Travelling Avant

30 septembre 2009

FNC 2009 : Petropolis

Filed under: Cinéma canadien, Documentaire, Festival du nouveau cinéma 2009 — Marc-André @ 22:15
Petropolis

Petropolis

Sept ans après Gambling, Gods and LSD, Petter Mettler nous revient avec un projet de documentaire environnementaliste qui fera couler beaucoup de liquide noir – et je ne parle pas uniquement d’encre.

Petropolis: Aerial Perspectives on the Alberta Tar Sands montre, à l’aide de prises de vue aériennes saisissantes, l’ampleur du désastre écologique provoqué par l’industrie des sables bitumineux de l’Alberta.

Ces images, captées par hélicoptère à l’aide d’un matériel filmique de grande qualité, forment un spectacle à la fois fascinant et horrifique qui nous place devant l’évidence de notre hypocrisie et de notre aveuglement collectifs face à l’exploitation sauvage des ressources naturelles de notre planète.

Nul besoin de dire que le visionnement de Persepolis s’avère essentiel, sur grand écran. Le film sera projeté les 16 et 17 octobre 2009 au Festival du nouveau cinéma.

Site officiel du film

Présentation sur le site de Greenpeace

15 juillet 2008

Fantasia 2008, jour 13 : Stuck, Red

Filed under: Cinéma américain, Cinéma canadien, Fantasia 2008 — Marc-André @ 16:18

Carnets Fantasia 2008 : mardi 15 juillet

Stuck (Stuart Gordon, Canada/États-Unis, 2007)

Stuck (Stuart Gordon, Canada/États-Unis, 2007)

Seulement deux films au menu aujourd’hui, mais un plat de résistance colossal nous attend d’entrée de jeu. Quel bonheur de retrouver un Stuart Gordon en grande forme afin de faire suite à Edmond, son film précédent, qui l’avait vu emprunter de nouvelles voies extrêmement intéressantes. Stuck poursuit dans cette même veine qui s’éloigne quelque peu du film de genre, pour nous offrir un autre grand moment de cinéma en forme d’attaque irrévérencieuse envers la rectitude politique, qui plus est avec un auditoire fantasien taillé sur mesure et réagissant au quart de tour devant cette fable sociale hautement corrosive et totalement réussie.

L’idée de départ, inspirée d’un fait divers sordide, promettait déjà grandement : une jeune femme heurte accidentellement un pauvre type qui se retrouve coincé dans le pare-brise de sa voiture. Totalement dépassée par les événements, celle-ci refuse de faire face au drame et laisse la victime agoniser dans son garage, sans le secourir. Ça, ce n’est que le début. Ce qui va suivre prendra la forme d’une comédie d’une noirceur implacable, avec quelques incursions jubilatoires dans le grotesque, avant de culminer dans un débordement grandguignolesque jouissif et bien dosé, en parfaite continuité avec l’univers horrifique du cinéaste.

Ponctué de nombreux revirements de situation absurdes et de dialogues dévastateurs, Stuck brille de tous ses feux grâce à une mise en scène âpre et implacable et des performances éclatantes de ses interprètes principaux. Stephen Rea est parfait dans le rôle d’un misérable bougre sur qui le sort s’acharne avec véhémence, tandis que Mena Suvari campe à merveille toutes les contradictions d’un personnage pris au piège de son incompréhensible déni d’une situation improbable qui dégénère. Réflexion amusée et impertinente sur les tares qui ravagent notre société – irresponsabilité morale, égoïsme, chacun pour soi et misanthropie – Stuck nous balance le miroir hideux de notre inconscience sociale avec une délicieuse intelligence et une redoutable méchanceté. Voilà l’une des oeuvres les plus originales et achevées d’un cinéaste qui n’a pas fini de nous étonner.

Red (Lucky McKee et Trygve Allister Diesen, États-Unis, 2008)

Red (Lucky McKee et Trygve Allister Diesen, États-Unis, 2008)

Admirons la cohérence des choix d’une programmation bien pensée qui fait en sorte que l’on enchaîne avec un autre film à portée sociale, où un individu est également aux prises avec une situation qui le rend isolé et impuissant, mais qui sera explorée de manière résolument différente. Si Stuart Gordon profite de ce point de départ pour effectuer une satire décapante des errements moraux contemporains, les cinéastes Lucky McKee (May et The Woods) et Trygve Allister Diesen, qui se partagent la paternité de Red, optent pour un registre aux antipodes, avec un drame fait d’accablement et d’émotion. Il faut dire que la matière narrative de ce long métrage modeste provient d’un maître du glauque : Jack Ketchum. C’est la troisième transposition sur écran de l’œuvre de Ketchum en trois ans qui se retrouve dans la sélection de Fantasia, lieu d’accueil idéal pour les versions filmiques de l’univers d’un romancier controversé dont l’œuvre aborde crûment les versants sombres de l’Amérique. Les deux premières adaptations nous avaient d’ailleurs donné une solide claque en plein visage : The Lost et The Girl Next Door, deux films bouleversants et impossibles à oublier.

Qu’en est-il de Red, qui raconte la tragique quête de justice d’un vieil homme sans histoire qui voit sa vie basculer lorsque son fidèle compagnon canin est abattu brutalement par une bande de jeunes garçons sadiques? Ce drame psychologique tendu est ce que les anglo-saxons appellent un « slow burner », plus soucieux de réalisme que d’effets chocs. L’évolution de l’histoire et le comportement du personnage principal ont le mérite de ne pas choisir la voie de la facilité, mais le résultat nous laisse sur un sentiment mitigé. N’ayant pas lu l’œuvre originale de Ketchum, je ne peux pas porter de jugement sur la fidélité et sur la justesse de cette adaptation, mais une facture télévisuelle extrêmement terne, des interprétations inégales et une musique lourdement formatée desservent grandement le film, tout entier construit autour de la performance de Brian Cox dans le rôle principal. Celui-ci confère une grande humanité à son personnage. Souvent maladroit, plutôt impersonnel, le film intéressera surtout les inconditionnels de l’auteur, bien que le résultat soit pâle en regard des deux adaptations précédentes, nettement plus fortes et significatives du point de vue cinématographique.

5 juillet 2008

Fantasia 2008, jour 3 : Tales To Keep You Awake, Disciples of the 36th Chamber, Le Grand Chef, Jack Brooks: Monster Slayer et Mother of Tears

Carnets Fantasia 2008 : 5 juillet

Tales To Keep You Awake (Espagne, 2007)

Tales To Keep You Awake (Espagne, 2007)

On passe à la vitesse festivalière supérieure aujourd’hui, avec un programme bien chargé de cinq films – que dis-je, six films, puisque la première séance propose un doublé d’histoires horrifiques espagnoles. Avant de s’offrir l’expérience [rec], que l’on verra demain et qui nous promet un grand moment de pure terreur, place à deux des six récits de l’anthologie intitulée  Películas Para No Dormir (Tales to Keep You Awake), présentés coup sur coup dans la grande salle. Conçus pour la télévision espagnole, ces épisodes qui évoquent la série américaine des Masters of Horror sont réalisés par certains des meilleurs talents du cinéma d’horreur espagnol.

Fantasia a justement sélectionné les films de deux des plus grands noms associés à cette série : ceux de Alex de la Iglesia et de Jaume Balaguero. Le premier signe Baby’s Room, un thriller d’épouvante teinté d’un humour noir cinglant qui ressemble à un sketch des Alfred Hitchcock Presents, tout en portant la marque distinctive habituelle du réalisateur, qui se fait plaisir en racontant le cauchemar d’un couple de nouveaux parents qui en viennent à croire que leur nouvelle maison est hantée. Balaguero, quant à lui, arpente un territoire plus sanguinolent et viscéral avec  To Let, où un autre couple a une bien mauvaise surprise en visitant un appartement éloigné du centre de la ville. On passe un bon moment dans les deux cas, même s’il n’y a rien de mémorable à retenir de ces films d’une durée légèrement inférieure à celle d’un long métrage.

Disciples of the 36th Chamber (Liu Chia0-Liang, Hong Kong, 1985)

Disciples of the 36th Chamber (Liu Chia0-Liang, Hong Kong, 1985)

La séance suivante est très attendue, et elle réserve un beau moment pour les inconditionnels de la première heure de Fantasia. Après avoir salué la foule avant la projection de Sukiyaki Western Django, lors de la soirée d’ouverture, le légendaire Gordon Liu est de retour, cette fois pour présenter une copie restaurée de Disciples of the 36th Chamber à un public qui lui réserve un accueil chaleureux. L’acteur et maître de kung fu n’y tient pas le rôle principal, et la comédie l’emporte largement sur les séquences de combat, ce qui n’empêchera pas la foule de savourer ce film d’action campé dans la plus pure tradition instaurée par le studio des Shaw Brothers. La séquence finale livre enfin son lot d’acrobaties époustouflantes et nous permet de voir Gordon Liu à l’oeuvre, pour le plus grand plaisir des spectateurs. Lorsqu’il revient sur scène, Gordon Liu accepte avec beaucoup de générosité de répondre à de nombreuses questions et même d’effectuer une démonstration de kung fu improvisée et de signer des autographes pour ses admirateurs. On se souviendra très certainement de ce moment.


Le Grand Chef (Jeon Yun-su, Corée du Sud, 2007)

Le Grand Chef (Jeon Yun-su, Corée du Sud, 2007)

Ensuite, le temps est venu de visionner notre premier long métrage sud-coréen du festival – le premier d’une longue série, évidemment, puisque je compte en voir le plus grand nombre possible, comme à chaque année depuis la révélation des Kim Ki-duk et Park Chan-wook. La Corée du Sud est une cinématographie que j’affectionne particulièrement depuis de nombreuses années, mais on parle d’un certain essoufflement depuis la réduction des quotas de films locaux l’an dernier.

Qu’en est-il donc du film Le Grand Chef, qui raconte le combat à finir entre deux cuisiniers de grand talent qui sont engagés dans une lutte sans merci afin de décrocher le titre prestigieux de chef royal en leur pays? Et bien force est d’avouer qu’il s’agit d’une déception. Quelques aspects culturels intéressants et plusieurs séquences qui mettent l’eau à la bouche ne sauraient faire oublier le caractère résolument commercial et superficiel d’un long métrage qui se réfugie systématiquement dans les stéréotypes manichéens du bon-garçon-qui-est-trop-gentil et du vilain-méchant-qui-est-vraiment-épouvantable. Côté suspense, on ne sera guère surpris que la préparation d’une soupe au boeuf n’offre guère de tension dramatique et tombe quelque peu à plat. Et quand, en plus, on abuse largement d’une sauce mélodramatique riche en mièvrerie saturée, on a davantage l’impression d’être devant un plat congelé passé au micro-ondes que devant un mets raffiné.

Jack Brooks: Monster Slayer (Jon Knautz, Canada, 2007)

Jack Brooks: Monster Slayer (Jon Knautz, Canada, 2007)

Faisons un saut de la cuisine à la plomberie avec la projection de Jack Brooks: Monster Slayer, qui constitue l’événement de ce premier samedi de Fantasia 2008. La salle est comble, les gens sont fébriles et l’atmosphère est à la fête, car on nous promet un film d’horreur dans la plus pure tradition des Evil Dead et des glorieuses années quatre-vingt, qui semblent être le saint Graal de plusieurs inconditionnels de cinéma d’horreur. M’enfin, chacun ses lubies.

Le personnage principal, nommé à même le titre du film, est un plombier caractériel qui pète un câble beaucoup trop souvent au goût de son entourage. Il fait effectivement beaucoup penser au personnage de Ash, immortalisé par l’icône Bruce Campbell dans la fameuse trilogie de Sam Raimi. Parlant d’icône, tiens n’est-ce pas Robert Englund dans le rôle du professeur de science qui donne des cours du soir à Jack? Eh bien oui, monsieur Freddy Krueger lui-même s’offre ici une performance savoureuse qui, à elle seule, vaut le déplacement pour les fans. Mais ce n’est pas tout : on a droit à une espèce de Jabba the Hut avec des tentacules et à des monstres particulièrement hideux et agressifs, entièrement faits de latex – pas d’effets numériques dans ce film, et on les remercie mille fois.

Donc, après un début plutôt lent et une série de gags corrects, la dernière partie de ce film d’horreur somme toute assez moyen donne à son public ce qu’il attend, c’est-à-dire une joyeuse virée de torchage de monstres, le tout sans prétention et avec le souci du travail artisanal bien fait. De là à crier au chef-d’oeuvre, comme sur certains sites d’horreur spécialisés, il y a une marge que je ne franchirai évidemment pas, parce que franchement, il n’y a vraiment pas de quoi s’énerver à ce point avec un tel objet convenu. Ceci étant dit, la projection a connu un grand succès, la foule a réagi avec enthousiasme à chaque endroit qui le réclamait, et Jack Brooks plaira assurément à ceux qui sont déjà gagnés d’avance, ce qui est franchement pas mal pour un film d’horreur canadien à petit budget, manifestement réalisé avec savoir-faire et avec passion.

Personnellement, j’ai nettement préféré le court métrage présenté en ouverture : Treevenge, signé par Jason Eisener et Rob Cotterill, les mêmes zigotos qui avaient commis l’hilarant Hobo With a Shotgun, pastiche de bande annonce de films d’exploitation, pour le Grindhouse de Tarantino et Rodriguez. Ils récidivent avec un sens aigu de la méchanceté sanguinolente dans ce conte hilarant où des arbres se vengent cruellement du sort que leur réservent les humains. Quand les sapins de Noël imitent la barbarie humaine, croyez-moi, ça fait mal. Cette déflagration trash de quinze minutes a fait hurler la salle avec son déferlement de scènes gores et ses assauts sauvages et répétés envers le bon goût. Voilà une réponse parfaite au projet de loi C-10 de môssieur Harper et de sa bande de curés cravatés, en forme de doigt d’honneur bien senti.

Mother of Tears (Dario Argento, Italie, 2007)

Mother of Tears (Dario Argento, Italie, 2007)

Cette journée bien remplie quoique plutôt inégale devait se terminer en séance de minuit, avec la projection de Mother of Tears, de Dario Argento. Ce n’est un secret pour personne que le maître incontesté de l’horreur à l’italienne n’est plus que l’ombre de lui-même depuis la fin des années quatre-vingt. De fait, la dernière fois que je me suis risqué à visionner un film de Dario Argento, c’était The Card Player (Fantasia 2004), de bien triste et pénible mémoire. À cette époque, je m’étais promis de ne plus jamais écouter un nouveau film de ce cinéaste, tellement j’avais été consterné par le résultat.

Mais bien évidemment, je n’ai pas tenu parole, poussé par la curiosité. Parce qu’avec La Terza madre, Argento complète sa trilogie entamée avec Suspiria et Inferno, deux de ses meilleurs films. Aussi, parce qu’Asia Argento est de la partie, tout comme Udo Kier, et Claudio Simonetti signe la musique. Il y avait donc de quoi espérer un retour de la flamme créatrice et de l’inspiration. Hélas, pas du tout. Quelle consternation que ce film bâclé de terrible manière.

Entendons-nous, il s’agit presque d’un pas en avant en regard des productions précédentes. Mais ce n’est pas vraiment un compliment, tellement les productions antérieures étaient au mieux risibles, au pire insupportables. Et de là à affirmer que le maître a retrouvé la forme… Certes, on sent une plus grande ambition et une forme d’énergie chaotique dans la mise en scène, mais le résultat n’est tout simplement pas à la hauteur de ce à quoi le réalisateur nous a habitués au début de sa carrière.

On retrouve donc tous les problèmes chroniques du cinéma récent de Dario Argento, à savoir : un scénario médiocre et incohérent, qui ne sert que de prétexte à des scènes sanguinolentes, des effets faciles et racoleurs (des voix soi-disant lugubres utilisées de manière abusive et maladroite, des clichés gothiques de pacotille tirés tout droit des années quatre-vingt, une imagerie satanique absolument ringarde) et un jeu pitoyable de la part de tous les acteurs. L’interprétation est mauvaise au point où elle déclenche l’hilarité dans la salle à maintes reprises, de manière involontaire, bien entendu. Au vu de ce ratage quasi complet, cette fois, je le jure, on ne m’y reprendra plus.

21 octobre 2007

FNC 2007 : Young People Fucking

Filed under: Cinéma canadien, Comédie, Festival du nouveau cinéma 2007 — Marc-André @ 19:50
Young People Fucking

Young People Fucking

Le sexe. Il n’est question que de ça et de rien d’autre (ou presque) dans ce premier film canadien au titre soi-disant cru mais surtout accrocheur, lisse comme une campagne publicitaire, qui aborde la chose sous un angle ouvertement comique, pour ne pas dire totalement superficiel, pour mieux fuir la réalité qu’il scrute sous des abords proprets et bien savonnés.

Ses concepteurs semblent avoir l’impression que leur approche est directe et franche, mais le résultat se révèle surtout platement télévisuel et irrémédiablement bavard. Les amateurs de Sex and the City y retrouveront sans doute de quoi sustenter leurs fantasmes BCBG, tandis que les cinéphiles, eux, pousseront plusieurs soupirs d’ennui, entre quelques sourires à peine esquissés, tant la farce tourne à vide, comme une sitcom autosatisfaite et vite oubliée.

Young People Fucking parle abondamment de cul, mais paraît presque vieux jeu, à une époque où l’on repousse sans cesse les frontières de la représentation sexuelle au cinéma. C’est dire à quel point il explose comme un pétard mouillé. On pourra admirer qu’il évite à la fois de verser dans la représentation explicite à la Shortbus et dans la vulgarité complaisante des niaiseries lubriques prépubères habituelles. Mais pour cela, il aurait fallu davantage de substance. Certes, le film est rigoureusement construit, en six parties qui reproduisent les étapes entourant les ébats de cinq couples hétérosexuels : prélude, préliminaires, sexe, interlude, orgasme et finale post-coïtum. Cinq récits parallèles sont proposés, chacun d’entre eux exposant une réalité à la fois commune et différente de gens dans la vingtaine ou la trentaine : il y a les ex-amoureux qui se retrouvent le temps d’une partie nostalgique de jambes en l’air, le couple un peu blasé et douillet en mal d’inspiration olé olé, les deux amis qui veulent tenter une expérience purement physique, une première rencontre entre un tombeur de femmes et sa plus récente conquête, et enfin un couple un peu pervers composé d’un homme qui souhaite que son colocataire fasse l’amour avec sa copine sous ses yeux.

Tous ces personnages de petits bourgeois sont pourtant interchageables et sans consistance, car réduits à quelques traits grossièrement soulignés. Le cinéaste Martin Gero et son coscénariste Aaron Abrams, également acteur dans le film, exploitent uniquement le potentiel cocasse de leur sujet, dans des scènes occasionnellement désopilantes et légèrement folichonnes qui sont surtout axées sur des dialogues incisifs et humoristiques, ainsi que sur les maladresses et le ridicule qui entourent les hauts et les bas des mouvements du désir.

Young People Fucking est relativement bien écrit et monté, mais le film offre peu de profondeur et de perspective, tant les personnages demeurent prisonniers de leur aspect stéréotypé et du style terriblement convenu de situations, artificielles et unidimensionnelles. La mise en scène est léchée, sans relief et télévisuelle jusqu’à l’agacement. Bref, voilà un produit étonnamment conformiste pour un titre aussi direct, dont l’emballage ne révèle rien de sulfureux ou de bien original.

20 octobre 2007

FNC 2007 : My Winnipeg

Filed under: Cinéma canadien, Festival du nouveau cinéma 2007 — Marc-André @ 12:23
My Winnipeg

My Winnipeg

Qui d’autre que l’inimitable Guy Maddin pour nous intéresser à un film portant sur la ville de… Winnipeg?

L’un des plus ingénieux et inspirés cinéastes canadiens nous convie à un voyage au coeur de sa ville natale, à la fois follement aimée et terriblement détestée. Les premières images nous montrent un homme fiévreux et paranoïaque, quittant – fuyant, plutôt – la ville à bord d’un train. Est-ce Guy Maddin lui-même? Cet homme nous racontera son histoire personnelle, entremêlée des grands épisodes marquants de sa ville natale, prenant la forme de la confidence exaltée et du règlement de comptes effréné.

Une concoction d’une bizarrerie irrésistible surgira de ses souvenirs, contaminés par son imaginaire fantasque et un délire onirique transformant l’aliénation en épopée humaine aux accents fantasmagoriques. Il en résulte une oeuvre totalement unique et indescriptible, empruntant à l’autobiographie, au documentaire et au surréalisme le plus fantaisiste et insolite que l’on puisse imaginer. Certes, on reconnaît dans chaque plan la signature du réalisateur de Brand Upon The Brain!, qui signe ici son film le plus personnel et intimiste, détournant la matière documentaire vers la quatrième dimension de son univers : hommage au cinéma muet et à l’expressionnisme allemand, noir et blanc et style vieillot au charme suranné, traitement déformé de l’image et montage effréné sont toujours au rendez-vous, mais l’approche et le ton sont férocement originaux.

Narré de manière incantatoire par Maddin lui-même, au moyen d’un monologue jubilatoire et poétique – monologue qui tient de la performance, brillante récitation qui peut être perçue comme une oeuvre à part entière – le récit est une évocation des particularités de la ville manitobaine, parfois solidement documentées et appuyées par des images d’archives, et à d’autres moments complètement délirantes et farfelues. On apprend ainsi que Winnipeg est la ville comptant le plus grand nombre de somnambules au monde, et qu’elle a été le théâtre de nombreux événements marquants et insolites, notamment des séances de spiritisme païen tenues à la mairie (!?!) et des catastrophes historiques, transformées en de véritables tragédies fantastiques sous le regard halluciné de Maddin. Par exemple, l’incendie d’un hippodrome ayant laissé les chevaux en fuite prisonniers dans la glace, avec ses images fulgurantes de carcasses figées dans les paysages enneigés. La disparition du magasin Eaton et la démolition du Colisée de Winnipeg sont soulignées le temps de séquences inoubliables – on aura rarement vu un hommage au hockey aussi colossal et vibrant – sans mentionner les nombreuses péripéties vécues par la famille du cinéaste, filmées tour à tour comme des situations burlesques, grotesques ou mélodramatiques, à la manière de feuilletons télé ou de films hollywoodiens, qui imprègnent la vision du narrateur.

Les thèmes chers à Maddin, tous reconduits de façon magistrale, s’incarnent ici de manière beaucoup plus précise, au moyen d’un hommage ému et transporté à sa mère et à l’ensemble de sa famille, dont il recrée la dynamique avec des mises en abyme tour à tour loufoques, cinglantes et attendries.

On comprendra qu’on a affaire ici à tout sauf à un documentaire conventionnel. D’une richesse infinie, My Winnipeg est un accomplissement remarquable qui laisse le souffle coupé, une oeuvre unique qui est très certainement l’un des sommets de ce grand artiste.

Thème : Silver is the New Black. Un Blog WordPress.com.

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