Travelling Avant

15 octobre 2007

FNC 2007 : Lumière silencieuse

Filed under: Cinéma mexicain, Festival du nouveau cinéma 2007 — Marc-André @ 12:28
Lumière silencieuse (Stellet Licht)

Lumière silencieuse (Stellet Licht)

En ouverture, le ciel étoilé, qui laisse lentement place à l’aube. Longue séquence apaisée, d’une pureté visuelle assourdissante, ponctuée des bruits de la nature qui s’éveille.

Ainsi débute un véritable monument de grâce cinématographique, qui nous plonge dans un état de recueillement total. Pour son troisième long métrage, Carlos Reygadas abandonne le registre du sordide et de la perversion de ses films précédents (Japon et Batalla en el cielo) et épouse un style ample et cosmique, où il développe une dimension mystique qui renouvelle son cinéma en profondeur. Il s’agit d’une incroyable affirmation de maturité pour ce cinéaste dont l’approche filmique atteint ici un sommet d’épure et de majesté, perceptible dans la composition étourdissante de chaque plan de cette oeuvre à la beauté austère et tellurique.

Son regard se pose sur une communauté recluse aux confins du Mexique, qui parle le Plautdietsch, un dialecte allemand dont c’est la première utilisation au cinéma. Stellet Licht dresse le portrait tragique d’un homme déchiré entre l’amour qu’il porte à son épouse et sa relation avec une autre femme. Une trame simple et convenue qui se transforme en une expérience sensorielle unique.

Privilégiant un dépouillement narratif extrême, avec une sidérante économie de dialogues, Reygadas dévoile la spiritualité tout intériorisée de ces êtres marqués par la douleur. Filmés comme des icônes religieuses assaillies par une histoire aux allures de tragédie grecque, les acteurs font preuve d’une retenue dont le stoïcisme est inébranlable. Reygadas, qui a affirmé s’être inspiré de Carl Theodor Dreyer, filme leur univers avec un style à la fois solennel, sensuel et plus grand que nature. Sublime regard d’ascète visuel, qui redonne une splendeur immense à la nature et aux espaces, et dont l’univers de plus en plus affirmé ne ressemble à celui d’aucun autre cinéaste, sinon peut-être à celui de Bruno Dumont, dont il se détache pourtant ici tant il atteint un état d’extase religieuse et humaine.

C’est peu de dire que notre vision du monde est transformée par cette oeuvre dense et qui laisse au bord de la transe.

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