d’Aaron Augenblick.

Dans la catégorie niaiserie québécoise indécrottable, on s’est bien marré avec « 2072 », une animation minimaliste ridicule de Simon Lacroix, ainsi qu’avec « Ninja Eliminator », l’un des meilleurs films jamais tournés dans le Chinatown de Montréal. En prime, les spectateurs présents ont également pu visionner « 16 33 45 78 », un collage virtuose réalisé par DJ XL5 lui-même, avec l’aide de Francis Théberge. Ce montage en accéléré de centaines de pochettes d’album permet d’effectuer un véritable voyage musical dans le temps, une excellente idée appuyée par des choix judicieux qui témoignent d’une formidable connaissance de la culture pop. Nul besoin de dire que DJ XL5 a une fois de plus atteint la cible avec brio cette année. On ne saurait se passer de ce rendez-vous hautement comique, devenu un élément incontournable du festival.

21 octobre 2007

FNC 2007 : L’avocat de la terreur

Filed under: Cinéma français, Documentaire, Festival du nouveau cinéma 2007 — Marc-André @ 19:24
L'avocat de la terreur

L'avocat de la terreur

Le plus récent film de Barbet Schroeder est un portrait complexe et absolument fascinant de l’avocat Jacques Vergès, personnage hautement controversé qui a joué un rôle déterminant dans plusieurs des procès les plus importants et médiatisés des quatre dernières décennies sur le plan international. De toute évidence fasciné par ce personnage charmeur mais dont les zones d’ombre et les prises de position douteuses sur le plan politique ont de quoi rendre sérieusement perplexe, Barbet Schroeder signe un documentaire génial, inspiré et vertigineux, mais qui nous laisse devant un nombre incroyable de questions, de doutes et de pistes abandonnées en cours de route. Et il est facile de comprendre pourquoi : son sujet est bien vivant, et il a manifestement trempé dans des histoires qui ne sentent vraiment pas très bon.

Car le parcours professionnel de Jacques Vergès, fait de coups de théâtre médiatiques et de prise de position déstabilisantes, ne fait rien pour nous réconcilier avec les nobles idéaux de la justice et de la loi. Après avoir établi sa réputation et sa notoriété au cours des années soixante, en défendant – puis en mariant – une des figures les plus emblématiques du mouvement de la libération algérienne, la terroriste Djamila Bouhired, Vergès aura connu un parcours juridique fortement teinté d’allégeances politiques radicales qui l’associent tantôt au communisme et à l’anticolonialisme, dont il devient une figure de proue, avant de bifurquer vers l’antisémitisme, les mouvements de libération de la Palestine, les débuts du terrorisme islamiste, le néonazisme et on en passe.

Un chemin sinueux, marqué par une disparition mystérieuse de huit ans au cours des années soixante-dix, restée inexpliquée même par le principal intéressé (on croit qu’il aurait séjourné au Cambodge et au Moyen-Orient, mais rien n’est vraiment sûr). Vergès navigue de l’extrême gauche à l’extrême droite, et s’acoquine avec des groupes terroristes arabes, des sympathisants nazis et mêmes les khmers rouges et le régime génocidaire cambodgien de Pol Pot. Un baril de poudre politique ahurissant sur lequel repose le sourire frondeur et impénétrable de cet être provocateur, mystificateur charismatique, fin stratège et insidieux renard qui demeure une énigme de bout en bout, se réclamant de Diderot et défendant Klaus Barbie du même souffle, sans même broncher.

Rigoureusement mené – le déroulement et la construction de ce documentaire sont absolument prodigieux et exemplaires – fourmillant de renseignements parfois contradictoires, de pistes intrigantes, de témoignages stupéfiants et de faits qui viennent se contredire et se compléter à l’infini, L’Avocat de la terreur nous passionne tout autant qu’il nous laisse dans un état de profonde frustration. On ne peut qu’être ébloui par le film et par l’abondante matière qui est évoquée avec maestria – plusieurs des enjeux les plus importants de la deuxième partie du vingtième siècle se déroulent à une vitesse fulgurante sous nos yeux. Mais on aurait évidemment souhaité que le cinéaste creuse davantage les dimensions problématiques du personnage – elles sont nombreuses, évidentes et extrêmement inquiétantes, mais elles ne sont qu’évoquées, bien qu’elles soient éloquentes – notamment ses visites secrètes en ex-RDA, documentées par la Stasi allemande, et en Hongrie communiste. On sent que Barbet Schroeder se garde bien de véritablement dénoncer ou de porter un jugement définitif sur Vergès.

Aussi, il n’égratigne qu’en surface ce manipulateur de première envergure, le laissant distiller son oeuvre de séduction empoisonnée. Son arrogance indomptable jette continuellement de la poudre aux yeux afin de mieux cacher l’horreur de ses implications indéfendables avec les Klaus Barbie, Slobodan Milosevic et le négationniste Roger Garaudy – on évoque à peine le premier et on ne parle même pas des deux autres, alors qu’il y a là des faits accablants qui pèsent lourdement dans la balance.

Mais voilà sans doute de la matière beaucoup trop explosive pour un film qui en dévoile déjà beaucoup. Et c’est peut-être justement là le génie du cinéaste, qui montre suffisamment de faits accablants et qui expose la nébulosité indiscernable des propos du personnage afin de mieux mettre en valeur son aspect trouble et ignoble, sans en rajouter dans la dénonciation. Vergès y va ainsi de ses commentaires totalement évasifs de dandy rayonnant et imperturbable qui passe sous un silence odieux les pires affinités et mensonges, tandis que ses relations douteuses avec des criminels notoires sont justifiées au nom du droit à la défense. Schroeder se permet tout de même, dans un contrepoids heureux et nécessaire, de souligner sa complicité avec le terroriste Carlos et le sympathisant nazi François Genoud, ce qui a de quoi donner froid dans le dos.

Documentaire marquant et essentiel monté comme un thriller au suspense palpitant, L’Avocat de la terreur porte très bien son titre, tandis que son sujet se dérobe sous nos yeux, le temps d’une démonstration époustouflante qui déploie un vaste écran de fumée témoignant des horreurs du vingtième siècle. Un film essentiel et dérangeant, à voir sans faute.

13 juillet 2007

Fantasia 2007 : The King of Kong

Filed under: Cinéma américain, Documentaire, Fantasia 2007 — Marc-André @ 18:45
The King of Kong (Seth Gordon, États-Unis, 2007)

The King of Kong (Seth Gordon, États-Unis, 2007)

Tourné à la manière d’un suspense hollywoodien, ce documentaire brosse le portrait hilarant et complètement incroyable de deux geeks obsédés par le jeu d’arcade Donkey Kong et engagés dans une lutte à finir pour sacrer le champion.

À partir de ce sujet banal, le cinéaste propose un documentaire passionnant, à la construction exemplaire. Il est rare qu’un documentaire soit aussi divertissant et touchant, et celui-ci l’est à la puissance dix.

Contient un lot hallucinant de scènes et de citations mémorables. Coup de coeur du festival et très forte recommandation.

Fantasia 2007 : Ghosts of Cité Soleil

Filed under: Cinéma danois, Documentaire, Fantasia 2007 — Marc-André @ 18:00
Ghosts of Cité Soleil (Asger Leth, Danemark / États-Unis, 2007)

Ghosts of Cité Soleil (Asger Leth, Danemark / États-Unis, 2007)

Au péril de sa propre vie, le cinéaste danois Asger Leth a filmé de l’intérieur les activités quotidiennes de deux frères rivaux et leaders de gangs du bidonville de Cité Soleil, à Port-au-Prince, en Haïti, qui revendique le titre peu enviable du quartier le plus pauvre et le plus dangereux de la planète.

Tourné en 2004, lors de la fin du règne et de la chute de Jean-Bertrand Aristide, son film est un tour de force absolument fascinant, qui témoigne d’une témérité hallucinante. La caméra suit à la trace “2Pac” et “Bily”, qui sont les guides de cette plongée au coeur des ténèbres. On découvre ainsi l’état de pauvreté extrême et d’indigence scandaleuse de la population, les rivalités et les guerres de clan, l’omniprésence des armes à feu, circulant entre toutes les mains, la violence endémique et le climat de terreur perpétuel qui est le lot de cette communauté.

Leth accorde une large place aux témoignages des deux hommes, qui partagent ainsi leurs rêves et leur vision de la vie. “2Pac”, figure principale du film, aspire à devenir un rappeur célèbre, mais il est avant tout un malfrat aux activités louches, voire carrément suspectes et potentiellement reliées aux “Chimères”, cette milice de choc créée par Aristide et responsable d’actes d’intimidation envers la population.

Indiscrète jusqu’à en être impudique et même voyeuriste, l’approche de Leth le fait s’aventurer sans vergogne, avec un culot inouï, dans des situations conflictuelles qui risquent de dégénérer à tout moment en bain de sang, ou encore dans des avenues très personnelles, où l’on voit les protagonistes dans leur intimité dévoilée sans ambages, notamment leur relation avec Lélé, une infirmière française qui est tour à tour l’amante des deux frères et qui joue un rôle pour le moins intrigant dans cette histoire aux limites de l’invraisemblable et d’autant plus troublante qu’elle est authentique.

Les images sont saisissantes et la réalité qui est dévoilée a de quoi nous renverser. Si l’oeuvre propose de multiples pistes de lecture du contexte politique haïtien récent, Asger Leth refuse de prendre position, agissant essentiellement à titre de témoin indiscret. Ghosts of Cité Soleil prend ainsi la forme d’un reportage social viscéral effectué sans filet, très travaillé sur le plan visuel. L’esthétique du film, à la fois brute et léchée, propose un formidable travail sur les couleurs saturées, qui donnent un aspect stylisé aux prises de vues filmées à l’épaule et à l’arraché, avec un grand sentiment d’urgence. Fort d’une réalisation et d’un montage exceptionnels, ce documentaire bouleverse, scandalise et remue profondément.

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