
La visite de la fanfare
Ayant fait longue route pour donner un concert à l’étranger, une fanfare de huit musiciens égyptiens en uniforme s’égare dans un bled perdu d’Israël, où ils doivent passer la journée puis la nuit. Ce sera l’occasion de tisser des liens inattendus avec les habitants de cet endroit isolé.
Parti de ce sujet tout simple, presque anecdotique, le cinéaste israélien Eran Kolirin a composé un petit bijou de film, tour à tour drôle, absurde et émouvant. Admirablement mis en scène, avec ses cadrages expressifs et une fort belle direction photo, La visite de la fanfare tire le meilleur d’un scénario astucieux, que l’on peut interpréter comme une magnifique parabole pacifiste qui appelle au rapprochement de ces deux peuples marqués par des décennies de guerre et de conflits.
Durant ce séjour surprise, la suspicion circonspecte des habitants israéliens et la méfiance des visiteurs égyptiens fondera comme en neige au soleil, tandis que chacun met de côté ses différences et découvre ce qui les unit : la même recherche d’amour et de chaleur humaine, au sein de leur vie marquée par la solitude et par l’ennui.
La musique, symbole universel inépuisable, sera le point de raccord de ces deux solitudes, le temps d’une valse d’hésitation faite de curiosité, de perplexité et de découverte hésitante. Le récit se déploie en deux temps : d’abord comique, avec des situations incongrues et irrésistiblement drôles qui tablent sur les différences culturelles, puis nostalgique et attendri, avec comme toile de fond les airs langoureux de Chet Baker, laissant sourdre tristesse et sensualité. Soulignons le jeu brillant des interprètes, en particulier celui de la formidable actrice israélienne Ronit Elkabetz (révélation de Or, mon trésor), une comédienne d’exception qui est de nouveau ici au sommet de son art.
Voilà un petit film modeste et sorti de nulle part, qui se révèle être une grande surprise réservant un très beau moment de cinéma. La Visite de la fanfare a remporté la Louve d’Or du meilleur film de la sélection internationale du Festival du nouveau cinéma et le prix Coup de coeur du jury de la section Un certain regard du Festival de Cannes en 2007. Récompenses méritées pour un film d’une profonde humanité.