Travelling Avant

16 août 2009

Gomorra et Un conte de Noël ajoutés au catalogue de Criterion

Filed under: Cinéma français, Cinéma italien, Criterion — Marc-André @ 17:26
Gomorrah fait son entrée dans la collection Criterion

Gomorrah fait son entrée dans la collection Criterion

Tout cinéphile un tant soit peu sérieux guette les sorties de Criterion avec une attention soutenue, voire même quelques élans pavloviens. C’est connu, ce distributeur effectue un travail absolument essentiel et exceptionnel en matière de cinéma de répertoire, tant sur le plan de la sélection des titres – leur catalogue est une véritable cinémathèque – que du soin accordé aux oeuvres et au matériel d’accompagnement.

Les premières sorties de l’automne ont été annoncées, et comme à l’habitude, il y a de quoi se réjouir… et faire mal à son budget. En plus des parutions très attendues de The Human Condition – gigantesque épopée nipponne de Masaki Kobayashi – et de Les Ailes du désir, de Wim Wenders, prévues respectivement les 8 septembre et 20 octobre, voilà que deux titres européens récents viennent d’être confirmés.

D’abord, Un conte de Noël, d’Arnaud Desplechin, présent dans de nombreuses listes des meilleurs films de l’année en 2008, aura droit à un traitement aux petits oignons de la part de Criterion. Il paraîtra sous le titre de A Christmas Tale, dans une édition comprenant un documentaire avec le cinéaste, Mathieu Amalric et Catherine Deneuve, ainsi que l’intégralité du long métrage documentaire L’aimée, réalisé par Desplechin en 2007. Sortie prévue le 10 novembre (DVD et Blu-Ray).

Ensuite, Gomorra est également ajouté à la prestigieuse collection, sous la graphie anglo-saxonne de Gomorrah. Le film de Matteo Garrone est une fascinante exploration des activités clandestines de la Camorra, la mafia napolitaine, captées dans l’urgence et avec un grand souci de réalisme. Une oeuvre dense, brillante et incontournable, proposant une remarquable analyse de l’impact des activités criminelles sur le tissu social italien, et que je recommande vivement. Le film sera accompagné d’un documentaire de soixante minutes ainsi que d’entretiens avec le réalisateur, l’auteur du livre dont le film est issu et quelques acteurs, ainsi que de scènes coupées au montage. Sortie prévue le 24 novembre (DVD et Blu-Ray).

Descriptif de A Christmas Tale sur le site de Criterion

Descriptif de Gomorrah sur le site de Criterion

7 juin 2009

Doublé italien : corruption, violence et criminalité

Filed under: Cinéma italien — Marc-André @ 22:47
Gomorra, de Matteo Garrone

Gomorra, de Matteo Garrone

L’Italie était pratiquement disparue de mon radar cinéphile, ces dernières années. Depuis quelque temps déjà, la rumeur veut que cette cinématographie nationale, autrefois si prestigieuse, ne soit plus que l’ombre d’elle-même. Et je ne parle même pas de Dario Argento, qui aura certes traumatisé plus d’un cinéphile au point de fuir ses nouvelles réalisations à grandes enjambées ( je n’ai malheureusement pas suivi ce conseil judicieux et j’en ai payé le prix lourdement; à témoin, le désolant Mother of Tears).

Qu’en est-il vraiment de la production actuelle au pays de Nanni Moretti? Est-elle si mal en point?

À la vue de Gomorra, de Matteo Garrone, et de Il Divo, de Paolo Sorrentino, tous deux récompensés à Cannes en 2008, on ne pourra que relativiser, voire réviser ce jugement. Le premier offre une perspective inédite sur l’univers de la Camorra, la mafia napolitaine, tandis que le second aborde la vie de Giulio Andreotti, figure marquante de la vie politique italienne des quarante dernières années. Deux films très différents, mais qui ont en commun d’être portés par de remarquables idées de mise en scène et par une volonté de se frotter à l’histoire de leur pays dans ce qu’elle a de plus controversé.

Le film de Sorrentino pourra paraître obscur, peut-être même impénétrable aux yeux de ceux qui ne connaissent pas les sagas politiques italiennes des dernières décennies. Il fourmille toutefois de moments de pure virtuosité formelle. Celui de Garrone fascine par son réalisme étouffant et sans compromis. Rarement aura-t-on vu une si juste représentation de la criminalité dénuée de sensationnalisme et de romantisme. De l’intérieur, elle n’en est que plus banale et cruelle, et d’autant plus terrifiante.

5 juillet 2008

Fantasia 2008, jour 3 : Tales To Keep You Awake, Disciples of the 36th Chamber, Le Grand Chef, Jack Brooks: Monster Slayer et Mother of Tears

Carnets Fantasia 2008 : 5 juillet

Tales To Keep You Awake (Espagne, 2007)

Tales To Keep You Awake (Espagne, 2007)

On passe à la vitesse festivalière supérieure aujourd’hui, avec un programme bien chargé de cinq films – que dis-je, six films, puisque la première séance propose un doublé d’histoires horrifiques espagnoles. Avant de s’offrir l’expérience [rec], que l’on verra demain et qui nous promet un grand moment de pure terreur, place à deux des six récits de l’anthologie intitulée  Películas Para No Dormir (Tales to Keep You Awake), présentés coup sur coup dans la grande salle. Conçus pour la télévision espagnole, ces épisodes qui évoquent la série américaine des Masters of Horror sont réalisés par certains des meilleurs talents du cinéma d’horreur espagnol.

Fantasia a justement sélectionné les films de deux des plus grands noms associés à cette série : ceux de Alex de la Iglesia et de Jaume Balaguero. Le premier signe Baby’s Room, un thriller d’épouvante teinté d’un humour noir cinglant qui ressemble à un sketch des Alfred Hitchcock Presents, tout en portant la marque distinctive habituelle du réalisateur, qui se fait plaisir en racontant le cauchemar d’un couple de nouveaux parents qui en viennent à croire que leur nouvelle maison est hantée. Balaguero, quant à lui, arpente un territoire plus sanguinolent et viscéral avec  To Let, où un autre couple a une bien mauvaise surprise en visitant un appartement éloigné du centre de la ville. On passe un bon moment dans les deux cas, même s’il n’y a rien de mémorable à retenir de ces films d’une durée légèrement inférieure à celle d’un long métrage.

Disciples of the 36th Chamber (Liu Chia0-Liang, Hong Kong, 1985)

Disciples of the 36th Chamber (Liu Chia0-Liang, Hong Kong, 1985)

La séance suivante est très attendue, et elle réserve un beau moment pour les inconditionnels de la première heure de Fantasia. Après avoir salué la foule avant la projection de Sukiyaki Western Django, lors de la soirée d’ouverture, le légendaire Gordon Liu est de retour, cette fois pour présenter une copie restaurée de Disciples of the 36th Chamber à un public qui lui réserve un accueil chaleureux. L’acteur et maître de kung fu n’y tient pas le rôle principal, et la comédie l’emporte largement sur les séquences de combat, ce qui n’empêchera pas la foule de savourer ce film d’action campé dans la plus pure tradition instaurée par le studio des Shaw Brothers. La séquence finale livre enfin son lot d’acrobaties époustouflantes et nous permet de voir Gordon Liu à l’oeuvre, pour le plus grand plaisir des spectateurs. Lorsqu’il revient sur scène, Gordon Liu accepte avec beaucoup de générosité de répondre à de nombreuses questions et même d’effectuer une démonstration de kung fu improvisée et de signer des autographes pour ses admirateurs. On se souviendra très certainement de ce moment.


Le Grand Chef (Jeon Yun-su, Corée du Sud, 2007)

Le Grand Chef (Jeon Yun-su, Corée du Sud, 2007)

Ensuite, le temps est venu de visionner notre premier long métrage sud-coréen du festival – le premier d’une longue série, évidemment, puisque je compte en voir le plus grand nombre possible, comme à chaque année depuis la révélation des Kim Ki-duk et Park Chan-wook. La Corée du Sud est une cinématographie que j’affectionne particulièrement depuis de nombreuses années, mais on parle d’un certain essoufflement depuis la réduction des quotas de films locaux l’an dernier.

Qu’en est-il donc du film Le Grand Chef, qui raconte le combat à finir entre deux cuisiniers de grand talent qui sont engagés dans une lutte sans merci afin de décrocher le titre prestigieux de chef royal en leur pays? Et bien force est d’avouer qu’il s’agit d’une déception. Quelques aspects culturels intéressants et plusieurs séquences qui mettent l’eau à la bouche ne sauraient faire oublier le caractère résolument commercial et superficiel d’un long métrage qui se réfugie systématiquement dans les stéréotypes manichéens du bon-garçon-qui-est-trop-gentil et du vilain-méchant-qui-est-vraiment-épouvantable. Côté suspense, on ne sera guère surpris que la préparation d’une soupe au boeuf n’offre guère de tension dramatique et tombe quelque peu à plat. Et quand, en plus, on abuse largement d’une sauce mélodramatique riche en mièvrerie saturée, on a davantage l’impression d’être devant un plat congelé passé au micro-ondes que devant un mets raffiné.

Jack Brooks: Monster Slayer (Jon Knautz, Canada, 2007)

Jack Brooks: Monster Slayer (Jon Knautz, Canada, 2007)

Faisons un saut de la cuisine à la plomberie avec la projection de Jack Brooks: Monster Slayer, qui constitue l’événement de ce premier samedi de Fantasia 2008. La salle est comble, les gens sont fébriles et l’atmosphère est à la fête, car on nous promet un film d’horreur dans la plus pure tradition des Evil Dead et des glorieuses années quatre-vingt, qui semblent être le saint Graal de plusieurs inconditionnels de cinéma d’horreur. M’enfin, chacun ses lubies.

Le personnage principal, nommé à même le titre du film, est un plombier caractériel qui pète un câble beaucoup trop souvent au goût de son entourage. Il fait effectivement beaucoup penser au personnage de Ash, immortalisé par l’icône Bruce Campbell dans la fameuse trilogie de Sam Raimi. Parlant d’icône, tiens n’est-ce pas Robert Englund dans le rôle du professeur de science qui donne des cours du soir à Jack? Eh bien oui, monsieur Freddy Krueger lui-même s’offre ici une performance savoureuse qui, à elle seule, vaut le déplacement pour les fans. Mais ce n’est pas tout : on a droit à une espèce de Jabba the Hut avec des tentacules et à des monstres particulièrement hideux et agressifs, entièrement faits de latex – pas d’effets numériques dans ce film, et on les remercie mille fois.

Donc, après un début plutôt lent et une série de gags corrects, la dernière partie de ce film d’horreur somme toute assez moyen donne à son public ce qu’il attend, c’est-à-dire une joyeuse virée de torchage de monstres, le tout sans prétention et avec le souci du travail artisanal bien fait. De là à crier au chef-d’oeuvre, comme sur certains sites d’horreur spécialisés, il y a une marge que je ne franchirai évidemment pas, parce que franchement, il n’y a vraiment pas de quoi s’énerver à ce point avec un tel objet convenu. Ceci étant dit, la projection a connu un grand succès, la foule a réagi avec enthousiasme à chaque endroit qui le réclamait, et Jack Brooks plaira assurément à ceux qui sont déjà gagnés d’avance, ce qui est franchement pas mal pour un film d’horreur canadien à petit budget, manifestement réalisé avec savoir-faire et avec passion.

Personnellement, j’ai nettement préféré le court métrage présenté en ouverture : Treevenge, signé par Jason Eisener et Rob Cotterill, les mêmes zigotos qui avaient commis l’hilarant Hobo With a Shotgun, pastiche de bande annonce de films d’exploitation, pour le Grindhouse de Tarantino et Rodriguez. Ils récidivent avec un sens aigu de la méchanceté sanguinolente dans ce conte hilarant où des arbres se vengent cruellement du sort que leur réservent les humains. Quand les sapins de Noël imitent la barbarie humaine, croyez-moi, ça fait mal. Cette déflagration trash de quinze minutes a fait hurler la salle avec son déferlement de scènes gores et ses assauts sauvages et répétés envers le bon goût. Voilà une réponse parfaite au projet de loi C-10 de môssieur Harper et de sa bande de curés cravatés, en forme de doigt d’honneur bien senti.

Mother of Tears (Dario Argento, Italie, 2007)

Mother of Tears (Dario Argento, Italie, 2007)

Cette journée bien remplie quoique plutôt inégale devait se terminer en séance de minuit, avec la projection de Mother of Tears, de Dario Argento. Ce n’est un secret pour personne que le maître incontesté de l’horreur à l’italienne n’est plus que l’ombre de lui-même depuis la fin des années quatre-vingt. De fait, la dernière fois que je me suis risqué à visionner un film de Dario Argento, c’était The Card Player (Fantasia 2004), de bien triste et pénible mémoire. À cette époque, je m’étais promis de ne plus jamais écouter un nouveau film de ce cinéaste, tellement j’avais été consterné par le résultat.

Mais bien évidemment, je n’ai pas tenu parole, poussé par la curiosité. Parce qu’avec La Terza madre, Argento complète sa trilogie entamée avec Suspiria et Inferno, deux de ses meilleurs films. Aussi, parce qu’Asia Argento est de la partie, tout comme Udo Kier, et Claudio Simonetti signe la musique. Il y avait donc de quoi espérer un retour de la flamme créatrice et de l’inspiration. Hélas, pas du tout. Quelle consternation que ce film bâclé de terrible manière.

Entendons-nous, il s’agit presque d’un pas en avant en regard des productions précédentes. Mais ce n’est pas vraiment un compliment, tellement les productions antérieures étaient au mieux risibles, au pire insupportables. Et de là à affirmer que le maître a retrouvé la forme… Certes, on sent une plus grande ambition et une forme d’énergie chaotique dans la mise en scène, mais le résultat n’est tout simplement pas à la hauteur de ce à quoi le réalisateur nous a habitués au début de sa carrière.

On retrouve donc tous les problèmes chroniques du cinéma récent de Dario Argento, à savoir : un scénario médiocre et incohérent, qui ne sert que de prétexte à des scènes sanguinolentes, des effets faciles et racoleurs (des voix soi-disant lugubres utilisées de manière abusive et maladroite, des clichés gothiques de pacotille tirés tout droit des années quatre-vingt, une imagerie satanique absolument ringarde) et un jeu pitoyable de la part de tous les acteurs. L’interprétation est mauvaise au point où elle déclenche l’hilarité dans la salle à maintes reprises, de manière involontaire, bien entendu. Au vu de ce ratage quasi complet, cette fois, je le jure, on ne m’y reprendra plus.

21 octobre 2006

FNC 2006 : Arriverderci Amore, Ciao

Filed under: Cinéma italien, Festival du nouveau cinéma 2006 — Marc-André @ 20:01
Arrivederci Amore, Ciao

Arrivederci Amore, Ciao

Après plus de dix années passées à réaliser des téléfilms pour le petit écran italien, l’ancien assistant de Dario Argento effectue un retour au cinéma avec ce film très attendu. Le réalisateur de Dellamorte Dellamore, qui a marqué l’imaginaire des amateurs de cinéma d’horreur, choisit la voie du polar survolté et du film noir pour renouer avec le septième art. Le résultat n’est qu’à moitié convaincant.

Ce récit, qui raconte en deux temps les déboires d’un malfrat cherchant la rédemption, sent le réchauffé et souffre d’un scénario alambiqué, écrit à quatre mains à partir d’un roman culte. Le tout commence plutôt bien, Soavi offrant une première heure gavée aux amphétamines, dans la plus pure tradition sexiste et violente du cinéma d’exploitation, dans laquelle le cinéaste se vautre sans impunité. La réalisation est nerveuse à souhait, les situations extrêmes et déjantées et l’approche volontairement grossière, assénant des coups répétés à l’endroit de la rectitude politique.

Cette première partie jubilatoire, assumant complètement son côté délinquant et irrévérencieux, s’essouffle malheureusement dans une deuxième partie fort décevante, où l’action trépidante cède le pas à un drame psychologique convenu et maladroit. En décalage avec l’énergie brute et le rythme effréné de départ, Soavi tente une parabole sur la corruption de la société italienne et sur la réadaptation de son anti-héros qui rate complètement sa cible. Il en résulte une oeuvre à deux têtes nous laissant sur une mauvaise note, d’autant plus que le style de Soavi, étonnamment impersonnel malgré quelques trouvailles visuelles, trahit ses trop nombreuses années passées à tourner des téléfilms.

Thème : Silver is the New Black. Un Blog WordPress.com.

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.