Travelling Avant

17 juillet 2008

Fantasia 2008, jour 15 : I Think We’re Alone Now, Handle Me With Care

Filed under: Cinéma américain, Cinéma thaïlandais, Documentaire, Fantasia 2008 — Marc-André @ 16:39

Carnets Fantasia 2008 : jeudi 17 juillet

Fantasia compte plusieurs films-événements à même sa riche programmation – y compris deux premières mondiales très attendues cette fin de semaine – et on ne veut évidemment pas manquer ces pièces de résistance. Mais il ne faut pas non plus négliger les œuvres plus modestes ou obscures. On y fait souvent des découvertes qui enrichissent grandement une expérience festivalière. Le menu de ce jeudi est justement composé de deux curiosités qui se révèlent être de véritables trésors d’humanisme, en plus de proposer un regard cinématographique singulier et complémentaire.

I Think We’re Alone Now (Sean Donnelly, États-Unis, 2008)

I Think We’re Alone Now (Sean Donnelly, États-Unis, 2008)

Débutons avec un documentaire extrêmement touchant sur deux individus qui éprouvent une admiration sans borne, pour ne pas dire maladive, envers Tiffany, une chanteuse pop des années 80. I Think We’re Alone Now nous présente Jeff, un quinquagénaire qui est atteint du syndrome d’Asperger, et Kelly, un (ou une) hermaphrodite. Ces deux individus ont en commun leur obsession extrême pour une figure dérisoire et rapidement oubliée de la scène pop des années 80 : la chanteuse Tiffany. Jeff et Kelly ont érigé Tiffany au rang de déesse, et même d’amour de leur vie. Leur « relation » avec elle dure depuis près de vingt ans. Ils sont bien plus que des fans : chacun à leur manière, ils se sont construit un univers délirant où ils croient entretenir un lien d’attachement particulier avec cette figure de fantasme qui alimente leur vie intérieure.

Excentrique, leur lubie? Bizarre? Un peu (beaucoup) à côté de la plaque? Toutes ces réponses, mais bien plus que cela. Car si ce documentaire empathique et fascinant de Sean Donnelly s’ouvre sur une incursion passionnante et parfois loufoque au cœur du phénomène des groupies excessifs et des stalkers de personnalités médiatiques, il devient vite évident que ce qui intéresse véritablement le cinéaste, ce sont ces deux personnes, leur vie, leurs désirs, leur monde singulier et plus encore, leur terrible solitude, qu’il nous partage avec une émouvante sincérité. On découvre des êtres marginalisés par leur différence et dont l’imaginaire fantasque dissimule un énorme mal de vivre et des besoins affectifs qui se heurtent aux obstacles créés par leur difficulté à être acceptés par la société.

En refusant de les traiter comme des phénomènes de foire, le cinéaste leur laisse la parole, à eux et à leur entourage, et nous convie à découvrir leur intimité, parfois troublante, toujours bouleversante. On rit souvent en écoutant I Think We’re Alone Now, un portrait authentique, sincère et immensément juste, mais surtout, on est remués en profondeur. Un documentaire essentiel, sensible, brut et en parfaite symbiose avec ses sujets, jusque dans sa forme. En prime, on aura eu droit à des commentaires très intéressants du cinéaste, venu présenter son film. Très certainement l’un des meilleurs films de la sélection des « Documentaries From the Edge » de cette année.

Handle Me With Care (Kongdej Jaturanrasamee, Thaïlande, 2007)

Handle Me With Care (Kongdej Jaturanrasamee, Thaïlande, 2007)

Le film suivant ne saurait être mieux choisi. Handle Me With Care aborde lui aussi la thématique de la marginalité, de manière totalement différente mais avec un sens similaire de l’empathie. Comme toujours, les thaïlandais ne font rien comme les autres et redéfinissent l’expression « sur l’acide » avec cette histoire abracadabrante d’un jeune homme qui possède trois bras. Sa difformité est bien sûr l’objet d’incompréhension et de rejet de la part de son entourage, une situation qu’il vit assez difficilement en dépit du fait qu’elle peut également lui procurer des avantages, révélés avec un sens aiguisé du cocasse et de l’absurde.

Le cinéaste exploite cette idée originale en multipliant les scènes riches en situations surréalistes, à l’humour savoureux. Mais lorsque notre pauvre homme à trois bras décidera de prendre la route vers la grande ville afin de procéder à une opération qui lui permettra de ne plus être considéré comme un monstre et de vivre une vie plus normale, il fera la connaissance d’une jeune femme abandonnée par son mari. Cette rencontre de deux être esseulés fera progressivement basculer le récit, amorcé sous un angle comique réjouissant et astucieux, vers une romance mélodramatique qui évite – oh miracle! – les excès de sentimentalisme auxquels on pouvait s’attendre avec un sujet aussi propice à la guimauve et au cabotinage. Ces deux écueils sont évités brillamment par le cinéaste thai Kongdej Jaturanrasamee, qui témoigne d’un sens de la mise en scène épatant. La direction photo est somptueuse, les situations très imaginatives ne manquent pas, et les trucages avec le troisième bras sont extrêmement bien faits et efficaces – et ce, sans aucun effet numérique, ce qui est un véritable petit exploit de travail artisanal soigné. Les acteurs offrent d’excellentes performances, sans sombrer dans un jeu affecté qui plombe parfois ce type de cinéma thaïlandais, et le film utilise à merveille des intertitres sur fond noir afin de révéler les sentiments et les réflexions du personnage principal. Tant sur le plan de la comédie que sur celui du mélodrame, Handle Me With Care constitue une très agréable réussite qui en fait un Citizen Dog en mode mineur. Une surprise de taille qui confirme que le cinéma thaïlandais a beaucoup à offrir lorsqu’il sait bien doser sa folie épatante et lorsqu’il est porté par un cinéaste aussi talentueux. En voilà un à suivre de près.

17 octobre 2007

FNC 2007 : Sperm

Filed under: Cinéma thaïlandais, Comédie, Festival du nouveau cinéma 2007 — Marc-André @ 12:46
Sperm

Sperm

Depuis quelques années, les Thaïlandais ne cessent de nous démontrer qu’ils possèdent un sens très prononcé pour la niaiserie sur l’acide. En voici une nouvelle preuve irréfutable.

Avec une subtilité repérable à même son titre, ce film inqualifiable raconte les mésaventures d’un guitariste rock qui fait une fixation obsessionnelle sur le sexe et sur une actrice en particulier. Par le hasard débile et fantastique des circonstances, après que ses amis lui aient fait ingurgiter une sorte de viagra exotique local, ses spermatozoïdes se répandent dans la ville et engrossent des centaines de femmes qui enfantent à une vitesse fulgurante des nouveaux-nés qui portent son visage adulte et qui se révèlent tout aussi obsédés par la chose sexuelle que leur géniteur, désemparé par cette épidémie de bébés lubriques dont il doit revendiquer la paternité. Les choses ne s’arrangent guère lorsque des extraterrestres viennent se mêler à ce bourbier libidineux. Que faire face à cette prolifération insensée? Et surtout, notre homme saura-t-il conquérir son actrice adorée, malgré une situation aussi dégénérée et gênante?

Avec une telle prémisse à rendre jaloux Judd Apatow, les créateurs d’American Pie et tous les amis de South Park réunis, il est clair que ce cinéaste thaï a choisi la voie de la comédie dérisoire et hors norme pour effectuer une satire décapante de l’obsession sexuelle masculine à l’adolescence. Les idées excentriques, les flashs comiques et le cabotinage systématique fusent de toutes parts dans cette production clinquante dont le mauvais goût, si on sait l’apprécier, est proprement réjouissant. Le n’importe quoi surréaliste côtoie allègrement les pitreries juvéniles, dans un joyeux désordre qui cherche autant à faire rire qu’à cultiver une certaine bizarrerie sexuelle.

Ce bric-à-brac est tout croche sur le plan de la mise en scène, brouillonne et incohérente, mais force est d’avouer que cet objet cinématographique est assez singulier, en particulier dans sa première partie, plutôt drôle et originale. Mais comme c’est souvent le cas avec ce type de production – on pense à un exemple thaïlandais tout à fait similaire en Bangkok Loco – le délire initial s’éteint progressivement et s’essouffle sérieusement en cours de route, et le potentiel subversif du concept laisse place à une succession de scènes ridicules qui sombrent dans la romance humoristique de pacotille et les gags de collégien.

Bref, vous l’aviez déjà deviné : Sperm est tout sauf un beau film délicat et méditatif de fin de soirée. On appréciera sa débilité à sa juste valeur si on se trouve des affinités avec l’humour cinématographique thaï, qui ne vole pas toujours très haut, mais qui a le mérite de foncer tête baissée dans une bêtise crasse et irrévérencieuse dont ils ont le secret.

16 octobre 2007

FNC 2007 : Ploy

Filed under: Cinéma thaïlandais, Festival du nouveau cinéma 2007 — Marc-André @ 12:11
Ploy

Ploy

Son film précédent, Invisible Waves, empruntait des avenues délétères et m’avait laissé dans un état de profonde perplexité. Cette fois-ci, nul doute possible : Ploy est immédiatement fascinant et durablement passionnant, et démontre toute l’étendue du talent de Pen-Ek Ratanaruang.

Une atmosphère onirique, sensuelle et mystérieuse plane sur ce récit opaque et intrigant, construit autour d’un couple de Thaïlandais habitant les États-Unis et qui effectue un retour dans son pays, le temps d’assister à un enterrement à Bangkok. Engourdis par le décalage horaire, préoccupés par leur relation qui se désagrège, ils seront confrontés à leurs sentiments et à leurs états d’âme, marqués par la jalousie, l’ennui et la solitude, le temps d’un séjour dans une chambre d’hôtel. Une dynamique à trois s’installe dans ce lieu clos quand le mari ramène une jeune étrangère de 19 ans nommée Ploy, qu’il rencontre au bar de l’hôtel tandis que sa femme tente de dormir dans la chambre. L’irruption de cette étrangère au sein de leur intimité en déroute devient un élément perturbateur qui attisera la colère de la femme et qui cristallisera les conflits latents du couple. Pendant ce temps, dans une chambre voisine, deux employés de l’hôtel se plongent dans des ébats langoureux et brûlants.

Mais tout cela est-il véritablement en train de se passer, ou est-ce plutôt là le fruit défendu de l’imagination d’un couple qui, sous le poids de la fatigue et du sommeil interrompu, laisse libre cours à ses inquiétudes et à ses fantasmes? C’est là que se situe toute la réussite de ce film envoûtant et inquiétant. L’état somnambulique et les rêves de ces trois personnages qui glissent entre le sommeil et l’éveil viennent contaminer la structure narrative, qui installe lentement une zone d’étrangeté décalée, sourde et impalpable, où l’érotisme, l’étrange et le mystère occupent une place prépondérante. Magnifiquement appuyée par une musique omniprésente, arrière-fond presque menaçant et révélateur d’angoisse, la mise en scène se déploie tout en souplesse, épousant parfaitement le climat de rêve, de désir, de sensualité et d’anxiété qui hante les protagonistes. Avec une très grande habileté, Ratanaruang projette le spectateur dans un univers parallèle qui évoque à merveille les sensations de fatigue et de confusion provoquées par le décalage horaire.

Comme toujours, le cinéaste thaïlandais utilise quelques ressorts du thriller afin de laisser planer une aura de tension et d’énigme, qui bascule parfois dans des situations saugrenues ou des scènes torrides, dont on ignore si elles appartiennent aux rêves de chacun des protagonistes ou si elles se produisent réellement, tant elles revêtent un caractère fantasmé ou cauchemardesque. Mais Ploy est d’abord et avant tout une brillante exploration des affres du couple, ici perdu dans des dédales de fantasmes, de jalousie et d’incommunicabilité. En cours de route, la frontière entre le rêve et la réalité aura été complètement brouillée, pour notre plus grand plaisir.

19 juillet 2007

Fantasia 2007 : Dynamite Warrior

Filed under: Action, Cinéma thaïlandais, Fantasia 2007 — Marc-André @ 18:41
Dynamite Warrior (Chalerm Wongpim, Thaïlande, 2006)

Dynamite Warrior (Chalerm Wongpim, Thaïlande, 2006)

Annoncé comme un feu d’artifices d’arts martiaux et de comédie thaïlandaise délirante, Dynamite Warrior se révèle être un pétard mouillé.

Après une séquence d’ouverture rocambolesque et assez sympathique où le justicier du titre multiplie les effets pyrotechniques inusités afin de libérer un troupeau de buffles des mains d’un groupe de voleurs, le film s’enlise dans une série de scènes ennuyeuses qui ont tôt fait d’user la patience du spectateur.

Les défauts récurrents d’un certain cinéma thaïlandais populaire abondent : scénario inutilement alambiqué prétexte à des scènes humoristiques ratées et de mauvais goût, personnages inconsistants, interprétation médiocre et réalisation approximative.

Le film possède tout de même certaines qualités plastiques, mais ses artisans cherchent manifestement à tabler sur le succès des films d’action acrobatique de Tony Jaa. Malheureusement, ils se seront égarés en chemin dans l’impasse d’une comédie aux accents fantastiques assez risibles. Ainsi, il faudra beaucoup de patience pour le spectateur friand de combats façon Ong Bak, car les séquences d’action ne surviennent véritablement qu’en toute fin de parcours. Et si la dernière partie se révèle enlevée et hystérique, elle est malheureusement noyée dans une surenchère d’effets assistés par ordinateur, ce qui gâche totalement les scènes d’action, d’autant plus que celles-ci sont filmées de manière extrêmement maladroite.

Ainsi, nulle récompense en bout de ligne pour le spectateur qui aura lutté avec acharnement contre l’état somnolent engendré par ce spectacle qui se veut haut en couleurs mais qui n’aura suscité qu’un vague ennui.

17 juillet 2007

Fantasia 2007 : 13 Beloved

Filed under: Cinéma thaïlandais, Fantasia 2007, Thriller — Marc-André @ 17:21
13 Beloved (Chookiat Sakweerakul, Thaïlande, 2006)

13 Beloved (Chookiat Sakweerakul, Thaïlande, 2006)

Ça ne va pas bien du tout pour Phuchit, un honnête travailleur qui traverse une journée éprouvante. Phuchit est criblé de dettes, et son patron vient tout juste de le renvoyer. Mais par un hasard incroyable, son cellulaire retentit et un inconnu lui propose de participer à un jeu de télé-réalité qui pourrait lui permettre de gagner 100 millions de bahts (environ 3 millions de dollars). Mais pour ce faire, il doit accepter d’accomplir une série de 13 épreuves dictées par téléphone. S’il rate l’une d’entre elles, il perd tout. Attiré par l’appât du gain, Phuchit accepte. La première épreuve est toute simple : il suffit d’écraser une mouche. Mais la suite ira en crescendo, et deviendra beaucoup plus problématique sur le plan physique, puis moral.

Ce deuxième long métrage réalisé par un très jeune cinéaste thaïlandais âgé d’à peine 25 ans était l’un des films les plus attendus de Fantasia 2007, les organisateurs ayant créé une « hype » du tonnerre en annonçant ce film comme l’un des meilleurs – sinon le meilleur – de toute la programmation de cette édition. Le public a d’ailleurs répondu avec beaucoup d’enthousiasme en récompensant 13 Beloved du Fantasia d’or du meilleur film asiatique du festival. Fort de ce succès retentissant, le film est-il à la hauteur de la rumeur d’enfer qu’il a suscitée? Pas tout à fait. Mais la randonnée a suffisamment de moments forts et de bonnes idées pour demeurer digne d’intérêt.

Au cours de sa première heure, 13 Beloved offre un divertissement passionnant et provocateur, tout en frappant ses cibles avec justesse, en abordant son sujet sous l’angle d’une cinglante comédie sociale qui effectue une délicieuse satire du phénomène de la télé réalité et de la société thaïlandaise. Les premières épreuves misent largement sur l’aspect révulsif et dégoûtant des actes à accomplir – on les taira pour laisser au spectateur le plaisir de les découvrir et de les « déguster » – avant de glisser progressivement vers des avenues plus sombres et macabres, qui ne sont pas sans évoquer les énigmes de la franchise des Saw. Ainsi, cette variante critique et noire de Fear Factor est lentement subvertie par une angoisse sourde et un climat de tension paranoïaque qui vont en s’accélérant et qui ne sont pas sans rappeler The Game, de David Fincher.

L’idée est excellente, et les éléments de critique sociale bien amenés. Malheureusement, le scénario souffre de nombreuses incohérences, qui se révèlent de plus en plus criantes d’une épreuve à l’autre. De lourdes invraisemblances se multiplient et minent la crédibilité des situations, ce qui réduit l’efficacité du thriller horrifique qui s’installe. La réalisation de Sakweerakul aurait également gagnée à être resserrée, car le rythme du film s’étire inutilement dans le dernier droit, avant le coup de théâtre final. Celui-ci, bien qu’intéressant, survient après de trop nombreux choix scénaristiques ayant suscité la perplexité. Sa portée s’en trouve ainsi atténuée.

Malgré ce regrettable essoufflement en cours de route, 13 Beloved se situe très nettement au-dessus du niveau habituel des films de genre thaïlandais, et offre plusieurs scènes succulentes ainsi qu’un propos incisif dont on admirera la portée sociale, le questionnement moral et l’audace. Autant de preuves que Chookiat Sakweerakul est un jeune cinéaste talentueux – et l’un des plus prometteurs du cinéma de genre thaïlandais – dont on voudra suivre l’évolution de près au cours des prochaines années.

9 juillet 2007

Fantasia 2007 : The Unseeable

Filed under: Cinéma thaïlandais, Fantasia 2007, Horreur — Marc-André @ 19:01
The Unseeable (Wisit Sasanatieng, Thaïlande, 2006)

The Unseeable (Wisit Sasanatieng, Thaïlande, 2006)

En l’espace de deux films – Tears of the Black Tiger et surtout Citizen Dog, mon film préféré de Fantasia 2006 – Wisit Sasanatieng a imposé une signature immédiatement reconnaissable, caractérisée par une direction artistique flamboyante et par l’utilisation excessive de couleurs vives, voire criardes, ainsi qu’un ton absolument irrésistible, à la fois humoristique et mélodramatique. C’est dire s’il a pris tout le monde par surprise en effectuant une totale rupture de style avec ce film glauque et tragique, ouvertement campé sous le registre du film d’épouvante conventionnel, et racontant les déboires d’une jeune femme enceinte à la recherche de son mari disparu et trouvant refuge dans un domaine lugubre appartenant à une mystérieuse et recluse propriétaire, où se produisent d’inquiétants phénomènes surnaturels. Face au déroulement prévisible de ce thriller horrifique qui reconduit toutes les conventions du genre, le cinéphile est en droit de se demander si l’un des chefs de file du renouveau du cinéma thaïlandais a perdu sa griffe en signant cette oeuvre qui a toutes les allures d’un film de commande. Qu’on se rassure, la réponse est non.

S’il n’a rien d’original, ce troisième long métrage de Sasanatieng est une réussite du genre et un brillant exercice de style qui démontre toute l’étendue de son talent. Fidèle à sa réputation, Sasanatieng offre une réalisation impeccable, mais en délaissant la dimension baroque de ses opus antérieurs. On admirera en particulier la qualité de la reconstitution historique et la richesse de la direction photo, qui travaille une palette de couleurs aux antipodes du déferlement coloré habituel du cinéaste. Ici, le sombre est de mise, et le rendu des teintes terreuses est splendide. La surprise provient également du classicisme de l’approche, ici marquée par un sens de la retenue qu’on ne lui connaissait pas, du moins dans sa première partie. Le scénario est également digne de mention : inspiré de légendes thaïlandaises, le récit se déploie de manière prévisible, jusqu’à son dénouement révélateur – que l’on taira ici, évidemment – et qui constitue un véritable modèle de réussite dans le genre. Aussi, le film démontre de bout en bout tout le respect de Sasanatieng envers les traditions de son pays, auxquelles il rend hommage tant par le style résolument rétro de la mise en scène que dans le récit, pur mélodrame dénué de distanciation ironique.

Certes, The Unseeable ne renouvelle en rien le genre, et sa dernière partie réserve le déferlement habituel de scènes horrifiques sensationnelles, ce qui pourra en décevoir certains. S’il est évident que ce film ne marquera pas aussi durablement la mémoire des cinéphiles que son inoubliable Citizen Dog, il démontre que Sasanatieng est un esthète doué qui sait aborder une variété de registres avec savoir-faire et élégance. Il nous tarde de voir dans quelle direction il se dirigera ensuite.

Thème : Silver is the New Black. Un Blog WordPress.com.

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