Travelling Avant

16 septembre 2009

Rétrospective Lars von Trier au Cinéma du Parc

Filed under: Cinéma danois — Marc-André @ 22:39
Rétrospective Lars von Trier

The Kingdom

Tandis que l’on attend avec une grande expectative de recevoir en pleine poire le traumatique Antichrist, sa plus récente délicatesse filmique qui sera très certainement l’un des films les plus courus de la 38e édition du Festival du nouveau cinéma, Cinéma du Parc annonce la présentation d’une rétrospective de l’oeuvre de Lars von Trier. C’est ce qu’on appelle avoir le sens du timing.

Du 25 septembre au 7 octobre, ce sera l’occasion de voir ou de revoir les longs métrages du tyran danois. Toutes les pièces de résistance de sa filmographie y sont : de la trilogie européenne des débuts (Element of Crime, Epidemic, Europa) en passant par les oeuvres de la consécration (Breaking the Waves, Dancer in the Dark, Dogville) et la brillante période Dogma (Les Idiots), de même que des morceaux moins connus (The Five Obstructions, Medea) et ses films plus récents (Manderlay, The Boss of It All). Cerise sur la pâtisserie danoise : l’indescriptible et unique série télé The Kingdom – un favori personnel, qui redéfinit l’expression « sur l’acide » – sera projetée en intégrale au cours de deux fins de semaine, les 26-27 septembre et 3-4 octobre. À noter toutefois : la plupart des projections seront numériques.

Les détails de la rétrospective sur le site de Cinéma du Parc

15 septembre 2009

Evokative acquiert les droits de Deliver Us From Evil

Filed under: Cinéma danois, Thriller — Marc-André @ 22:18
Deliver Us From Evil

Deliver Us From Evil

Une autre excellente nouvelle en provenance d’Evokative, rapidement devenu l’un de mes distributeurs favoris.

L’excellente maison de distribution québécoise vient d’annoncer une acquisition de taille : Deliver Us From Evil, un thriller danois signé par le réalisateur Ole Bornedal.

On se souviendra que ce dernier s’était fait connaître en 1994, avec le thriller Nightwatch. Bornedal effectue un retour en force depuis quelques années : sa décapante satire de science-fiction The Substitute m’avait grandement plu lors de sa présentation à Fantasia en 2008, où elle a remporté le prix L’Écran fantastique. Il a immédiatement enchaîné avec Just Another Love Story, inédit au Québec, qui a reçu un très bon accueil à Toronto et à Sundance l’an dernier.

La rumeur qui entoure Deliver Us From Evil est extrêmement favorable. Todd Brown, de Twitch, un commentateur avisé s’il en est, affirme qu’il s’agit de son film préféré cette année. Le long métrage fait partie de la sélection du festival de Toronto, où il sera présenté au cours des prochains jours (voir le texte de présentation sur le site du TIFF).

Vivement la présentation de cet autre fleuron du cinéma danois – l’une des cinématographies de l’heure – en sol québécois!

8 septembre 2009

Antichrist et Le ruban blanc au FNC 2009

antichrist-poster

Antichrist

Grand dieu. Voici venu le temps de parler des choses sérieuses.

Le Festival du nouveau cinéma a annoncé aujourd’hui deux titres qui seront au menu de la trente-huitième édition. Et il y a de quoi jubiler dans les chaumières cinéphiles.

Il s’agit de rien de moins que deux des films les plus attendus de l’année : Le Ruban blanc, de Michael Haneke, Palme d’or du plus récent Festival de Cannes; et le controversé Antichrist, d’un certain Lars von Trier, qui a valu à Charlotte Gainsbourg le prix d’interprétation féminine à Cannes, et qui occasionnera certainement quelques traumatismes et échappées précipitées hors de la salle.

Nul besoin de dire que ce sont là deux incontournables absolus, et deux grands moments de cinéma en perspective. Voilà de quoi nous faire saliver et trépigner d’impatience en attendant le dévoilement imminent du reste de la programmation – on annonce d’ailleurs le dévoilement de celle-ci le 22 septembre prochain.

Le 38e FNC aura lieu à Montréal du 7 au 18 octobre 2009, à Ex-Centris, au Cinéma du Parc, à l’Impérial et à la Cinémathèque québécoise.

6 juillet 2008

Fantasia 2008, jour 4 : The Substitute, [Rec], Let the Right One In, Negative Happy Chainsaw Edge, Who’s That Knocking at my Door?

Carnets Fatasia 2008 : 6 juillet

The Substitute (Ole Bornedal, Danemark, 2007)

The Substitute (Ole Bornedal, Danemark, 2007)

Après un samedi bien chargé mais dénué de véritable enchantement cinématographique, une autre journée festivalière nous attend, et elle démarre de fort bon pied. L’arrière-goût amer laissé la veille par le lamentable Mother of Tears est vite chassé par The Substitute, une délicieuse comédie de science-fiction danoise dans laquelle l’actrice et cinéaste Paprika Steen s’en donne à coeur joie dans le rôle d’un nouveau professeur sadique qui tyrannise les pauvres adolescents de sa classe, bientôt persuadés que celle-ci est une extraterrestre qui trame de sombres desseins.

Cette irrésistible comédie pour adolescents dose parfaitement les éléments de science-fiction et d’épouvante pour mieux aborder des thématiques sociales, tout en proposant une sympathique réflexion sur l’empathie humaine. Les jeunes acteurs sont tous excellents, les répliques sont assassines et le rythme enlevé, et c’est un plaisir de voir Ulrich Thomsen (Adam’s Apples, Brothers) et Paprika Steen mordre à pleines dents dans de savoureux rôles de composition. Un autre brillant exemple du savoir-faire filmique à la danoise, une cinématographie qui a décidément le vent dans les voiles.

Rec (Jaume Balaguero et Paco Plaza, Espagne, 2007)

Rec (Jaume Balaguero et Paco Plaza, Espagne, 2007)

On n’aurait pas pu mieux commencer la journée, mais le meilleur est à venir. Le film suivant jette la totalité des spectateurs présents en bas de leur siège. Voici enfin l’une des pièces de résistance du festival : [Rec], présenté une fois de plus devant une salle comble. Ceux qui étaient présents lors de la séance du vendredi soir nous ont promis une expérience viscérale mémorable, et ma foi du bon dieu, ils avaient bien raison.

Nous voilà certainement devant l’un des meilleurs films d’horreur depuis des lustres. Ce remarquable film espagnol nous offre la meilleure expérience horrifique à Fantasia depuis Haute Tension, en 2004. Amorcé sous la forme d’un pastiche de documentaire sur le quotidien d’une caserne de pompiers, le film bascule progressivement vers la terreur pure, pour se transformer en un véritable cauchemar apocalyptique.

Tourné caméra à l’épaule dans un état de panique et de tension permanent, [Rec] participe à la vogue actuelle du cinéma-vérité, déclenchée il y a près de dix ans par The Blair Witch Project, mais surpasse ses prédécesseurs sur tous les plans. Le dispositif de la caméra subjective est utilisé à merveille et la mise en scène est absolument implacable. Même les plus endurcis auront eu droit à une frousse de premier ordre avec ce brillant objet cinématographique que revendiquent Jaume Balaguero et Paco Plaza. Gageons que ce film figurera très haut parmi les favoris du festival. Premier authentique coup de coeur du festival cette année.

Negative Happy Chain Saw Edge (Takuji Kitamura, Japon, 2007)

Negative Happy Chain Saw Edge (Takuji Kitamura, Japon, 2007)

Après cette inoubliable virée en montagnes russes, on revient sur terre avec la fantaisie juvénile japonaise qui remporte le grand prix du titre qui ne veut absolument rien dire mais qui résonne quand même bien dans nos oreilles : Negative Happy Chain Saw Edge. Joli programme, mais de quoi ça parle exactement? D’amour et d’amitié, voyons.

Il n’y a vraiment que nos irremplaçables cousins nippons pour concocter une romance à l’eau de rose aussi hallucinogène entre un étudiant freluquet qui s’amourache d’une jeune fille pourchassant un démon à capuchon qui lui court après sous la neige avec une scie mécanique. Le tout est assaisonné de courses de motos inutiles, d’une scène musicale jetable, de quelques séquences incompréhensibles se déroulant dans une piscine, d’une quantité industrielle de sous-intrigues à l’intérêt variant de nul à douteux, et de quelques moments coquets suivis de séances de combat qui ne passeront vraiment pas à l’histoire. C’est gentil comme tout et légèrement divertissant, mais après une claque comme celle que [Rec] nous a assénée, disons que ça résonne comme un coup d’épée dans l’eau.


Let the Right One In (Toms Alfredson, Suède, 2008)

Let the Right One In (Toms Alfredson, Suède, 2008)

L’intermède sucré nippon est terminé, on a pu reprendre nos forces. Place à l’autre moment de grâce de cette très substantielle journée : le drame d’horreur existentielle suédois Let the Right One In. Je ne le cacherai pas, c’est mon film le plus attendu du festival. Et l’oeuvre de Tomas Alfredson se révèle à la hauteur de tous les espoirs créés par le bouche à oreille dont il fait l’objet depuis quelques mois sur le Web.

Splendide sur le plan visuel, ce drame psychologique effectue une brillante relecture de la mythologie vampirique pour mieux aborder le désarroi émotif de deux adolescents solitaires et esseulés qui tentent un rapprochement. L’interprétation des jeunes acteurs est prenante, et on admire la beauté de la mise en scène, la subtilité des sentiments esquissés et l’équilibre remarquable entre les motifs appartenant au cinéma de genre et les éléments sociaux et dramatiques du récit. Une grande découverte, et un deuxième coup de coeur en moins de quelques heures.

Who's That Knocking at my Door? (Yang Hea-hoon, Corée du Sud, 2007)

Who's That Knocking at my Door? (Yang Hea-hoon, Corée du Sud, 2007)

En finale de cette autre journée bien remplie, un premier film sud-coréen qui a le mérite de sortir des sentiers battus. Who’s That Knocking at my Door est inusité au point où les trente premières minutes sont pour le moins déroutantes, pour ne pas dire incompréhensibles. On sait qu’il est question d’un homme qui ne s’est jamais remis des traumatisantes expériences d’intimidation qu’il a vécues dans sa jeunesse. Le hasard fait en sorte qu’il croise son bourreau. Surgi du passé, celui-ci envahit de nouveau sa vie et fait surgir des sentiments troubles. Des extraits énigmatiques de clavardage sur le bullying avec des inconnus entrecoupent des séquences filmées de manière âpre et réaliste, sans lien apparent et sans qu’on comprenne où tout cela se dirige, jusqu’à ce que la deuxième partie rassemble quelques morceaux de ce casse-tête plutôt confus.

On pense bien sûr à Park Chan-wook en visionnant ce film portant sur la vengeance, mais le style se rapproche davantage du cinéma indépendant ou de l’oeuvre de Hong Sang-soo. Un début prometteur qui réclame un deuxième visionnement, de la part d’un nouveau venu dont on retiendra le nom : Yang Hea-hun.

13 juillet 2007

Fantasia 2007 : Ghosts of Cité Soleil

Filed under: Cinéma danois, Documentaire, Fantasia 2007 — Marc-André @ 18:00
Ghosts of Cité Soleil (Asger Leth, Danemark / États-Unis, 2007)

Ghosts of Cité Soleil (Asger Leth, Danemark / États-Unis, 2007)

Au péril de sa propre vie, le cinéaste danois Asger Leth a filmé de l’intérieur les activités quotidiennes de deux frères rivaux et leaders de gangs du bidonville de Cité Soleil, à Port-au-Prince, en Haïti, qui revendique le titre peu enviable du quartier le plus pauvre et le plus dangereux de la planète.

Tourné en 2004, lors de la fin du règne et de la chute de Jean-Bertrand Aristide, son film est un tour de force absolument fascinant, qui témoigne d’une témérité hallucinante. La caméra suit à la trace “2Pac” et “Bily”, qui sont les guides de cette plongée au coeur des ténèbres. On découvre ainsi l’état de pauvreté extrême et d’indigence scandaleuse de la population, les rivalités et les guerres de clan, l’omniprésence des armes à feu, circulant entre toutes les mains, la violence endémique et le climat de terreur perpétuel qui est le lot de cette communauté.

Leth accorde une large place aux témoignages des deux hommes, qui partagent ainsi leurs rêves et leur vision de la vie. “2Pac”, figure principale du film, aspire à devenir un rappeur célèbre, mais il est avant tout un malfrat aux activités louches, voire carrément suspectes et potentiellement reliées aux “Chimères”, cette milice de choc créée par Aristide et responsable d’actes d’intimidation envers la population.

Indiscrète jusqu’à en être impudique et même voyeuriste, l’approche de Leth le fait s’aventurer sans vergogne, avec un culot inouï, dans des situations conflictuelles qui risquent de dégénérer à tout moment en bain de sang, ou encore dans des avenues très personnelles, où l’on voit les protagonistes dans leur intimité dévoilée sans ambages, notamment leur relation avec Lélé, une infirmière française qui est tour à tour l’amante des deux frères et qui joue un rôle pour le moins intrigant dans cette histoire aux limites de l’invraisemblable et d’autant plus troublante qu’elle est authentique.

Les images sont saisissantes et la réalité qui est dévoilée a de quoi nous renverser. Si l’oeuvre propose de multiples pistes de lecture du contexte politique haïtien récent, Asger Leth refuse de prendre position, agissant essentiellement à titre de témoin indiscret. Ghosts of Cité Soleil prend ainsi la forme d’un reportage social viscéral effectué sans filet, très travaillé sur le plan visuel. L’esthétique du film, à la fois brute et léchée, propose un formidable travail sur les couleurs saturées, qui donnent un aspect stylisé aux prises de vues filmées à l’épaule et à l’arraché, avec un grand sentiment d’urgence. Fort d’une réalisation et d’un montage exceptionnels, ce documentaire bouleverse, scandalise et remue profondément.

7 juillet 2007

Fantasia 2007 : Offscreen

Filed under: Cinéma danois, Fantasia 2007 — Marc-André @ 18:51
Offscreen (Christoffer Boe, Danemark, 2006)

Offscreen (Christoffer Boe, Danemark, 2006)

Le cinéma danois est en effervescence. Les cinéphiles qui n’ont pas encore pris note ont tout intérêt à jeter un oeil attentif à cette cinématographie en plein essor créatif, tant elle regorge de talents et d’oeuvres surprenantes. Un autre exemple éloquent de la vitalité de la nouvelle génération de cinéastes danois nous est donnée avec Offscreen, troisième long métrage du cinéaste Christoffer Boe, lauréat du prix de la jeunesse du festival de Venise en 2006 avec cette dérangeante incursion hyperréaliste au sein de la psyché en déroute d’un individu.

Les frontières entre la réalité et la fiction sont brouillées à l’excès dans ce récit qui avance dans des eaux de plus en plus troubles et déroutantes en suivant la descente vertigineuse de Nicolas Bro, un acteur danois qui est interprété par Nicolas Bro lui-même. Tenaillé par l’idée de capturer et d’immortaliser sa vie quotidienne et celle de sa relation amoureuse avec l’actrice Lene Maria Christensen (également dans son propre rôle), Nicolas emprunte la caméra du cinéaste Christoffer Boe (également dans son propre rôle) et décide d’amorcer le tournage d’un film portant sur sa vie et sur celle de Lena. Mais ce projet inusité vire rapidement à la l’obsession compulsive, alors que Nicolas filme chaque moment de leur vie intime et de ses relations avec autrui, même lorsqu’on lui demande de ne pas le faire. Ainsi, il sème le malaise et l’inconfort, particulièrement auprès de Lena, qui le quitte. Totalement déstabilisé par le départ de Lena, refusant de faire face à la réalité de la rupture, Nicolas poursuit son projet de cinéma réalité, et s’enfonce chemin faisant dans une spirale extrêmement inquiétante.

Ce qui apparaît au départ comme un canular savoureux qui multiplie les clins d’oeil au cinéma danois actuel – les initiés reconnaîtront de nombreux acteurs de la scène danoise, qui font des apparitions éclair dans le film – se transforme progressivement en une réflexion audacieuse sur le métier de cinéaste et sur l’impact de l’omniprésence des caméras dans notre société des images.

La mise en abyme du film dans le film est ainsi exploitée de manière à faire ressortir les aspects problématiques de cette quête de la réalité virant à la pathologie. L’attitude de Nicolas, qui bascule paradoxalement dans une réappropriation subjective de son « réel » où tout devient mensonge et manipulation, nous perturbe d’autant plus qu’elle nous oblige à nous questionner sur notre propre capacité à saisir la réalité sans la transformer selon notre perception ou notre refus de ce qui ne nous convient pas. C’est toute la tendance préoccupante de la vogue de la télé réalité qui est ici disséquée sans complaisance, à travers une étude psychologique qui met le spectateur dans la position inconfortable du voyeur, qui constate de l’intérieur les dérapages d’un protagoniste principal qui ment à tous, à commencer par lui-même.

L’esthétique hyperréaliste et crue participe de cet aspect de confrontation avec le spectateur. Christoffer Boe perpétue l’héritage Dogma de brillante façon, en tournant à l’épaule en caméra DV de manière grossièrement impudique, avec des moyens dérisoires et un style qui pastiche le film amateur et le cinéma vérité à un point limite. Le sentiment constant d’être devant quelque chose de vrai accentue l’aspect troublant des dérapages prononcés de Nicolas, qui s’enfonce sous nos yeux dans la dépression et dans une quête de plus en plus douteuse et tordue. On lèvera ainsi notre chapeau à l’acteur Nicolas Bro, qui porte littéralement ce projet téméraire et courageux sur ses épaules. Bro est de pratiquement toutes les scènes et il se met constamment en jeu et à nu de manière extrêmement intrépide. Son jeu physique et sa narration forcent l’admiration. Peu d’acteurs auraient accepté d’aller aussi loin dans la remise en question de sa propre image médiatique et dans l’exploration d’un personnage aussi problématique.

Offscreen est un tour de force à ranger aux côtés de C’est arrivé près de chez vous, Seul contre tous et du cinéma de Robert Morin, et ravira les cinéphiles qui n’ont pas peur de se frotter à ce que l’être humain peut avoir de plus sordide.

Fantasia 2007 : Adam’s Apples

Filed under: Cinéma danois, Fantasia 2007 — Marc-André @ 17:36
Adam's Apples (Anders Thomas Jensen, Danemark, 2005)

Adam's Apples (Anders Thomas Jensen, Danemark, 2005)

Anders Thomas Jensen est l’un des plus formidables talents du cinéma danois actuel. Scénariste de premier plan, aussi à l’aise dans le registre de la comédie que dans celui du drame, il a collaboré à l’écriture de films aussi différents que  BrothersAfter the Wedding, Open HeartsIn China They Eat Dogs et Mifune. Son troisième long métrage, Adam’s Apples, est une allégorie biblique à l’humour noir corrosif et dévastateur, qui peut être considéré comme son meilleur film à ce jour.

Ulrich Thomsen, acteur étonnant et habitué des films de Jensen, est méconnaissable dans le rôle principal d’Adam, un néo-nazi impassible et violent tout juste sorti de prison, qui doit effectuer du travail communautaire au sein d’une communauté religieuse afin de se réhabiliter. Il est pris en charge par Ivan (Mads Mikkelsen, autre habitué de l’univers de Jensen, acteur génial qui trouve ici l’un de ses meilleurs rôle avec Pusher 2), un pasteur à la foi inflexible, malgré tous les coups du sort qui peuvent s’abattre sur lui. Adam est accueilli au sein d’une communauté d’anciens repris de justice qui comprend également un ancien joueur de tennis devenu agresseur et cleptomane compulsif (Nicolas Bro, vedette de Offscreen, tordant), un immigrant afghan caractériel récidiviste et anti-capitaliste (Ali Khazim, hilarant) et une femme enceinte, alcoolique et dépressive (incarnée par la cinéaste Paprika Steen). Mais aux yeux d’Adam, Ivan se révèle l’individu le plus mésadapté de cette bande de bizarroïdes, par sa propension maladive à nier et à déformer la réalité. Il entreprend alors de confronter avec brutalité l’univers vacillant du pasteur.

Ce conte symbolique à fortes résonances sociales s’avance déguisé en comédie dramatique truculente, avec ses personnages très typés, à la limite de la caricature. Mais la plume aiguisée de Jensen atteint des sommets de verve, en proposant une succulente galerie d’énergumènes et une succession de situations tordantes et féroces, qui mettent en valeur le trait incisif et impitoyable de son écriture. Fidèle à son approche iconoclaste et grinçante de la comédie, Jensen multiplie les scènes brutales et les accès de violence incontrôlée qui malmènent sérieusement toute forme de rectitude politique.

On rit beaucoup, mais jaune, face aux comportements problématiques de tous les personnages. Mais le ton vire progressivement au drame, de manière extrêmement bien calculée par le cinéaste, tandis qu’Ivan est de plus en plus violemment mis face à ses propres contradictions et à son aveuglement. Le film prend une tournure beaucoup plus sombre dans sa deuxième partie, révélant la profondeur d’un scénario explorant magnifiquement le thème de la rédemption, tout en conservant son sens de la satire sociale et son ton décapant.

Bien davantage qu’une comédie noire, Adams’s Apples se révèle ainsi comme une parabole qui interroge notre aveuglement et notre attachement à des chimères destructrices et mensongères, tant du côté du bien que du mal – religions et idéologies confondues. Jensen utilise à merveille de nombreux motifs bibliques riches d’évocation (la pomme, le livre de Job, les vautours), rehaussés par une direction photo époustouflante et par un admirable sens de la mise en scène, très expressive. La distribution est de très haut niveau, et le face à face entre Ulrich Thomsen et Mads Mikkelsen est tout simplement remarquable. Ce dernier offre la pleine mesure de son immense talent dans le rôle du pasteur. Sous tous les angles, nous sommes devant une réussite exceptionnelle. Très forte recommandation.

28 octobre 2006

FNC 2006 : The Boss of It All

Filed under: Cinéma danois, Comédie, Festival du nouveau cinéma 2006 — Marc-André @ 20:05
The Boss of It All

The Boss of It All

Lars von Trier traverse une crise artistique et existentielle. Ce n’est pas moi qui l’affirme, c’est lui. Prenant une pause après avoir réalisé Dogville et Manderlay, les deux premiers épisodes de son ambitieuse saga sur l’Amérique, le voilà qui accouche d’une comédie légère et désopilante qui se moque de la vie et du travail en entreprise – un peu comme si The Office était repris sous la lorgnette décapante de l’humour noir danois.

Sommes-nous devant un Lars von Trier en mode mineur? Très certainement, si on compare ce film à l’ensemble de la filmographie mégalomane du tyran et maître danois. Ce qui ne devrait pas pour autant nous faire bouder notre plaisir devant ces élucubrations risibles mais savoureuses et joyeusement bien envoyées.

Suivons donc les péripéties hilarantes de Kristoffer (Jens Albinus, excellent), un acteur sans travail qui est assez idiot pour accepter une offre plutôt inusitée. Ravn (Peter Gantzler), propriétaire d’une petite entreprise de services informatiques, lui propose de jouer le rôle du grand patron de l’entreprise, que les employés n’ont jamais vu. Et pour cause : il n’existe pas, Ravn se réfugiant derrière ce personnage créé de toutes pièces lorsqu’il doit effectuer des décisions qui risquent de créer des remous parmi ses employés. Or Ravn s’apprête à vendre la compagnie à des intérêts islandais dirigés par le très caractériel Finnur (Fridrik Thor Fridriksson, hilarant), et il souhaite faire passer la pilule à ses employés tout en amadouant son acariâtre partenaire d’affaires par l’entremise de l’acteur. Celui-ci se retrouve bientôt pris dans une série de quiproquos et de malentendus pour le moins inconfortables, qui le placent dans une situation bien périlleuse.

Avec von Trier, on pouvait s’attendre à une satire absolument virulente du monde du travail. Ce qu’il effectue ici avec une énergie et une malice étonnantes pour un auteur qui se dit en perte de créativité. Certes, on pourra faire le même reproche au cinéaste que ce que l’on a pu dire à propos de sa trilogie sur l’Amérique : connaît-il seulement l’univers qu’il met en scène? Les situations professionnelles qui sont présentées dans The Boss of it All pourront sembler bien peu crédibles aux yeux de certains. Le ton est délibérément théâtral à l’excès et largement improvisé, versant continuellement dans la caricature et l’absurde. Mais force est d’avouer que les coups sont bien portés – les dialogues sont dévastateurs, aucun personnage n’est épargné, et il est évident, pour une fois, que Lars von Trier ne se prend pas très au sérieux dans cette farce qui écorche superficiellement la société danoise et le monde des affaires.

Le rusé cinéaste opte pour un style à l’apparence volontairement bâclée – von Trier ayant utilisé un curieux procédé nommé « Automavision », qu’il décrit comme une méthode de sélection arbitraire d’angles et de prises de vue effectuée par ordinateur. Les plans s’enchaînent de manière incongrue, parfois mal découpés ou raccordés. Loin d’être désagréable, ce procédé qui pastiche l’amateurisme est en parfait accord avec le propos et l’angle satirique de son sujet, et peut même être considéré comme une parodie de ses propres prétentions démirugiques.

Les interventions amusées de von Trier lui-même à la narration en voix hors champ et le mode de distanciation brechtien qu’il continue d’utiliser au sein de cet exercice de défoulement ludique et libérateur ne sauraient nous tromper : même fatigué et aigri, Lars von Trier sait frapper juste et fort. Ici, la légèreté est certes quelque peu juvénile, mais aussi contagieuse et complice avec le spectateur. Souhaitons qu’elle agisse comme un ressourcement.

21 octobre 2006

FNC 2006 : Princess

Filed under: Animation, Cinéma danois, Festival du nouveau cinéma 2006 — Marc-André @ 14:30
Princess

Princess

Véritable charge contre l’industrie pornographique, ce long métrage controversé du cinéaste danois Anders Morgenthaler constitue un bien curieux objet cinématographique, qui conjugue le film de vendetta personnelle, le cinéma d’animation et l’esthétique hyperréaliste Dogma.

La charge est féroce, et pour illustrer son propos – les ravages humains causés par l’industrie du sexe, en particulier chez les femmes et les enfants – Morgenthaler ne fait pas dans la dentelle. Princess raconte la vengeance orchestrée par August, un prêtre qui décide de venger la mort de sa soeur Christina, actrice pornographique qui a sans doute été assassinée. Il doit également s’occuper de Mia, petite fille de 5 ans et orpheline de Christina, qui a manifestement été elle aussi victime d’abus sans nom. Découvrant toutes ces horreurs, August décide s’attaquer au milieu auquel Christina appartenait, avec une violence inouïe.

Face à un sujet aussi délicat – la pornographie, les abus infantiles – Anders Morgenthaler choisit une approche distanciée en optant pour le film d’animation. On comprendra toutefois que ce film ne s’adresse surtout pas à un public familial, tant le film verse dans certains excès graphiques sexuels et violents qui mettront plus d’un spectateur dans un état de profond malaise. Et c’est exactement l’objectif souhaité par le cinéaste : la forme paradoxale du dessin animé, de prime abord naïve, est détournée par des scènes déstabilisantes de furie sanguinaire et par l’insertion de séquences tournées avec de vrais acteurs, caméra à l’épaule, et reprenant les préceptes de l’école danoise du Dogme. Le résultat est pour le moins réussi sur le plan cinématographique, même s’il n’est pas sans susciter de nombreux questionnements sur le plan moral.

Morgenthaler questionne ainsi notre rapport à ce type de cinéma, car sa charge illustre tout ce qu’elle dénonce, en un curieux et contradictoire retournement pervers. Aussi, le message pourra paraître dénué de nuances, tant l’orchestration de la vengeance mène vers un exercice de règlements de comptes brutal et très appuyé au niveau graphique. Aux yeux de certains, ce scénario excessif semblera tout aussi problématique que la pornographie à laquelle il s’attaque, tant il verse dans les excès de justice solitaire et de violence gratuite à la morale indéfendable. N’en déplaise, la charge porte et ne laisse certainement pas indifférent.

Thème : Silver is the New Black. Un Blog WordPress.com.

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