Travelling Avant

9 juillet 2009

Fantasia 2009 : décollage en haute stratosphère

Filed under: Cinéma hong kongais, Cinéma japonais, Fantasia 2009 — Marc-André @ 07:37
Fantasia - Party d'ouverture, le jeudi 9 juillet

Fantasia - Party d'ouverture, le jeudi 9 juillet

Accrochez bien votre ceinture, la treizième édition du festival Fantasia commence aujourd’hui!

À tout seigneur tout honneur : sieur Takashi Miike sonnera l’hallali filmique à 18 h 30, au Théâtre Hall de l’Université Concordia, avec Yatterman. Celui qui revendique très certainement le titre du cinéaste ayant présenté le plus grand nombre de films dans l’histoire de Fantasia est de retour avec une production colorée et grand public qui semble taillée sur mesure pour un départ sous le signe de l’allégresse collective.

Ce sera suivi de Ip Man, à 21 h 30, LE rendez-vous pour les amateurs de kung-fu hongkongais. Nul doute que ces deux films vont nous offrir une fantastique entrée en matière à trois semaines d’assaut sensoriel ininterrompu. Miam.

Par ailleurs, vous êtes invités à venir célébrer le déclenchement des festivités lors du party d’ouverture de cette treizième édition. Il a lieu ce jeudi 9 juillet, au Tonic Club Lounge (2313, rue Sainte-Catherine Ouest, métro Atwater), de 21 heures à 3 heures. L’événement est gratuit et sera animé par des sets de DJ.

Cinéphiles, je vous souhaite un excellent festival! Profitez-en bien, en long, en large et de travers.

12 juillet 2008

Fantasia 2008, jour 10 : Velvet Hustler, The Shadow Spirit, Shamo, Tokyo Gore Police

Filed under: Cinéma hong kongais, Cinéma japonais, Fantasia 2008 — Marc-André @ 15:45

Carnets Fantasia 2008 : samedi 12 juillet

Fin de semaine nipponne en perspective : trois films japonais au menu aujourd’hui, et trois autres demain! Indigestion de pellicule japonaise en perspective? Nulle crainte à y avoir, cette cinématographie étant l’une de mes préférées.

Velvet Hustler (Tohio Masuda, Japon, 1967)

Velvet Hustler (Tohio Masuda, Japon, 1967)

On débute avec un des trois films sélectionnés par les organisateurs du programme intitulé « No Borders No Limits: 1960s Nikkatsu Action Cinema », qui nous permet de découvrir des perles inconnues des années soixante, une période faste pour ce studio spécialisé dans le film de genre stylisé, empruntant des codes cinématographiques au western, au film noir et même à la nouvelle vague française. Les cinéphiles occidentaux connaissent les œuvres de Seijun Suzuki, mais ils n’ont pas véritablement eu la chance de voir d’autres fleurons de cette époque, car ces films n’ont pas été distribués à l’extérieur des frontières japonaises, pas même dans les festivals. Une lacune que cette rétrospective itinérante nous permet de combler, en compagnie de Marc Walkow, programmateur du New York Asian Film Festival et spécialiste du genre, qui vient présenter le film, en plus d’ajouter les sous-titres en direct!

Son introduction riche en anecdotes et en détails informatifs précède la projection de Velvet Hustler, un étrange hybride de film de gangsters, de comédie et de romance dans lequel une vedette de l’époque, Tetsuya Watari, incarne une petite frappe prétentieuse et arrogante trouvant refuge dans la ville de Kobe, où il cherche à échapper à un assassin, tandis qu’il cherche à séduire une mystérieuse et insaisissable jeune femme. Longtemps demeurée introuvable, même au Japon, cette curiosité étonne par sa facture moderne, ses personnages excentriques et sa fusion des genres. Pas mal du tout, notre curiosité est piquée.

The Shadow Spirit (Masato Harada, Japon, 2007)

The Shadow Spirit (Masato Harada, Japon, 2007)

Restons dans la nostalgie avec un autre film japonais récent qui, lui, tente de recréer une époque révolue avec un parfum de désuétude assumée. Aucun risque de se tromper en affirmant que le récit du nouveau film du réalisateur de Bounce Ko Gals et de Kamikaze Taxi est compliqué. Ce serait même un euphémisme, tant The Shadow Spirit se dérobe sous nos yeux à force d’échafauder une structure narrative schizophrène, qui devient proprement impossible à démêler au bout de vingt minutes, et qui n’en finit plus ensuite de cultiver une opacité de plus en plus soûlante et inextricable, mais bizarrement fascinante, voire captivante.

En 133 minutes remplies à ras bord de coups de théâtre à répétition et de revirements dramatiques qui se succèdent plus rapidement qu’on ne peut les compter, Masato Harada parvient à articuler une quantité confondante d’intrigues qui empruntent au polar, au thriller, au fantastique et à la science-fiction. Je serais bien embêté de tenter de résumer ce film inclassable, un curieux exercice rétro très habilement mis en scène mais qui semble sorti tout droit du passé, en l’occurrence les années cinquante, reconstituées avec élégance. Le cinéaste s’amuse avec tous les genres possibles pour mieux nous jeter dans un état de perplexité continuelle. Heureusement, ça fonctionne, comme par miracle.

Cette démonstration absolument virtuose compte plusieurs moments d’humour réussi et mise sur les excellentes performances de ses acteurs, qui s’en donnent à cœur joie avec ce matériel, en particulier le merveilleux Shin’ichi Tsutsumi, un habitué des films de Sabu qui compose un personnage savoureux. Ceci fait en sorte que l’aventure demeure passionnante, en dépit du fait qu’on ne comprenne jamais véritablement où ce joyeux navire bordélique s’en va. Si les intrigues tarabiscotées à l’excès ne sont pas votre tasse de thé, on vous conseille d’éviter à tout prix. Mais les cinéphiles curieux qui sont avides d’expériences cinématographiques sortant de l’ordinaire seront ravis de découvrir que celle-ci l’est, complètement et indubitablement, au point de constituer un véritable défi lancé à vos repères filmiques. Ce n’est pas rien, mais il faut être diablement en forme et être prêt à sortir avec la tête pleine de points d’interrogation.

Shamo (Soi Cheang, Hong Kong, 2008)

Shamo (Soi Cheang, Hong Kong, 2008)

Après une telle leçon de complexité cinématographique, on est à peine surpris de se retrouver au ras de la moquette avec Shamo, un lamentable exemple de médiocrité scénaristique que l’on tente de maquiller avec un beau vernis stylistique qui se veut trash. Peine perdue.

Aux commandes, on retrouve pourtant Soi Pou-Cheang, un cinéaste qui nous a donné quelques très bons films de genre récents en provenance de Hong Kong (dont Dog Bite Dog, vu à Fantasia en 2007). Mais cet habile faiseur est capable du meilleur comme du pire, souvent dans le même film, et ici, c’est le pire qui l’emporte largement, avec des rebondissements narratifs risibles et une lassante propension à essayer de nous en mettre plein la gueule à chaque seconde.

Dans cette sempiternelle variation sur le pauvre criminel au cœur brisé qui tente de donner un sens à sa vie en devenant champion de boxe – un concept usé à la corde, c’est le moins que l’on puisse dire – il trouve systématiquement refuge dans les effets poseurs qui gâchaient la dernière partie de Dog Bite Dog, son film précédent, nettement supérieur. Ici, il sacrifie encore plus rapidement un début assez prometteur et une ambiance glauque bien travaillée en privilégiant une esthétique tape-à-l’œil et un recours au mélodrame qui vire carrément au ridicule, tant les personnages sont réduits à l’état de caricatures informes. Le récit accumule les faux pas avant d’en rajouter avec une finale maladroite dont la nullité nous cloue sur place. Un peu plus et on criait bouh.

Tokyo Gore Police (Yoshihiro Nishimura, Japon, 2008)

Tokyo Gore Police (Yoshihiro Nishimura, Japon, 2008)

Heureusement, ce n’était pas fini. Oh que non. Le clou de cette soirée a semé l’euphorie collective et entrera dans les annales du festival. La représentation de Tokyo Gore Police en séance de minuit était l’un des événements les plus attendus de cette douzième édition, et sans l’ombre d’un doute, on peut ranger cette projection parmi les moments magiques et inoubliables de l’histoire du festival. Le théâtre Hall était rempli à craquer pour assister à ce déferlement de folie furieuse sanguinolente.

On aura rarement vu une projection de minuit aussi courue – il y avait même des gens assis dans les allées. L’atmosphère était électrisante, et Mitch Davis a déclenché un véritable incendie de délire lorsqu’il est venu présenter les artisans du film : Yoshinori Chiba et Yoko Hayama, les producteurs, Tak Sakaguchi, concepteur des chorégraphies du film et acteur fétiche depuis Versus, le réalisateur Yoshihiro Nishimura, spécialiste des effets visuels qui a déjà travaillé pour Sion Sono, et qui signe avec Tokyo Gore Police son premier long métrage, et enfin, la plus attendue des fans, l’actrice Eihi Shiina, l’inoubliable madame « kiri kiri kiri » de Audition. De la visite royale, qui a reçu un accueil complètement hystérique de la part d’une foule enthousiaste jusqu’à la transe. Quel moment formidable. Et le film n’était même pas encore commencé!

La table était mise, et ce qui a suivi, c’est un buffet grandguignolesque de couleur rouge qui a dégouliné jusque dans la salle. Une virée grandiose au cœur de la démence cinématographique la plus jubilatoire qui soit. Le gore était à l’honneur, et pas à peu près, noyant même la lentille de la caméra à de multiples reprises. Mais contrairement à Machine Girl, dont le seul intérêt réside dans la multiplication des séquences répulsives et grotesques, Tokyo Gore Police a du style à revendre, une atmosphère du tonnerre (aidée par une excellente musique), des idées cinématographiques brillantes et un propos social incisif pour appuyer cette hémorragie filmique incontrôlée.

Dans ce récit futuriste déjanté, les forces policières ont été privatisées à Tokyo, où règne une terreur sociale alimentée par les « engineers », des mutants criminels que tente de contrecarrer le personnage incarné par Eihi Shiina, elle-même en proie à des pulsions violentes contradictoires qui sont alimentées par un passé traumatique.

Il y a de tout dans cette orgie sensorielle anarchiste : des mutations génétiques carnavalesques qui évoquent le David Cronenberg première manière, des combats cathartiques qui virent au carnage, et surtout, des parodies de publicités télévisées d’une méchanceté savoureuse. Ces bijoux d’humour noir corrosif comptent parmi les meilleurs moments du film, rehaussent le niveau d’un cran et évoquent les films d’anticipation de Paul Verhoeven.

La foule a également droit à ce qu’elle attend – du gore, encore du gore, des prouesses barbares spectaculaires, des démembrements et des éviscérations, à ne plus savoir quoi en faire. Et la représentation s’achève dans la jubilation manifeste des spectateurs. Le tout se termine très tard, après une période de questions-réponses où le réalisateur apparaît dans un costume hilarant, prothèse en main, tandis que Tak Sakaguchi insiste pour effectuer une démonstration de son talent acrobatique – mais pourquoi pas, Tak, vas-y! Grisés par ce succès, les invités signent des autographes et posent généreusement en compagnie de fans survoltés. Le festival pourrait s’arrêter ici, on est comblés. Mais allons dormir quelques heures, ça reprend demain, et on n’est qu’à mi-chemin, beaucoup d’autres délires nous attendent!

8 juillet 2008

Fantasia 2008, jour 6 : Second Skin, Triangle, Mad Detective, DJ XL5′s Hellzapoppin Zappin’ Party

Filed under: Cinéma américain, Cinéma hong kongais, Documentaire, Fantasia 2008 — Marc-André @ 23:48

Carnets Fantasia 2008 : 8 juillet

Second Skin (Juan Carlos Pineiro-Escoriaza, État-Unis, 2008)

Second Skin (Juan Carlos Pineiro-Escoriaza, État-Unis, 2008)

Quoiqu’en disent les néophytes et les médias généralistes, qui projettent trop souvent une image fort stéréotypée du festival, les jours se suivent et ne se ressemblent pas à Fantasia. On bascule d’un univers, d’un genre et d’un sujet à l’autre, souvent sans crier gare. Il est toutefois bien intéressant d’établir des filiations et de discerner des thématiques récurrentes qui permettent d’approfondir et d’enrichir l’expérience. C’est le cas avec cette première de plusieurs excursions du côté des documentaires de la série Documentaries From the Edge, qui est de retour cette année, pour notre plus grand plaisir.

Entre deux séances de défoulement collectif, cette sélection nous permet de nous offrir quelques moments de cogitation et de réflexion. On se souviendra que la cuvée de l’an dernier nous avait réservé de très belles découvertes. Qu’en est-il de Second Skin, un documentaire consacré à l’univers des « gamers », et plus particulièrement à la compulsion maladive des adeptes du jeu vidéo en ligne et à la place qu’occupe cette obsession au sein de leur vie? Sans chercher à dénoncer ou à défendre les individus choisis pour illustrer son propos, le film de Juan Carlos Pineiro-Escoriaza dose admirablement des renseignements sur le sujet et une présentation résolument empathique de ses protagonistes, tout en prenant soin de laisser entrevoir leurs contradictions et la complexité de leurs expériences.

De cette manière, il offre un portrait passionnant d’une demi-douzaine d’hommes et de femmes que l’on suit jusque dans leur intimité, souvent fort révélatrice, sans négliger la dimension réflexive et sociale du phénomène. Le résultat est un film qui nous porte à réfléchir sur nos propres lubies et obsessions (la cinéphilie, peut-être?), tout en faisant écho à des films comme The King of Kong ou Cinemania. Sans être aussi achevé que ces deux exemples, Second Skin vaut assurément le détour.

Triangle (Ringo Lam, Johnnie To et Tsui Hark, Hong Kong, 2007)

Triangle (Ringo Lam, Johnnie To et Tsui Hark, Hong Kong, 2007)

Enchaînons avec un doublé noir en provenance de Hong Kong, qui poursuit le cycle Johnnie To amorcé la veille avec la brillante comédie romantico-nostalgique Sparrow. D’abord, Triangle, qui ne serait qu’un autre thriller sans intérêt s’il ne revendiquait pas la particularité d’être signé par trois des cinéastes les plus connus de Hong Kong : Tsui Hark, Ringo Lam et Johnnie To, qui se donnent le relais à la mise en scène afin de raconter une seule et même histoire, sur fond de trahisons, de trésor caché et de poursuites incessantes. On y retrouve la galerie habituelle des figures de proue de la Milkyway, notamment Simon Yam, Luis Koo, Kelly Lin et Lam Suet, ainsi que les effets de style et le rythme nerveux du polar à la façon hong kongaise. Amorcé sur des chapeaux de roue par Tsui Hark, qui joue à fond la carte de l’action, le film s’enlise quelque peu à la mi-parcours, sous la gouverne de Ringo Lam, sans qu’on puisse distinguer à quel moment celui-ci prend le flambeau des mains du premier. Le film reprend un peu de verve dans une dernière partie où Johnnie To multiplie les situations inusitées et des traits d’humour qui vont du sympathique au carrément n’importe quoi. Sans être une entière réussite, malgré ses hésitations et ses faux pas, Triangle mérite d’être vu, plus particulièrement pour les inconditionnels du cinéma de Hong Kong.

Mad Detective (Johnnie To et Wai Ka-Fai, Hong Kong, 2007)

Mad Detective (Johnnie To et Wai Ka-Fai, Hong Kong, 2007)

La suite se révèle toutefois nettement plus substantielle et passionnante à suivre de bout en bout. Mad Detective, co-signé par Johnnie To et par son complice Wai Ka-Fai, compte parmi les plus belles réussites du maître de l’écurie Milkyway. On y retrouve l’acteur Lau Ching-Wan, qui avait fait sa marque avec Johnnie To à la fin des années quatre-vingt-dix, et qui nous offre une prestation absolument mémorable. Plutôt invisible au cours des dernières années, l’acteur effectue un retour en très grande forme dans le rôle d’un détective complètement fêlé qui peut voir les différentes personnalités intérieures d’une personne, et qui se met dans la peau de ses suspects afin de mieux comprendre leurs agissements. Débouté de ses fonctions, il est appelé à la rescousse par un jeune détective qui éprouve de l’admiration pour lui, afin de résoudre la mystérieuse disparition d’un policier. C’est l’occasion pour Johnnie To de poursuivre son incroyable série de réussites d’exception, amorcée avec le diptyque des Election et poursuivie avec le brillantissime Exiled. Cette fois, le ton glisse vers une savante concoction d’étrangeté et de cocasseries débouchant vers une enquête policière qui se hisse subtilement hors des sentiers battus, avant de se terminer en apothéose, le temps d’une scène d’anthologie (une autre) dans une salle parsemée de miroirs. Que dire, sinon qu’avec Johnnie To, c’est toujours le festin royal.

DJ XL5′s Hellzapoppin Zappin’ Party

On termine cette journée en beauté avec le rendez-vous festif annuel cuisiné par DJ XL5, toujours aussi jouissif et apprécié de la foule qui s’est déplacée en grand nombre. Passée une savoureuse introduction composée d’intermèdes rétro des années soixante, soixante-dix et quatre-vingt, y compris l’inénarrable bande annonce du giallo Torso et la totalité du vidéoclip « Party All the Time », une bouse involontairement hilarante de Eddie Murphy et Rick James qui aura fait hurler de rire la salle au complet, Marc Lamothe nous présente le programme de cette année, intitulé DJ XL5′s Hellzapoppin Zappin’ Party – deux heures de pur délire, de connerie ininterrompue et de cabotinage de toute provenance, le tout étant mixé avec grand art.

La sélection est hétéroclite, et laisse une large place à l’animation ainsi qu’à la scène québécoise, chaudement applaudie d’ailleurs. Il serait trop long d’énumérer tous les moments à retenir de cette projection haute en couleur, mais mentionnons le jubilatoire et incroyablement inventif « Battle of the Album Covers », les trois courts métrages d’Adam Green, en particulier un « Oh Sherrie! » pissant avec son anti-héros affublé d’une coupe Longueuil et d’une collection impressionnante de t-shirts ringards, et la série de brillants pastiches documentaire « Golden Age », d’Aaron Augenblick.

Dans la catégorie niaiserie québécoise indécrottable, on s’est bien marré avec « 2072 », une animation minimaliste ridicule de Simon Lacroix, ainsi qu’avec « Ninja Eliminator », l’un des meilleurs films jamais tournés dans le Chinatown de Montréal. En prime, les spectateurs présents ont également pu visionner « 16 33 45 78 », un collage virtuose réalisé par DJ XL5 lui-même, avec l’aide de Francis Théberge. Ce montage en accéléré de centaines de pochettes d’album permet d’effectuer un véritable voyage musical dans le temps, une excellente idée appuyée par des choix judicieux qui témoignent d’une formidable connaissance de la culture pop. Nul besoin de dire que DJ XL5 a une fois de plus atteint la cible avec brio cette année. On ne saurait se passer de ce rendez-vous hautement comique, devenu un élément incontournable du festival.

7 juillet 2008

Fantasia 2008, jour 5 : Before the Fall, Timecrimes, The Sparrow, Beautiful Sunday

Carnets Fantasia 2008 : 7 juillet

Before the Fall (F. Javier Gutiérrez, Espagne, 2008)

Before the Fall (F. Javier Gutiérrez, Espagne, 2008)

On débute cette cinquième journée festivalière avec un doublé espagnol dans la petite salle. On ne s’est pas encore tout à fait remis du choc traumatique de [Rec], et voici deux autres films de genre de solide tenue en provenance d’Espagne. Tout d’abord, Before the Fall, chronique apocalyptique qui s’amorce avec l’annonce de la fin du monde. Rien de moins.

Dans trois jours, la terre sera heurtée par un météorite qui mettra fin au règne de l’existence humaine. Parti de cette prémisse d’anticipation qui rappelle Last Night, de Don McKellar, le cinéaste F. Javier Gutiérrez déjoue les attentes et opte pour un huis clos en isolant ses personnages autour d’une maison éloignée en campagne. On pourra regretter que le récit se resserre autour d’une histoire de tueur en série plutôt que d’aborder plus en profondeur son sujet – la fin imminente de l’humanité – mais force est d’avouer que l’aspect antipathique de personnages, le climat de tension permanente et le ton résolument pessimiste collent à merveille avec la réalisation, nerveuse et stylisée à souhait. Mine de rien, voilà un film bien foutu, qui vise juste avec peu de moyens.

Timecrimes (Nacho Vigalondo, Espagne, 2007)

Timecrimes (Nacho Vigalondo, Espagne, 2007)

On enchaîne immédiatement avec un autre film espagnol, et là, c’est la jubilation totale devant ce casse-tête temporel ingénieux et machiavélique. Timecrimes est le premier long métrage de Nacho Vigalondo, qui revendique également l’écriture de ce scénario royalement astucieux, en plus de s’offrir l’un des rôles principaux.

Reprenant le motif de la machine à voyager dans le temps, le cinéaste dévoile les péripéties de Hector, un pauvre type qui se voit bien malgré lui plongé dans une série de mésaventures qui auront des répercussions catastrophiques sur le cours de son existence.

Timecrimes est un exercice de science-fiction vertigineux d’une redoutable intelligence, qui rappelle Primer, de Shane Carruth, en plus ludique et divertissant, ou encore les premiers films de Christopher Nolan, Following et Memento. Construit à la manière d’un thriller qui dévoile progressivement une structure labyrinthique de plus en plus complexe, le film déroute et étonne sans cesse le spectateur, pris au piège d’une intrigue qu’il tente de dénouer au fil des révélations et des revirements de situation inattendus. Avec très peu de moyens, Vigalondo accomplit un véritable tour de force et signe un film qui soulève notre admiration. Une autre très belle découverte, et un nouveau venu à suivre de très près.

Sparrow (Johnnie To, Hong Kong, 2008)

Sparrow (Johnnie To, Hong Kong, 2008)

L’un de nos cinéastes favoris est le suivant au programme. Johnnie To fait l’objet d’une rétrospective de dix films à la Cinémathèque québécoise, y compris trois des plus récentes productions auxquelles il est associé. Commençons avec Sparrow, un changement de registre complet pour celui qui nous a habitués à des thrillers haletants où les armes à feu et les gangsters sont à l’honneur.

Cette fois, aucun fusil en vue. Le maître du cinéma de Hong Kong troque (temporairement) la violence des triades pour l’univers d’une petite bande de voleurs à la tire dirigés par un dandy souriant à vélo (Simon Yam, un des acteurs fétiches de To, qui déploie de nouvelles facettes de son talent) qui viennent en aide à une jolie dame qui cherche à sortir de l’emprise d’un caïd. Léger, nostalgique et résolument romantique, ce véritable bijou distille une irrésistible atmosphère rétro teintée d’une naïveté et d’une sensualité étonnantes de la part du réalisateur de Exiled, Election et Running Out of Time. Le réalisateur filme Hong Kong avec un amour communicatif et une grande élégance, le ton comique et la musique sont tout simplement irrésistibles, les acteurs composent des personnages savoureux et la mise en scène multiplie les actes de bravoure, dont une séquence anthologique de parapluies. On pardonnera donc les détours saugrenus du récit, car Sparrow est d’abord et avant tout un poème visuel sans prétention, conçu par un esthète du septième art.

Beautiful Sunday (Jin Kwang-kyo, Corée du Sud, 2007)

Beautiful Sunday (Jin Kwang-kyo, Corée du Sud, 2007)

La journée se termine avec un autre détour du côté de la Corée du Sud. Beautiful Sunday démarre dans une éruption de violence typique de cette cinématographie, avant d’établir deux trames narratives complètement distinctes et sans lien évident, que l’on suivra tout au long des deux heures de ce long métrage, avec d’un côté un flic corrompu et perturbé, et de l’autre un jeune homme solitaire qui commet un geste impardonnable.

On sait que les deux récits finiront par se rejoindre, mais de quelle manière? Je ne dévoilerai rien, sinon que le rythme trépidant, l’atmosphère délétère et le style racé et nerveux évoquent à maintes reprises le célèbre Oldboy, de Park Chan-wook, jusque dans l’interprétation toute en tics et en grimaces de Yong Woo-park, qui fait son petit numéro à la Choi Min-sik.

Ce premier film de Jin Kwang-kyo possède plusieurs qualités, en dépit des aspects télégraphiés du suspense, de son aspect sensationnaliste outrancier et des nombreuses incongruités de sa résolution narrative. Si on ferme les yeux devant ces défauts, on pourra apprécier ce savoir-faire visuel et ce sens de la mise en scène propres à la cinématographie sud-coréenne, avec en prime une incursion réussie dans les recoins inavouables de la psyché humaine. Pour un premier effort, c’est déjà très bien, et si ce cinéaste peut réduire sa propension à l’esbroufe, il pourra faire sa marque. À suivre donc.

5 juillet 2008

Fantasia 2008, jour 3 : Tales To Keep You Awake, Disciples of the 36th Chamber, Le Grand Chef, Jack Brooks: Monster Slayer et Mother of Tears

Carnets Fantasia 2008 : 5 juillet

Tales To Keep You Awake (Espagne, 2007)

Tales To Keep You Awake (Espagne, 2007)

On passe à la vitesse festivalière supérieure aujourd’hui, avec un programme bien chargé de cinq films – que dis-je, six films, puisque la première séance propose un doublé d’histoires horrifiques espagnoles. Avant de s’offrir l’expérience [rec], que l’on verra demain et qui nous promet un grand moment de pure terreur, place à deux des six récits de l’anthologie intitulée  Películas Para No Dormir (Tales to Keep You Awake), présentés coup sur coup dans la grande salle. Conçus pour la télévision espagnole, ces épisodes qui évoquent la série américaine des Masters of Horror sont réalisés par certains des meilleurs talents du cinéma d’horreur espagnol.

Fantasia a justement sélectionné les films de deux des plus grands noms associés à cette série : ceux de Alex de la Iglesia et de Jaume Balaguero. Le premier signe Baby’s Room, un thriller d’épouvante teinté d’un humour noir cinglant qui ressemble à un sketch des Alfred Hitchcock Presents, tout en portant la marque distinctive habituelle du réalisateur, qui se fait plaisir en racontant le cauchemar d’un couple de nouveaux parents qui en viennent à croire que leur nouvelle maison est hantée. Balaguero, quant à lui, arpente un territoire plus sanguinolent et viscéral avec  To Let, où un autre couple a une bien mauvaise surprise en visitant un appartement éloigné du centre de la ville. On passe un bon moment dans les deux cas, même s’il n’y a rien de mémorable à retenir de ces films d’une durée légèrement inférieure à celle d’un long métrage.

Disciples of the 36th Chamber (Liu Chia0-Liang, Hong Kong, 1985)

Disciples of the 36th Chamber (Liu Chia0-Liang, Hong Kong, 1985)

La séance suivante est très attendue, et elle réserve un beau moment pour les inconditionnels de la première heure de Fantasia. Après avoir salué la foule avant la projection de Sukiyaki Western Django, lors de la soirée d’ouverture, le légendaire Gordon Liu est de retour, cette fois pour présenter une copie restaurée de Disciples of the 36th Chamber à un public qui lui réserve un accueil chaleureux. L’acteur et maître de kung fu n’y tient pas le rôle principal, et la comédie l’emporte largement sur les séquences de combat, ce qui n’empêchera pas la foule de savourer ce film d’action campé dans la plus pure tradition instaurée par le studio des Shaw Brothers. La séquence finale livre enfin son lot d’acrobaties époustouflantes et nous permet de voir Gordon Liu à l’oeuvre, pour le plus grand plaisir des spectateurs. Lorsqu’il revient sur scène, Gordon Liu accepte avec beaucoup de générosité de répondre à de nombreuses questions et même d’effectuer une démonstration de kung fu improvisée et de signer des autographes pour ses admirateurs. On se souviendra très certainement de ce moment.


Le Grand Chef (Jeon Yun-su, Corée du Sud, 2007)

Le Grand Chef (Jeon Yun-su, Corée du Sud, 2007)

Ensuite, le temps est venu de visionner notre premier long métrage sud-coréen du festival – le premier d’une longue série, évidemment, puisque je compte en voir le plus grand nombre possible, comme à chaque année depuis la révélation des Kim Ki-duk et Park Chan-wook. La Corée du Sud est une cinématographie que j’affectionne particulièrement depuis de nombreuses années, mais on parle d’un certain essoufflement depuis la réduction des quotas de films locaux l’an dernier.

Qu’en est-il donc du film Le Grand Chef, qui raconte le combat à finir entre deux cuisiniers de grand talent qui sont engagés dans une lutte sans merci afin de décrocher le titre prestigieux de chef royal en leur pays? Et bien force est d’avouer qu’il s’agit d’une déception. Quelques aspects culturels intéressants et plusieurs séquences qui mettent l’eau à la bouche ne sauraient faire oublier le caractère résolument commercial et superficiel d’un long métrage qui se réfugie systématiquement dans les stéréotypes manichéens du bon-garçon-qui-est-trop-gentil et du vilain-méchant-qui-est-vraiment-épouvantable. Côté suspense, on ne sera guère surpris que la préparation d’une soupe au boeuf n’offre guère de tension dramatique et tombe quelque peu à plat. Et quand, en plus, on abuse largement d’une sauce mélodramatique riche en mièvrerie saturée, on a davantage l’impression d’être devant un plat congelé passé au micro-ondes que devant un mets raffiné.

Jack Brooks: Monster Slayer (Jon Knautz, Canada, 2007)

Jack Brooks: Monster Slayer (Jon Knautz, Canada, 2007)

Faisons un saut de la cuisine à la plomberie avec la projection de Jack Brooks: Monster Slayer, qui constitue l’événement de ce premier samedi de Fantasia 2008. La salle est comble, les gens sont fébriles et l’atmosphère est à la fête, car on nous promet un film d’horreur dans la plus pure tradition des Evil Dead et des glorieuses années quatre-vingt, qui semblent être le saint Graal de plusieurs inconditionnels de cinéma d’horreur. M’enfin, chacun ses lubies.

Le personnage principal, nommé à même le titre du film, est un plombier caractériel qui pète un câble beaucoup trop souvent au goût de son entourage. Il fait effectivement beaucoup penser au personnage de Ash, immortalisé par l’icône Bruce Campbell dans la fameuse trilogie de Sam Raimi. Parlant d’icône, tiens n’est-ce pas Robert Englund dans le rôle du professeur de science qui donne des cours du soir à Jack? Eh bien oui, monsieur Freddy Krueger lui-même s’offre ici une performance savoureuse qui, à elle seule, vaut le déplacement pour les fans. Mais ce n’est pas tout : on a droit à une espèce de Jabba the Hut avec des tentacules et à des monstres particulièrement hideux et agressifs, entièrement faits de latex – pas d’effets numériques dans ce film, et on les remercie mille fois.

Donc, après un début plutôt lent et une série de gags corrects, la dernière partie de ce film d’horreur somme toute assez moyen donne à son public ce qu’il attend, c’est-à-dire une joyeuse virée de torchage de monstres, le tout sans prétention et avec le souci du travail artisanal bien fait. De là à crier au chef-d’oeuvre, comme sur certains sites d’horreur spécialisés, il y a une marge que je ne franchirai évidemment pas, parce que franchement, il n’y a vraiment pas de quoi s’énerver à ce point avec un tel objet convenu. Ceci étant dit, la projection a connu un grand succès, la foule a réagi avec enthousiasme à chaque endroit qui le réclamait, et Jack Brooks plaira assurément à ceux qui sont déjà gagnés d’avance, ce qui est franchement pas mal pour un film d’horreur canadien à petit budget, manifestement réalisé avec savoir-faire et avec passion.

Personnellement, j’ai nettement préféré le court métrage présenté en ouverture : Treevenge, signé par Jason Eisener et Rob Cotterill, les mêmes zigotos qui avaient commis l’hilarant Hobo With a Shotgun, pastiche de bande annonce de films d’exploitation, pour le Grindhouse de Tarantino et Rodriguez. Ils récidivent avec un sens aigu de la méchanceté sanguinolente dans ce conte hilarant où des arbres se vengent cruellement du sort que leur réservent les humains. Quand les sapins de Noël imitent la barbarie humaine, croyez-moi, ça fait mal. Cette déflagration trash de quinze minutes a fait hurler la salle avec son déferlement de scènes gores et ses assauts sauvages et répétés envers le bon goût. Voilà une réponse parfaite au projet de loi C-10 de môssieur Harper et de sa bande de curés cravatés, en forme de doigt d’honneur bien senti.

Mother of Tears (Dario Argento, Italie, 2007)

Mother of Tears (Dario Argento, Italie, 2007)

Cette journée bien remplie quoique plutôt inégale devait se terminer en séance de minuit, avec la projection de Mother of Tears, de Dario Argento. Ce n’est un secret pour personne que le maître incontesté de l’horreur à l’italienne n’est plus que l’ombre de lui-même depuis la fin des années quatre-vingt. De fait, la dernière fois que je me suis risqué à visionner un film de Dario Argento, c’était The Card Player (Fantasia 2004), de bien triste et pénible mémoire. À cette époque, je m’étais promis de ne plus jamais écouter un nouveau film de ce cinéaste, tellement j’avais été consterné par le résultat.

Mais bien évidemment, je n’ai pas tenu parole, poussé par la curiosité. Parce qu’avec La Terza madre, Argento complète sa trilogie entamée avec Suspiria et Inferno, deux de ses meilleurs films. Aussi, parce qu’Asia Argento est de la partie, tout comme Udo Kier, et Claudio Simonetti signe la musique. Il y avait donc de quoi espérer un retour de la flamme créatrice et de l’inspiration. Hélas, pas du tout. Quelle consternation que ce film bâclé de terrible manière.

Entendons-nous, il s’agit presque d’un pas en avant en regard des productions précédentes. Mais ce n’est pas vraiment un compliment, tellement les productions antérieures étaient au mieux risibles, au pire insupportables. Et de là à affirmer que le maître a retrouvé la forme… Certes, on sent une plus grande ambition et une forme d’énergie chaotique dans la mise en scène, mais le résultat n’est tout simplement pas à la hauteur de ce à quoi le réalisateur nous a habitués au début de sa carrière.

On retrouve donc tous les problèmes chroniques du cinéma récent de Dario Argento, à savoir : un scénario médiocre et incohérent, qui ne sert que de prétexte à des scènes sanguinolentes, des effets faciles et racoleurs (des voix soi-disant lugubres utilisées de manière abusive et maladroite, des clichés gothiques de pacotille tirés tout droit des années quatre-vingt, une imagerie satanique absolument ringarde) et un jeu pitoyable de la part de tous les acteurs. L’interprétation est mauvaise au point où elle déclenche l’hilarité dans la salle à maintes reprises, de manière involontaire, bien entendu. Au vu de ce ratage quasi complet, cette fois, je le jure, on ne m’y reprendra plus.

4 juillet 2008

Fantasia 2008, jour 2 : The Machine Girl, Genius Party et The Pye-Dog

Filed under: Cinéma hong kongais, Cinéma japonais, Fantasia 2008 — Marc-André @ 22:21

Carnets Fantasia 2008 : 4 juillet

The Machine Girl (Noboru Iguchi, Japon, 2008)

The Machine Girl (Noboru Iguchi, Japon, 2008)

Quoi de mieux pour bien débuter cette deuxième journée qu’un film de vengeance à la japonaise, à petit budget mais bien arrosé de rouge? Et arrosé est un mot faible. On parle ici de réservoirs de gore déversés jusqu’à l’épuisement.

Après avoir dégusté chaque bouchée du savoureux spaghetti western improbable de l’increvable Takashi Miike la veille, la tendance à la niaiserie débile nipponne se poursuit de plus belle devant The Machine Girl, un pur produit d’exploitation qui ne lésine pas sur l’hémoglobine. Je vous épargne le ridicule consommé d’un scénario de vengeance complètement imbécile qui tiendrait sur une feuille de papier, de toute manière aucun des spectateurs présents ne s’est déplacé pour une sage leçon de subtilité philosophique.

Le film de Noboru Iguchi élève l’invraisemblance et l’incohérence systématique au rang de grand art. Entre deux stepettes de ninjas hystériques, cinq démembrements et trois cascades en jupette d’une midinette nipponne en beau fusil et justement affublée d’un appareil automatique qui fait des trous dans les gens, on a droit à des gallons et des gallons d’hémoglobine déversés sur une caméra qu’on a dû maintes fois nettoyer pendant le tournage. Beau dégât, apprécié à sa juste mesure par la foule fantasienne qui n’en demandait pas mieux mais certainement autant.

Genius Party (Japon, 2007)

Genius Party (Japon, 2007)

Ensuite, on prend une pause de gore bien méritée et on fait place à un peu plus de compétence et de substance avec de l’animation japonaise, et pas n’importe laquelle : celle du Studio 4°C, qui nous a donné les bijoux que sont Mind Game (Fantasia 2005) et Tekkon Kinkreet (Fantasia 2007). Leur nouveau projet se nomme Genius Party, et il porte diablement bien son titre. Composé de sept courts métrages, cet objet fantaisiste nous donne une fois de plus la pleine mesure de l’inventivité visuelle et de la maestria technique de ces artisans qui allient une folle imagination surréaliste à un savoir-faire époustouflant.

Comme c’est toujours le cas avec ce type d’anthologie, le résultat s’avère toutefois inégal; heureusement, la sélection fait preuve d’une grande diversité de styles et d’approches qui vont du plus expérimental et philosophique (imbuvable « Limit Cycle », segment splendide sur le plan visuel mais assommant avec sa narration prétentieuse) jusqu’au plus accessible et touchant (magnifique « Shanghai Dragon », en finale délicate et émouvante). Un incontournable pour les amateurs d’animation, et un excellent florilège de la valeur du travail effectué par le Studio 4°C.

The Pye-Dog (Derek Kwok, Hong Kong, 2007)

The Pye-Dog (Derek Kwok, Hong Kong, 2007)

Pour compléter la journée, on se dénoue un peu les jambes avec une première incursion dans la salle J.A. de Sève, pour la projection de The Pye-Dog, premier passage derrière la caméra pour Derek Kwok, dont deux films sont projetés à Fantasia cette année. Peu de choses à dire de ce mélodrame télégraphié en provenance de Hong Kong, sinon qu’après un début plutôt inspiré et agréable sur le plan visuel, on s’enfonce malheureusement dans les clichés larmoyants habituels, avec grand renfort de musique sirop et une utilisation abusive d’effets clippés. Ce n’est pas complètement mauvais, mais c’est guère mémorable.

16 juillet 2007

Fantasia : Exiled

Filed under: Cinéma hong kongais, Fantasia 2007 — Marc-André @ 18:33
Exiled (Johnnie To, Hong Kong, 2006)

Exiled (Johnnie To, Hong Kong, 2006)

Johnnie To est sur une lancée. Et avec Exiled, il atteint l’état de grâce cinématographique, rien de moins. Cette suite plus ou moins officielle à The Mission est l’occasion pour le cinéaste de démontrer l’étendue d’un savoir-faire acquis au fil de nombreuses années de travail au sein de l’illustre compagnie Milkyway Images, noyau essentiel du film de genre de Hong Kong. Après l’éclatante réussite du diptyque Election et Election 2, qui l’avait vu atteindre un rare niveau de pertinence, il enchaîne avec un film noir époustouflant, dont l’achèvement stylistique laisse le souffle coupé.

Divisés en deux clans lorsque l’un des leurs (Nick Cheung) tente d’assassiner leur chef, des hommes de main autrefois liés par l’amitié doivent s’affronter. D’un côté, Blaze (Anthony Wong, cool au possible et magistral) et Fat (Lam Suet) veulent suivre les ordres du chef, Boss Fay (Simon Yam, génial) et éliminer le traître. De l’autre, Cat (Roy Cheung) et Tai (Francis Ng) sont en désaccord et tentent de le protéger. Déchirés entre leur devoir et leurs liens, ils repoussent l’échéance et tentent un coup fumant qui permettra au traqué de protéger sa femme et son enfant. Mais Boss Fay n’entend pas les laisser s’échapper ainsi, et la confrontation est imminente.

Comme dans les meilleures réussites du polar de Hong Kong, quelque chose de magique est à l’œuvre dans Exiled, à un degré inespéré. Entre les mains de nombreux cinéastes, cette nouvelle variation sur le thème des liens d’affection virile et des tensions entre des hommes de main ne serait que pur prétexte à un enchaînement de séquences d’action. Sous le regard de plus en plus affiné et maîtrisé de Johnnie To, le destin tragique de ces criminels au coeur tendre atteint une dimension à la fois humaine et plus grande que nature, tour à tour triste et réconfortante.

To revisite ces archétypes en insufflant un degré d’humour et d’émotion surprenants entre leurs confrontations épiques. Loin des facilités du genre, il offre des personnages émouvants, aidé en cela par les performances exceptionnelles de l’ensemble de son équipe d’acteurs. On ne se surprendra donc pas de voir ces gaillards préparer un repas en rigolant après avoir dégainé froidement les uns sur les autres, ou jouer comme des gamins dans une cabine à photos avant de se livrer à un face à face sanglant. Ces percées d’humour inattendues et ces moments attendrissants agissent en contrepoint avec des scènes de fusillades filmées comme de véritables chorégraphies qui élèvent ce spectacle balistique au rang de grand art. On n’avait pas vu de virtuosité aussi épatante dans ce créneau depuis les beaux jours de John Woo.

Filmé à la manière d’un western – aidé en cela par une superbe trame sonore de Guy Zerafa, faite d’irrésistibles boucles de guitare et d’harmonica mélancoliques à la sauce spaghetti western – Exiled offre un rendu exemplaire qui repose sur des effets de style et un sens de la mise en scène absolument brillants. La direction photo est splendide – le film a été tourné à Macau, et To exploite à merveille l’atmosphère nostalgique qui y règne. De nombreux morceaux de bravoure ponctuent l’évolution du récit, et sont l’occasion d’une démonstration visuelle éblouissante. Ce somptueux film noir est également porté par des performances inoubliables, en particulier de la part d’Anthony Wong et de Simon Yam.

Exiled est un joyau rare pour les amateurs de polar, qui démontre hors de tout doute la pérennité du film de genre made in Hong Kong. À voir et à revoir.

11 juillet 2007

Fantasia 2007 : After This Our Exile

Filed under: Cinéma hong kongais, Drame, Fantasia 2007 — Marc-André @ 17:40
After This Our Exile (Patrick Tam, Hong Kong, 2006)

After This Our Exile (Patrick Tam, Hong Kong, 2006)

Brisant un silence de plus de 17 ans, l’un des chefs de file de la nouvelle vague hongkongaise des années 80 effectue un retour triomphant à la réalisation avec ce drame familial d’une noirceur implacable. Tourné en Malaisie, le film raconte les déboires d’une femme et de son fils aux prises avec un mari violent, possessif et joueur. Lorsque celle-ci décide de fuir ce milieu invivable, l’enfant est abandonné aux mains de son père irresponsable.

Tous les ingrédients du mélodrame lacrymal sont en place. Mais en véritable artisan sensible et attentif, Patrick Tam évite soigneusement de sombrer dans la démonstration poussive et les excès de sentimentalisme. Il offre un portrait dur, complexe et prenant qui expose à la fois la détresse et l’humanité de chacun des personnages. Le scénario met plus particulièrement l’accent sur les contradictions du père, nullement limité ici aux stéréotypes habituels. Pop star de Hong Kong nous ayant peu habitués à un tel registre, Aaron Kwok offre une performance étonnante dans le rôle du père, doté d’une véritable profondeur tragique. Sa prestation inspirée restera certainement l’un des moments marquants de sa carrière. Gouw Ian Iskandar est lui aussi bouleversant dans le rôle du fils. La qualité du scénario et du jeu des acteurs permet ainsi au film d’offrir une plongée émouvante au cœur des relations père-fils, marquées du sceau de la douleur et d’un irrépressible pessimisme.

Tour à tour stylisée, contemplative et réaliste, la réalisation est au diapason de la noirceur du propos. Tam démontre toute l’étendue de son savoir-faire derrière la caméra, multipliant les angles d’approche, toujours à la hauteur de ses personnages. La direction photo, signée Lee Ping-Bing, fidèle accompagnateur du maître cinéaste taïwanais Hou Hsiao-Hsien, est tout simplement superbe. Ainsi, malgré quelques fautes de goût minimes et aisément pardonnables, notamment du côté de la musique et de certaines scènes au ton quelque peu en rupture avec l’ensemble, on saluera avec enthousiasme le retour de Patrick Tam en tant que réalisateur. Son After This Our Exile est un drame maîtrisé et sensible comme on en voit rarement au sein de la production issue de Hong Kong. Vivement d’autres films de Patrick Tam.

Note : Il existe au moins deux versions différentes de ce film; la version originale de 159 minutes, et la version raccourcie pour sa sortie commerciale à Hong Kong, d’une durée de 120 minutes. Nul besoin de dire que l’on privilégiera la version longue, telle qu’envisagée par l’auteur.

9 juillet 2007

Fantasia 2007 : Dog Bite Dog

Filed under: Cinéma hong kongais, Fantasia 2007, Thriller — Marc-André @ 18:29
Dog Bite Dog (Pou-Soi Cheang, Hong Kong, 2006)

Dog Bite Dog (Pou-Soi Cheang, Hong Kong, 2006)

Cinéaste à la filmographie inégale, Pou-Soi Cheang a démontré de belles aptitudes pour le film de genre. Ses incursions dans le film d’horreur (New Blood) et le polar glauque (Love Battlefield) étaient certes inégales et n’évitaient pas une certaine complaisance dans la surenchère, mais elles comportaient une atmosphère oppressante à souhait et un sens de la mise en scène stylisée, qui faisaient de Chang un talent à suivre de près. Avec Dog Bite Dog, il montre les dents, affine son style et propose un thriller haletant, sanglant et barbare, dans la plus pure tradition du film noir nihiliste de Hong Kong. Il y a de quoi se réjouir, malgré d’évidentes fautes de goût qui ruinent quelque peu le plaisir en cours de route.

Cette histoire de chasse à l’homme entre un jeune cambodgien – véritable machine à tuer – et un policier brutal et fêlé n’a rien de bien original, mais elle est diablement menée. L’aspect sauvage, fou furieux et brutal du récit, fort de nombreux moments de tension et d’explosion d’une violence crue et saisissante, est appuyé à merveille par une réalisation nerveuse et enragée, qui épouse la dimension animale des personnages, tout en multipliant les effets de style. Tourné en partie au Cambodge, et abordant de biais la question du sort des réfugiés cambodgiens cherchant à se hisser hors de leurs conditions de vie abjectes, le film propose une vision sombre et désespérée de la nature humaine, encline à verser dans des pulsions primitives afin de survivre.

Le récit de cette traque offre évidemment bon nombre de rebondissements sordides et de scènes cathartiques. Malheureusement, le rythme effréné et passionnant de la première partie bascule dans une conclusion grandguignolesque et mélodramatique qui se vautre dans des excès ridicules qui gâchent complètement une première partie fort réussie. Incapable d’éviter la démesure et l’excès, Cheang en ajoute et en rajoute inutilement du côté de la violence gratuite, entachant sérieusement ce qui était jusque-là un des efforts les mieux réussis du polar hongkongais récent.

En dépit de cette conclusion décevante, Dog Bite Dog vaut le détour, principalement pour les amateurs de sensations fortes et les nostalgiques du cinéma de Hong Kong des années quatre-vingt-dix, et nous laisse espérer d’autres films de cette trempe.

Thème : Silver is the New Black. Un Blog WordPress.com.

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