Travelling Avant

22 juillet 2009

Fantasia 2009 : Fine, Totally Fine

Filed under: Cinéma japonais, Comédie, Fantasia 2009 — Marc-André @ 17:17
Fine, Totally Fine

Fine, Totally Fine

À 29 ans, la préoccupation principale de Teruo (joué par l’inénarrable Yoshiyoshi Arakawa, à droite sur l’image) est de préparer des coups pendables horrifiques pour surprendre son entourage, de plus en plus exaspéré par ses lubies juvéniles. Son ami Hisanobu (Yoshinori Okada, à gauche), employé d’administration hospitalière d’apparence plus sérieuse, n’en éprouve pas moins d’énormes difficultés auprès de la gente féminine, en plus de subir les contrecoups de sa gentillesse excessive. Leur vie va changer lorsqu’ils vont rencontrer Akira (Yoshimo Kimura, au centre), une jeune femme timide et terriblement maladroite, artiste à ses heures et véritable catastrophe ambulante qui, sans le vouloir, va bousculer la dynamique de ces deux paumés sympathiques.

Ajoutez à cette géométrie triangulaire de base toute une galerie de personnages étranges et fantasques, mélangez à l’aide d’une savante concoction de saynètes absurdes qui s’achèvent en chutes surréalistes et hilarantes, et vous obtenez Fine, Totally Fine, un contrepoint réjouissant à l’hystérie et au cabotinage qui entachent parfois les comédies nipponnes. Cette comédie franchement irrésistible s’inscrit aisément parmi les meilleurs films de la sélection asiatique de cette édition. Le cinéaste Yosuke Fujita, dont c’est le premier long métrage, s’est auparavant fait la main en réalisant de nombreux courts métrages et des spectacles de scène, et cela se voit dans chacun des plans admirablement composés de cette oeuvre dont la bizarrerie est cultivée avec goût et intelligence.

Fine, Totally Fine
mise sur un sens extrêmement bien assuré du gag laconique et décalé. Ponctué d’événements burlesques assénés avec une touche pince-sans-rire, le récit se donne par moments des airs réalistes mais saugrenus qui sont constamment dynamités par l’irruption de revirements farfelus. L’humour émerge des situations sans crier gare, à partir d’éléments visuels inventifs – décors et accessoires sont brillamment utilisés – et grâce au jeu tout en retenue et en distanciation des acteurs.

Il en résulte un tableau attachant, dont la somme transcende l’accumulation de moments incongrus et réjouissants. Comme dans les meilleurs exemples du genre – notamment Adrift in Tokyo et The Taste of Tea, dont Fine, Totally Fine est très certainement un proche parent – l’humour est ici au service d’une fine observation des moeurs d’individus un peu marginaux, en quête d’eux-mêmes et qui peinent à trouver ce qu’ils recherchent, que ce soit l’amour ou un sens à donner à leur vie. Ces thématiques sont abordées à la dérobée, sous des traits résolument humoristiques, mais mine de rien, à coups de fines allusions poétiques et de digressions charmantes, les personnages gagnent en richesse et le film impose une atmosphère particulière, légèrement intellectuelle par moments, mais constamment traversée de sursauts bizarres et d’instants de pure folie capturés au moyen d’une mise en scène inventive. Le cinéaste se révèle particulièrement doué dans l’utilisation des lieux – dont la librairie du père de Teruo, un espace exploité à merveille – et dans l’incorporation de motifs artistiques (les toiles peintes par Akira et les figurines de Teruo composent un monde imaginaire à part entière).

À tous égards, Fine, Totally Fine constitue une très belle découverte, et fournit une autre preuve irréfutable que le cinéma japonais est dans une classe à part sur la planète cinéma.

En reprise le lundi 27 juillet, à 17 h 05, au Théâtre Hall (détails).

19 juillet 2009

Fantasia 2009 : Crush and Blush

Filed under: Cinéma sud-coréen, Comédie, Fantasia 2009 — Marc-André @ 13:30
Crush and Blush

Crush and Blush

Les comédies sud-coréennes ne brillent pas toutes par leur subtilité. En voici une tout à fait originale et qui se hisse nettement hors du lot.

La figure centrale de Crush and Blush est une enseignante à la personnalité quelque peu incongrue. Sorte de souffre-douleur marginale et à côté de ses pompes, Me-sook est passée de la risée de son école au rôle peu enviable de professeur la plus méprisée du campus. Vivement émotive – comme en témoigne le rougoiement perpétuel de ses joues – et cultivant une lubie obsessionnelle maladive pour un collègue marié qui ne s’intéresse nullement à elle, Me-sook concocte de vils stratagèmes afin de saccager sa vie personnelle, convaincue qu’il finira par tomber dans ses bras. Pour ce faire, elle ne recule devant rien : elle ment et manipule jusqu’à plus soif afin de réaliser ses sombres desseins, notamment en s’acoquinant avec la fille de sa cible masculine, et développe même une fausse amitié avec une professeure rivale qui, elle, semble plutôt tombée dans l’oeil du monsieur.

On imagine tout le vaudeville superficiel que de telles prémisses pourraient engendrer. Et le grand mérite de Crush and Blush est d’éviter de sombrer dans la surenchère et le pathos, à l’aide d’un humour à la fois cruel, noir, extrêmement fin et bien dosé. Ce n’est pas un hasard si une femme cinéaste est aux commandes de cette comédie diablement étonnante : la perspective féminine éclaire de manière inédite et avec une grande dose d’humanisme le jeu des relations, les aléas du désir, les petites vengeances et les fantasmes débridés qui émergent de situations absolument rocambolesques, où le quiproquos règne en maître, sans jamais basculer dans le cabotinage. Le scénario, cosigné par la cinéaste et par un certain Park Chan-wook (qui ne m’a pourtant pas du tout convaincu de ses talents pour la comédie dans Thirst, dont c’était très certainement l’aspect le plus raté) fait flèche de tout bois, distillant les moments comiques avec flair. La mise en scène fourmille de trouvailles, cultivant une certaine excentricité des situations, mais sans excès. Cet équilibre dans la folie, avec un penchant pour le biscornu bien assumé sans s’y vautrer, donne des résultats charmants et divertissants, mais regorgeant d’intelligence et de petits détails savoureux.

La réussite de cette comédie noire singulière tient enfin sur les épaules de l’actrice Kong Hyo-jin, tout simplement formidable dans le rôle principal. Les risques étaient grands de n’offrir qu’une caricature bizarroïde sur deux pattes avec ce personnage de jeune femme fantasque et hystérique. Elle campe plutôt un être complexe et déchiré, qui nous exaspère tout autant qu’il nous fascine et séduit, avec ses éruptions colériques, ses atermoiements existentiels et la tragique incongruité de ses sentiments amoureux.

Crush and Blush s’impose aisément comme l’une des meilleures comédies sud-coréennes des dernières années. Le fait qu’elle s’éloigne avec panache des pitreries et des facilités habituelles y est tout sauf étranger. En reprise le lundi 20 juillet, à 15 heures, salle J.A. de Sève (détails).

15 juillet 2009

Fantasia 2009 : Instant Swamp

Filed under: Cinéma japonais, Comédie, Fantasia 2009 — Marc-André @ 08:16
Instant Swamp

Instant Swamp

Le cinéaste japonais Satoshi Miki nous avait offert l’une des plus belles découvertes de l’édition de l’an dernier avec Adrift in Tokyo, une surprenante errance tokyoïte en compagnie de deux irrésistibles énergumènes. Il récidive cette année avec Instant Swamp (aussi nommé Instant Numa), une comédie fourre-tout en forme de soucoupe volante. On y retrouve plusieurs traits caractéristiques du style du cinéaste : des personnages excentriques à la pelle, une multiplication ininterrompue de situations humoristiques, une douce folie surréaliste qui contamine chaque plan et des thématiques sociales reliées à la quête du père et au poids de la solitude, qui émergent sous des traits résolument comiques.

Cette fois, nous suivons les déambulations d’un personnage féminin, Haname (interprétée de manière à la fois criarde et attachante par Kumiko Aso), sorte d’Amélie Poulain quelque peu hystérique qui revendique haut et fort son inébranlable scepticisme, malgré l’accumulation d’événements bizarres et absurdes autour d’elle. La découverte d’une lettre la mènera à la recherche de son père disparu alors qu’elle était enfant, et lui fera connaître les curieusement dénommés Light Bulb, un antiquaire dont la coupe de cheveux rivalise dangereusement avec celle de Joe Odagiri dans Adrift in Tokyo, et Gas, un punk qui est aussi électricien (pourquoi pas).

Plus léger et cabotin que son précédecesseur, Instant Swamp mise d’abord et avant tout sur l’accumulation de moments comiques. Les gags défilent à une vitesse folle en ouverture, ponctuée de nombreuses trouvailles et d’un sens réjouissant du trait absurde. La cohérence scénaristique et la cohésion d’ensemble en souffrent par moments, en particulier dans la deuxième partie du film, qui s’essouffle un peu. N’empêche, Satoshi Miki confirme son talent dans le registre comique et son statut précieux d’énergumène filmique.

En reprise le vendredi 17 juillet, 15 heures, à la salle J.A. de Sève.

21 octobre 2007

FNC 2007 : Young People Fucking

Filed under: Cinéma canadien, Comédie, Festival du nouveau cinéma 2007 — Marc-André @ 19:50
Young People Fucking

Young People Fucking

Le sexe. Il n’est question que de ça et de rien d’autre (ou presque) dans ce premier film canadien au titre soi-disant cru mais surtout accrocheur, lisse comme une campagne publicitaire, qui aborde la chose sous un angle ouvertement comique, pour ne pas dire totalement superficiel, pour mieux fuir la réalité qu’il scrute sous des abords proprets et bien savonnés.

Ses concepteurs semblent avoir l’impression que leur approche est directe et franche, mais le résultat se révèle surtout platement télévisuel et irrémédiablement bavard. Les amateurs de Sex and the City y retrouveront sans doute de quoi sustenter leurs fantasmes BCBG, tandis que les cinéphiles, eux, pousseront plusieurs soupirs d’ennui, entre quelques sourires à peine esquissés, tant la farce tourne à vide, comme une sitcom autosatisfaite et vite oubliée.

Young People Fucking parle abondamment de cul, mais paraît presque vieux jeu, à une époque où l’on repousse sans cesse les frontières de la représentation sexuelle au cinéma. C’est dire à quel point il explose comme un pétard mouillé. On pourra admirer qu’il évite à la fois de verser dans la représentation explicite à la Shortbus et dans la vulgarité complaisante des niaiseries lubriques prépubères habituelles. Mais pour cela, il aurait fallu davantage de substance. Certes, le film est rigoureusement construit, en six parties qui reproduisent les étapes entourant les ébats de cinq couples hétérosexuels : prélude, préliminaires, sexe, interlude, orgasme et finale post-coïtum. Cinq récits parallèles sont proposés, chacun d’entre eux exposant une réalité à la fois commune et différente de gens dans la vingtaine ou la trentaine : il y a les ex-amoureux qui se retrouvent le temps d’une partie nostalgique de jambes en l’air, le couple un peu blasé et douillet en mal d’inspiration olé olé, les deux amis qui veulent tenter une expérience purement physique, une première rencontre entre un tombeur de femmes et sa plus récente conquête, et enfin un couple un peu pervers composé d’un homme qui souhaite que son colocataire fasse l’amour avec sa copine sous ses yeux.

Tous ces personnages de petits bourgeois sont pourtant interchageables et sans consistance, car réduits à quelques traits grossièrement soulignés. Le cinéaste Martin Gero et son coscénariste Aaron Abrams, également acteur dans le film, exploitent uniquement le potentiel cocasse de leur sujet, dans des scènes occasionnellement désopilantes et légèrement folichonnes qui sont surtout axées sur des dialogues incisifs et humoristiques, ainsi que sur les maladresses et le ridicule qui entourent les hauts et les bas des mouvements du désir.

Young People Fucking est relativement bien écrit et monté, mais le film offre peu de profondeur et de perspective, tant les personnages demeurent prisonniers de leur aspect stéréotypé et du style terriblement convenu de situations, artificielles et unidimensionnelles. La mise en scène est léchée, sans relief et télévisuelle jusqu’à l’agacement. Bref, voilà un produit étonnamment conformiste pour un titre aussi direct, dont l’emballage ne révèle rien de sulfureux ou de bien original.

18 octobre 2007

FNC 2007 : I’m a Cyborg, But That’s OK

Filed under: Cinéma sud-coréen, Comédie, Festival du nouveau cinéma 2007 — Marc-André @ 19:43
I'm a Cyborg, But That's OK

I'm a Cyborg, But That's OK

Après son ambitieuse trilogie de la vengeance, Park Chan-wook s’offre une parenthèse ludique avec cette comédie déjantée et débridée, sorte de One Flew Over the Cuckoo’s Nest en mode caricatural, désopilant et délirant qui met en scène deux personnages excentriques et fantasques internés dans un asile d’aliénés.

La rencontre improbable de deux personnages bizarroïdes est au coeur du récit. Elle (Lim Soo-jung, découverte dans le magnifique A Tale of Two Sisters) se prend pour un robot, porte un dentier et parle à des machines distributrices. Lui (la pop star Rain, dans son premier rôle au cinéma) est cleptomane compulsif, joue au lapin, porte un masque et tourne autour d’elle. Ils établissent une étrange complicité, tandis qu’autour d’eux s’agite toute une galerie d’hurluberlus fêlés du cabochon.

Aux antipodes du style sombre et viscéral de ses oeuvres précédentes, cette romance colorée ponctuée de séquences oniriques savoureuses est construite autour d’une succession de saynètes loufoques et bordéliques qui permettent à son créateur de déployer toute son inventivité visuelle. Les trouvailles de mise en scène pullulent, les couleurs sont flamboyantes et la direction photo offre de superbes compositions chatoyantes.

La folie baroque de la mise en scène, forte d’un esthétisme très travaillé et d’une très belle direction artistique, est toutefois soutenue par un scénario plutôt mince, sorte d’esquisse du grotesque qui table uniquement sur le registre du délire et de l’amusement. Le ton est bizarre, souvent enfantin voire puéril. Le jeu des acteurs est volontairement outrancier et excessif, à la limite du cabotinage, et les situations deviennent redondantes dans une deuxième partie un peu moins inspirée. Ce qui nous laisse sous l’impression que le film est certes divertissant, farfelu et inventif, mais un peu vide et superficiel sous son enrobage coloré.

En somme, I’m a Cyborg, But That’s OK se profile comme une oeuvre mineure et légère dans la filmographie d’un cinéaste toujours aussi brillant sur le plan visuel, accompagnée d’une excellente trame sonore. Park a le mérite de ne pas se répéter et d’emprunter des sentiers inédits, mais on souhaite qu’il retrouve sa virulence et sa causticité dans ses oeuvres subséquentes.

17 octobre 2007

FNC 2007 : Sperm

Filed under: Cinéma thaïlandais, Comédie, Festival du nouveau cinéma 2007 — Marc-André @ 12:46
Sperm

Sperm

Depuis quelques années, les Thaïlandais ne cessent de nous démontrer qu’ils possèdent un sens très prononcé pour la niaiserie sur l’acide. En voici une nouvelle preuve irréfutable.

Avec une subtilité repérable à même son titre, ce film inqualifiable raconte les mésaventures d’un guitariste rock qui fait une fixation obsessionnelle sur le sexe et sur une actrice en particulier. Par le hasard débile et fantastique des circonstances, après que ses amis lui aient fait ingurgiter une sorte de viagra exotique local, ses spermatozoïdes se répandent dans la ville et engrossent des centaines de femmes qui enfantent à une vitesse fulgurante des nouveaux-nés qui portent son visage adulte et qui se révèlent tout aussi obsédés par la chose sexuelle que leur géniteur, désemparé par cette épidémie de bébés lubriques dont il doit revendiquer la paternité. Les choses ne s’arrangent guère lorsque des extraterrestres viennent se mêler à ce bourbier libidineux. Que faire face à cette prolifération insensée? Et surtout, notre homme saura-t-il conquérir son actrice adorée, malgré une situation aussi dégénérée et gênante?

Avec une telle prémisse à rendre jaloux Judd Apatow, les créateurs d’American Pie et tous les amis de South Park réunis, il est clair que ce cinéaste thaï a choisi la voie de la comédie dérisoire et hors norme pour effectuer une satire décapante de l’obsession sexuelle masculine à l’adolescence. Les idées excentriques, les flashs comiques et le cabotinage systématique fusent de toutes parts dans cette production clinquante dont le mauvais goût, si on sait l’apprécier, est proprement réjouissant. Le n’importe quoi surréaliste côtoie allègrement les pitreries juvéniles, dans un joyeux désordre qui cherche autant à faire rire qu’à cultiver une certaine bizarrerie sexuelle.

Ce bric-à-brac est tout croche sur le plan de la mise en scène, brouillonne et incohérente, mais force est d’avouer que cet objet cinématographique est assez singulier, en particulier dans sa première partie, plutôt drôle et originale. Mais comme c’est souvent le cas avec ce type de production – on pense à un exemple thaïlandais tout à fait similaire en Bangkok Loco – le délire initial s’éteint progressivement et s’essouffle sérieusement en cours de route, et le potentiel subversif du concept laisse place à une succession de scènes ridicules qui sombrent dans la romance humoristique de pacotille et les gags de collégien.

Bref, vous l’aviez déjà deviné : Sperm est tout sauf un beau film délicat et méditatif de fin de soirée. On appréciera sa débilité à sa juste valeur si on se trouve des affinités avec l’humour cinématographique thaï, qui ne vole pas toujours très haut, mais qui a le mérite de foncer tête baissée dans une bêtise crasse et irrévérencieuse dont ils ont le secret.

20 juillet 2007

Fantasia 2007 : The Devil Dared Me To

Filed under: Cinéma néo-zélandais, Comédie, Fantasia 2007 — Marc-André @ 18:27
The Devil Dared Me To (Chris Stapp, Nouvelle-Zélande, 2007)

The Devil Dared Me To (Chris Stapp, Nouvelle-Zélande, 2007)

Connaissez-vous l’humour néo-zélandais – ou, si vous préférez, la comédie-kiwi? Cet irrévérencieux exemple de débilité assénée en bas de la ceinture en est une bien curieuse manifestation. Comment dire : imaginez des disciples zélés et fêlés de Evil Knievel qui auraient trop écouté les premiers films de Peter Jackson et qui auraient décidé de réaliser leur propre version de Jackass. Êtes-vous prêts à subir une dose gargantuesque de vulgarité, de scatologie, de cascades démentielles, de bruit perpétuel de tuyau d’échappement et de crissements de pneus et à assister à une série incroyable de blessures atroces? Et bien faites place à The Devil Dared Me To!

Le tandem de Chris Stapp et de Matt Heath a scénarisé, produit, réalisé et interprété cette comédie trash qui élève les cascades en voiture au rang de grand art. Il faut voir les stupidités intrépides que les protagonistes effectuent au péril de leur vie pour le croire. Les joyeux lurons défient la mort avec une audace sans borne, en multipliant les scènes où ils effectuent des cascades dangereuses en forme de morceaux de bravoure. Le récit de l’ascension de Randy Campbell (Stapp), un apprenti cascadeur d’abord frappé par des déboires et qui doit vivre dans l’ombre du tyrannique Dick Johansonson (Heath) avant de connaître la gloire, ne sert évidemment que de prétexte à une succession de scènes choc, à la fois hilarantes et révulsives, où le gore et un slapstick féroce occupent toute la place.

Sur le plan cinématographique, il y a peu de choses à dire, tant le film se limite au niveau de la pure provocation et du divertissement délinquant, non sans une certaine touche d’émotion incongrue. Mais on peut difficilement rester de glace devant la folie juvénile crasse et la dérision incessante de cet exercice de défoulement viril tourné avec fougue et passion. The Devil Dared Me To se savourera de préférence en groupe, en ayant bien pris soin de laisser sa subtilité et son intelligence au vestiaire.

7 juillet 2007

Fantasia 2007 : Dasepo Naughty Girls

Filed under: Cinéma sud-coréen, Comédie, Fantasia 2007 — Marc-André @ 18:21
Dasepo Naughty Girls (Lee Je-yong, Corée du Sud, 2006)

Dasepo Naughty Girls (Lee Je-yong, Corée du Sud, 2006)

Trois ans après Untold Scandal, brillante adaptation des Liaisons dangereuses transposée dans la dynastie des Chosun, Lee Je-yong effectue un virage schyzophrénique à 180 degrés et propose un film à sketchs librement adapté d’une bande-dessinée grivoise qui a fait sensation en Corée du Sud. Totalement aux antipodes du classicisme et du sérieux de son film précédent, le cinéaste laisse ici libre cours à son imagination déjantée et propose une comédie hautement colorée, qui voltige dans tous les sens.

Le propos se veut érotique et gentiment subversif : on y suit les péripéties invraisemblables d’étudiants et de professeurs obsédés par la chose sexuelle. Il y est question notamment de maladies vénériennes, d’homo ou de bisexualité, de travestisme et d’une foule d’autres coquineries, perversions ou anomalies qui ont certes de quoi bousculer les tabous de la société sud-coréenne.

Un tel sujet laissait présager les pires excès de la comédie sexuelle de situation à la American Pie ou Sex is Zero. Or, Dasepo Naughty Girls se tient heureusement éloigné des débilités habituelles, au point où certains spectateurs qui s’attendent à un traitement olé-olé pourront être refroidis par la relative retenue de l’ensemble en matière de représentation sexuelle. Ici, la nudité et l’explicite ne sont pas de mise, et s’il y a certes de la vulgarité et de l’effronterie à revendre, cela est fait avec style et passablement d’originalité. Ainsi, passée une introduction hilarante et corrosive à souhait, marquée par un délicieux segment musical, le cinéaste opte pour une approche colorée et allusive, multipliant les personnages loufoques et les situations scabreuses. Les sketchs sont certes inégaux, mais cela a peu d’importance au bout du compte, tant la direction artistique impeccable et une fine critique sociale dissimulée derrière les artifices et la légèreté de ce bonbon rose finissent d’enlever le morceau.

Malgré l’aspect échevelé de la chose, qui pourra lasser ou énerver certains, le résultat est indéniablement réussi, plus particulièrement du côté de la réalisation flamboyante et du jeu maniéré à souhait des acteurs. À la fois divertissement inusité et exercice de style aux apparences superficielles qui cache en fait un certain propos social, Dasepo Naughty Girls n’est assurément pas pour tous les goûts. Cet objet filmique non identifié mérite une attention particulière de la part des cinéphiles curieux et ouverts d’esprit. Mis dans les dispositions requises, ceux-ci pourront y trouver une folie contagieuse doublée d’un regard singulier porté sur le microcosme sud-coréen.

28 octobre 2006

FNC 2006 : The Boss of It All

Filed under: Cinéma danois, Comédie, Festival du nouveau cinéma 2006 — Marc-André @ 20:05
The Boss of It All

The Boss of It All

Lars von Trier traverse une crise artistique et existentielle. Ce n’est pas moi qui l’affirme, c’est lui. Prenant une pause après avoir réalisé Dogville et Manderlay, les deux premiers épisodes de son ambitieuse saga sur l’Amérique, le voilà qui accouche d’une comédie légère et désopilante qui se moque de la vie et du travail en entreprise – un peu comme si The Office était repris sous la lorgnette décapante de l’humour noir danois.

Sommes-nous devant un Lars von Trier en mode mineur? Très certainement, si on compare ce film à l’ensemble de la filmographie mégalomane du tyran et maître danois. Ce qui ne devrait pas pour autant nous faire bouder notre plaisir devant ces élucubrations risibles mais savoureuses et joyeusement bien envoyées.

Suivons donc les péripéties hilarantes de Kristoffer (Jens Albinus, excellent), un acteur sans travail qui est assez idiot pour accepter une offre plutôt inusitée. Ravn (Peter Gantzler), propriétaire d’une petite entreprise de services informatiques, lui propose de jouer le rôle du grand patron de l’entreprise, que les employés n’ont jamais vu. Et pour cause : il n’existe pas, Ravn se réfugiant derrière ce personnage créé de toutes pièces lorsqu’il doit effectuer des décisions qui risquent de créer des remous parmi ses employés. Or Ravn s’apprête à vendre la compagnie à des intérêts islandais dirigés par le très caractériel Finnur (Fridrik Thor Fridriksson, hilarant), et il souhaite faire passer la pilule à ses employés tout en amadouant son acariâtre partenaire d’affaires par l’entremise de l’acteur. Celui-ci se retrouve bientôt pris dans une série de quiproquos et de malentendus pour le moins inconfortables, qui le placent dans une situation bien périlleuse.

Avec von Trier, on pouvait s’attendre à une satire absolument virulente du monde du travail. Ce qu’il effectue ici avec une énergie et une malice étonnantes pour un auteur qui se dit en perte de créativité. Certes, on pourra faire le même reproche au cinéaste que ce que l’on a pu dire à propos de sa trilogie sur l’Amérique : connaît-il seulement l’univers qu’il met en scène? Les situations professionnelles qui sont présentées dans The Boss of it All pourront sembler bien peu crédibles aux yeux de certains. Le ton est délibérément théâtral à l’excès et largement improvisé, versant continuellement dans la caricature et l’absurde. Mais force est d’avouer que les coups sont bien portés – les dialogues sont dévastateurs, aucun personnage n’est épargné, et il est évident, pour une fois, que Lars von Trier ne se prend pas très au sérieux dans cette farce qui écorche superficiellement la société danoise et le monde des affaires.

Le rusé cinéaste opte pour un style à l’apparence volontairement bâclée – von Trier ayant utilisé un curieux procédé nommé « Automavision », qu’il décrit comme une méthode de sélection arbitraire d’angles et de prises de vue effectuée par ordinateur. Les plans s’enchaînent de manière incongrue, parfois mal découpés ou raccordés. Loin d’être désagréable, ce procédé qui pastiche l’amateurisme est en parfait accord avec le propos et l’angle satirique de son sujet, et peut même être considéré comme une parodie de ses propres prétentions démirugiques.

Les interventions amusées de von Trier lui-même à la narration en voix hors champ et le mode de distanciation brechtien qu’il continue d’utiliser au sein de cet exercice de défoulement ludique et libérateur ne sauraient nous tromper : même fatigué et aigri, Lars von Trier sait frapper juste et fort. Ici, la légèreté est certes quelque peu juvénile, mais aussi contagieuse et complice avec le spectateur. Souhaitons qu’elle agisse comme un ressourcement.

Thème : Silver is the New Black. Un Blog WordPress.com.

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