Travelling Avant

10 octobre 2009

FNC 2009, jour 2 : les morts-vivants envahissent l’Impérial

Filed under: Cinéma américain, Festival du nouveau cinéma 2009, Horreur — Marc-André @ 09:14
Survival of the Dead

Survival of the Dead

De la grande visite et un beau moment, hier soir, au Cinéma Impérial. Le Festival du nouveau cinéma recevait le légendaire créateur de Night of the Living Dead, George A. Romero. Celui-ci accompagnait son plus récent film, Survival of the Dead, présenté dans la section Temps ø. Une horde d’amateurs friands de chair décomposée s’était déplacée pour l’occasion, et lui a réservé un accueil chaleureux.

Accueilli par une ovation debout, Romero a ensuite reçu la Louve d’honneur du festival, pendant que les cinéphiles imitaient le cri du loup. Le cinéaste s’est prêté avec générosité au traditionnel exercice des questions et réponses après la projection, où il a parlé de ses films et évoqué quelques savoureuses anecdotes, dont quelques-unes à propos d’un autre maître du macabre, Dario Argento, avec qui il a déjà collaboré.

Et qu’en est-il de son plus récent film? Celui-ci n’est bien évidemment pas à la hauteur des trois premiers opus de sa légendaire filmographie. Il nous a toutefois fait passer un bon moment, avec ses traits empruntés au western et quelques saillies d’humour, qu’elles soient volontaires ou non (la plupart le sont). Romero ne s’est manifestement pas pris trop au sérieux en réalisant Survival, tout en ne ménageant pas les effets chocs pour lesquels il est reconnu. Le résultat est plutôt inégal, en particulier du côté de l’interprétation, mais il n’en demeure pas moins sympathique et dénué de prétention.

13 septembre 2009

FNC 2008 : Afterschool

Filed under: Cinéma américain, Festival du nouveau cinéma 2008 — Marc-André @ 22:59
Afterschool

Afterschool

Est-il encore possible pour un cinéaste américain d’explorer les affres de l’adolescence sans sombrer dans la redite, la caricature ou la vaine provocation? Devant cet excellent premier long métrage d’un jeune cinéaste âgé d’à peine 24 ans, aucun doute possible : la réponse est oui.

Dans Afterschool, Antonio Campos promène une caméra indiscrète et impitoyable à l’intérieur d’une preparatory school états-unienne, un milieu élitiste que fréquente Robert, un garçon plutôt taciturne et solitaire qui est fasciné par des images violentes et pornographiques qu’il glane sur le Web. Se tenant à l’écart de ses camarades de classe écervelés, fils et filles de la haute, il sera malgré lui mêlé à un terrible événement.

En digne émule de Michael Haneke, dont il épouse l’approche clinique et l’impeccable composition formelle, Campos livre une remarquable réflexion sur le pouvoir des images et sur la dissolution du réel à l’ère du tout à filmer. La mise en scène impressionne par sa rigueur, le réalisateur se livrant à une critique sociale en règle, mais en se gardant bien de verser dans le moralisme.

Le portrait qui en découle est d’une laideur qui donne froid dans le dos : sous les apparences mondaines, le milieu se révèle gangrené, vulgaire, destructeur. Personne n’est épargné, l’étourderie pétrifiante des étudiants étant renvoyée dos à dos avec les mensonges et l’hypocrisie institutionnalisée des adultes. Ces travers sont brillamment reflétés dans les déchirements du protagoniste principal, à la fois acteur, voyeur, victime et complice.

À mi-chemin entre l’approche poétique de Gus Van Sant (Elephant, Paranoid Park) et l’effet choc d’un Larry Clark (Kids, Bully), Afterschool trouve sa propre voie, dérange, bouscule et donne à réfléchir.

26 août 2009

Halloween 2 : hérésie et ignominie

Filed under: Cinéma américain, Horreur — Marc-André @ 22:36
Halloween 2

Halloween 2

Non content d’avoir outrageusement profané l’oeuvre originale de John Carpenter, voilà que Rob Zombie récidive avec Halloween 2, en salle ce vendredi. À moins que vous ne soyez masochiste ou fasciné par la médiocrité, fuyez cette triple daube prétentieuse en puissance.

Comme de nombreux autres inconditionnels du Halloween de 1978 – un film découvert encore tout jeune et qui a marqué en profondeur mon parcours de cinéphile – j’ai passé outre mes réticences face à ce réalisateur et accordé une chance au remake initial de Zombie. Bien mal m’en prit. Je ne me suis pas encore remis d’avoir assisté à une telle infâmie.

Puisque je m’apprête à intégrer à ce blogue une série de billets composés pour le site dont il est le rejeton – www.travellingavant.net, qui sera bientôt relégué aux oubliettes du cyberespace – je me permets de republier le texte rédigé lors de la sortie de Halloween, à l’automne 2007. Qu’il serve de mise en garde devant une entreprise que je qualifierais de nauséabonde.

* * * * * * * * * *

Halloween (2007)

Halloween (2007)

Quel épouvantable gâchis. On avait de bien légitimes raisons de nourrir de fortes appréhensions à l’idée d’un remake de l’un des plus grands films de l’histoire du cinéma d’horreur, modèle absolu du slasher, entre les mains du très subtil Rob Zombie. La médiocrité consternante du résultat dépasse tout entendement. Avec l’acharnement d’un bûcheron décérébré, le bien nommé Zombie a massacré le film emblématique de toute une génération de cinéphiles férus d’épouvante. Son Halloween fait insulte au film original de John Carpenter, tant il carbure à la grossièreté systématique et à la plus profonde bêtise. Pire qu’un ratage intégral, ce film est une honte abyssale.

Divisée de manière ridicule en trois parties qui sont en totale contradiction les unes avec les autres, la nouvelle mouture de Halloween a tôt fait de jeter aux oubliettes l’ensemble des éléments qui assuraient la réussite de l’oeuvre originale, à savoir : un scénario simple et efficace, un sens de l’atmosphère et du mystère, un montage serré et une économie de moyens et d’effets. N’ayant manifestement rien compris au film original, Rob Zombie fonce plutôt tête baissée dans la direction opposée, et propose au spectateur un véritable bulldozer hillbilly hystérique, sorte de continuation remâchée et caricaturale des pires moments de The Devil’s Rejects. Ainsi, les trente premières minutes constituent une tentative dérisoire de déplacer le mythe de Michael Myers dans l’univers simpliste et sordide du réalisateur, peuplé de white trash, de psychologie à cinq sous, de violence primaire et de vulgarité incessante. Faux prequel inséré avec une maladresse inouïe à même la matière du scénario original, cette première partie aura tôt fait d’offenser et de scandaliser les irréductibles fans de la version de 1978. En cherchant à expliquer lourdement les origines du mal destructeur de Michael Myers, Zombie livre en ouverture un segment pitoyable, parsemé de fautes de goût évidentes et d’une approche sociologique digne du niveau intellectuel d’un match de lutte. Si bien qu’après 30 minutes d’un insupportable carnage redondant et dénué de toute pertinence, on a déjà envie de quitter la salle. On n’est pourtant pas au bout de notre peine.

Ayant passé le premier tiers de son film à digresser de manière lourde et interminable autour de ses sempiternelles thématiques bourrées de clichés et avoir enchaîné avec une deuxième partie, brève mais elle aussi totalement ratée, portant sur l’internement de Michael Myers, Zombie semble tout à coup décider de véritablement s’atteler à son idée de remake. Il était temps – mais en fait, il est déjà trop tard. Le troisième acte deviendra ainsi soudainement beaucoup plus fidèle au scénario original de Carpenter et de Debra Hill – du moins, à une version racoleuse et passée au mélangeur, à haute vitesse puisqu’il reste peu de temps au compteur. Après avoir fait des pieds et des mains pour déporter Halloween dans son univers à lui, Zombie se contente tout à coup de recréer les scènes, sans vision d’ensemble et avec un manque de cohésion digne d’un débutant. À partir de là, le film se transforme en un patchwork accéléré et aléatoire qui reprend tous les éléments de l’original et les transforme en une pâte indigeste. Certaines scènes sont identiques, d’autres ajoutées ou transformées, mais elles sont toutes dénuées de la moindre qualité cinématographique et du plus essentiel sens du suspense et de la terreur. Au lieu de cela, Zombie nous offre un carnage sans âme, asséné par un colosse muet primitif et ridicule qui est totalement en contradiction avec la vaine tentative d’humanisation de son personnage effectuée en première partie. Un tel manque de cohérence laisse pantois.

Hésitant entre le rire (plusieurs scènes sont ratées au point où elles suscitent une drôlerie involontaire) et la consternation la plus totale, le spectateur devra ensuite subir une succession assommante de scènes brutales et grandguignolesques, enchaînées nonchalamment et avec une vitesse effarante, comme si Zombie lui-même avait hâte d’en finir avec ce gâchis généralisé. Les amateurs de barbarie sanguinolente seront servis avec la multiplication de scènes violentes qui ont pour seul but de nous faire oublier la médiocrité systématique du jeu des acteurs (même Malcolm McDowell, qui doit se mordre les doigts d’avoir participé à un tel navet, semble se demander ce qu’il fout là) et les ratés d’une réalisation approximative qui expose crûment le manque de talent et de vision de Zombie en tant que cinéaste.

On a souvent souligné à quel point Rob Zombie est un fervent admirateur et un continuateur d’un certain cinéma sauvage et viscéral propre aux années soixante-dix. Si cela est vrai, il est d’autant plus difficile de comprendre pourquoi il a souhaité s’aventurer sur un terrain aussi iconique et périlleux, qui n’a rien à voir avec son univers de tarés insignifiants. Très loin de l’hommage et de l’amour du genre dont témoigne un Tarantino, son Halloween ressemble davantage à une réappropriation poseuse, bancale et maladroite. Bien des fans ne le lui pardonneront pas. Il est aussi l’exemple par excellence qui démontre que la vogue actuelle des remakes est une impasse mercantile et un fléau culturel. Combien d’autres classiques sont en voie d’être charcutés et trahis de la sorte?

21 juillet 2009

Fantasia 2009 : Inglourious Basterds en film de clôture!

Filed under: Cinéma américain, Fantasia 2009 — Marc-André @ 17:46
Inglourious Basterds

Inglourious Basterds

La rumeur courait depuis plusieurs jours déjà. On se disait que c’était trop beau pour être vrai. Et la confirmation officielle est tombée tôt ce matin. Fantasia vient de frapper un très, très, très grand coup.

Inglourious Basterds, de Quentin Tarantino, s’amène à Montréal le mercredi 29 juillet, en film de clôture de cette époustouflante treizième édition. À ma connaissance, il s’agira de la première représentation du film depuis le Festival de Cannes, et depuis que le cinéaste a préparé un nouveau montage de son film. Comme prise, c’est énorme! Historique même, pour Fantasia, qui obtient du même coup un prestige et une reconnaissance accrus et entièrement mérités.

Le film sera accompagné de Eli Roth, qui campe l’un des rôles principaux. Il sera projeté à 21 h 45, au Théâtre Hall. Si je ne m’abuse, ce sera la première nord-américaine. Une folle cohue est à prévoir.

Mais avant de vous ruer tambour battant sur Admission, sachez qu’il est déjà trop tard. Le film affiche complet. En fait, il semble qu’aucun billet n’était disponible après moins d’une heure de mise en vente. Ça vous surprend? C’est ce qu’on appelle un événement.

20 juillet 2009

Fantasia 2009 : House of the Devil ajouté à la programmation

Filed under: Cinéma américain, Fantasia 2009, Horreur — Marc-André @ 23:46
The House of the Devil

House of the Devil

Cette treizième édition de Fantasia n’en finit plus de nous offrir des surprises. En voici une autre, d’autant plus agréable qu’elle est inattendue.

Amateurs de cinéma d’épouvante, réjouissez-vous! L’équipe du festival avait bien dissimulé l’un de ses cadeaux horrifiques sous le sapin des réjouissances annuelles. House of the Devil, un film d’horreur atmosphérique signé Ti West, a été ajouté à la programmation de la dernière fin de semaine de festivités.

House of the Devil recrée l’ambiance et le style des films de peur des années quatre-vingt, mais sans le vernis kitsch habituel. Depuis sa présentation au festival de Tribeca, le film de Ti West (qui avait déjà présenté The Roost à Fantasia en 2005) s’est attiré un excellent bouche à oreille qui en fait l’un des films d’horreur indépendants américains les plus attendus de l’année. Espérons que l’oeuvre livrera les frissons, le charme rétro et le climat de terreur attendus. La participation de Glass Eye Pix et de Larry Fessenden à la production m’inspire certainement confiance.

Une seule projection, le dimanche 26 juillet, à 19 h 15, au Théâtre Hall. Voir les détails sur le site officiel du festival.

14 juillet 2009

Fantasia 2009 : The Immaculate Conception of Little Dizzle

Filed under: Cinéma américain, Fantasia 2009 — Marc-André @ 08:06
The Immaculate Conception of Little Dizzle

The Immaculate Conception of Little Dizzle

Coiffée d’un titre abracadabrant et portée par une bonne dose de créativité et d’humour irrévérencieux, cette comédie indépendante américaine atypique raconte les mésaventures de Dory, un informaticien qui traverse une crise existentielle. Ayant trouvé un boulot dans une entreprise de conciergerie (lire : il nettoie des toilettes), il côtoie une joyeuse bande d’hurluberlus tout en développant une curieuse dépendance à l’endroit d’une nouvelle marque de biscuits produits par une compagnie aux visées douteuses. Les dits biscuits provoquent bientôt des douleurs abdominales, des hallucinations et peut-être même, ô horreur ou ô révélation (à vous de choisir), la possibilité d’enfanter des créatures bleues. Ce qui peut être précoccupant, vous en conviendrez certainement.

Défiant toute catégorisation, ce premier long métrage totalement échevelé de David Russo est l’archétype même du film sur l’acide, qu’il mène dans des retranchements plutôt inédits. Réalisé sans prétention mais avec beaucoup d’idées de mise en scène et une énergie qui ne se dément pas, ponctué de moments hilarants, d’échappées fantastiques et de séquences animées plutôt réussies (malgré la modestie des moyens techniques), le récit s’égare et s’étire par moments, mais rien pour gâcher notre plaisir devant l’exubérance des acteurs, le délire incessant des situations et la folle inventivité qui se dégage d’un production excentrique, fêlée et absolument réjouissante.

16 juin 2009

Il y a dix ans… Eyes Wide Shut

Filed under: Cinéma américain, Cinéma anglais — Marc-André @ 15:08
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Eyes Wide Shut, de Stanley Kubrick (1999)

Dr. Bill Harford: Now, where exactly are we going… exactly?
Gayle: Where the rainbow ends.
Dr. Bill Harford: Where the rainbow ends?
Nuala: Don’t you want to go where the rainbow ends?
Dr. Bill Harford: Well, now that depends where that is.
Gayle: Well, let’s find out.

Le 16 juillet 2009 marquera le dixième anniversaire de la sortie de Eyes Wide Shut, opus ultime de Stanley Kubrick, décédé en mars 1999. Comme je serai en pleine frénésie festivalière à Fantasia lors de cette date commémorative, je souhaite souligner l’événement, un mois à l’avance, en hommage à un cinéaste d’exception et à une oeuvre magistrale.

Impossible d’oublier l’atmosphère de jubilation funèbre qui accompagnait le visionnement du film, le premier jour de sa sortie. Cette sensation confuse de célébration – un Kubrick au cinéma, pour la première fois depuis Full Metal Jacket, en 1987, il y avait de quoi réjouir le cinéphile – mais aussi de deuil, car c’était bien la dernière fois que le maître nous faisait la grimace, sourire en coin, en se moquant de nos travers et de nos croyances avec une redoutable intelligence et acuité. À l’heure des multiplexes, antres d’une culture du chloroforme et de la servilité mercantile, combien son regard nous manque, alors que nous sommes plus que jamais bombardés d’images que nous déchiffrons peu ou mal. Avec les yeux grands fermés, encore et toujours.

Périodiquement, depuis une décennie, je revois Eyes Wide Shut. Des détails nouveaux surgissent à chaque occasion; la fascination, elle, est intacte, comme au moment de sa découverte, mais elle s’épaissit et s’enrichit de pistes de réflexion tendues vers l’infini. Un magnifique mystère persiste : celui du unheimlich de Freud. L’inquiétante étrangeté, « quelque chose de tout à fait nouveau et à quoi notre attente n’était certainement pas préparée [...] ce qui devait rester un secret, dans l’ombre, et qui en est sorti ». Ne retrouve-t-on pas là l’essence même de la confession d’Alice (Nicole Kidman), puis des déambulations nocturnes de Bill (Tom Cruise), soudainement transporté de l’autre côté du miroir? Where the rainbow ends. Là où le rêve et les fantasmes questionnent notre rapport discontinu à ce que nous nommons la réalité, et qui n’est le plus souvent qu’apparences.

Eyes Wide Shut convie à toutes les lectures. Psychanalytique, bien sûr; symbolique, certainement; référentielle, assurément; sociologique, peut-être plus encore, comme l’a démontré Tim Kreider (voir son article intitulé « Introducing Sociology: A Review of Eyes Wide Shut »). Profondément incompris lors de sa sortie, injustement jugé inférieur aux oeuvres qui l’ont précédé, le film suscite de plus en plus d’analyses (dont celle, plan par plan, de Jeffrey Bernstein) qui permettront, souhaitons-le, de lui redonner sa place, qui est celle de l’un des plus grands chefs-d’oeuvre cinématographiques des dix dernières années.

11 juin 2009

Jim Jarmusch et les limites de la perception

Filed under: Cinéma américain — Marc-André @ 11:32
The Limits of Control, de Jim Jarmusch (2009)

The Limits of Control, de Jim Jarmusch (2009)

Fascinantes, les réactions entourant la sortie du plus récent film de Jim Jarmusch, The Limits of Control. Et très représentatives d’un certain état de la critique cinématographique en cette ère du tout à la toile et du triomphe de l’opinion spontanée, il me semble.

De nombreux commentateurs ont esquinté sans ménagement ce film singulier, immédiatement qualifié de raté et de soporifique. Un jugement sévère et expéditif, asséné de manière déclamatoire et sans appel.

À l’autre bout du spectre, on retrouve des avis tout à fait opposés, qui soulignent la grandeur et l’importance d’une oeuvre d’exception. J. Hoberman, du Village Voice, affirme même d’emblée qu’il s’agit du meilleur opus jarmuschien depuis Dead Man (article).

Comment expliquer d’aussi fortes polarisations? Et où ce situe cet objet cinématographique, entre le vide intersidéral décrié par les uns et la magistrale métaphore politico-symbolique revendiquée par d’autres?

Plus qu’au contrôle et à ses limites, évoquées à même le titre, c’est à une véritable exploration de la perception que nous convie Jim Jarmusch avec ce polar métaphysique référentiel qui s’efface presque à force de tendre vers l’abstraction. Cette invitation à la contemplation radicale irritera sans doute les épidermiques; pour d’autres, ce sera un voyage hypnotique appuyé par les splendides images de Christopher Doyle et les nappes sonores de Boris, Earth et Sunn o))). À chacun ses envoûtements.

17 juillet 2008

Fantasia 2008, jour 15 : I Think We’re Alone Now, Handle Me With Care

Filed under: Cinéma américain, Cinéma thaïlandais, Documentaire, Fantasia 2008 — Marc-André @ 16:39

Carnets Fantasia 2008 : jeudi 17 juillet

Fantasia compte plusieurs films-événements à même sa riche programmation – y compris deux premières mondiales très attendues cette fin de semaine – et on ne veut évidemment pas manquer ces pièces de résistance. Mais il ne faut pas non plus négliger les œuvres plus modestes ou obscures. On y fait souvent des découvertes qui enrichissent grandement une expérience festivalière. Le menu de ce jeudi est justement composé de deux curiosités qui se révèlent être de véritables trésors d’humanisme, en plus de proposer un regard cinématographique singulier et complémentaire.

I Think We’re Alone Now (Sean Donnelly, États-Unis, 2008)

I Think We’re Alone Now (Sean Donnelly, États-Unis, 2008)

Débutons avec un documentaire extrêmement touchant sur deux individus qui éprouvent une admiration sans borne, pour ne pas dire maladive, envers Tiffany, une chanteuse pop des années 80. I Think We’re Alone Now nous présente Jeff, un quinquagénaire qui est atteint du syndrome d’Asperger, et Kelly, un (ou une) hermaphrodite. Ces deux individus ont en commun leur obsession extrême pour une figure dérisoire et rapidement oubliée de la scène pop des années 80 : la chanteuse Tiffany. Jeff et Kelly ont érigé Tiffany au rang de déesse, et même d’amour de leur vie. Leur « relation » avec elle dure depuis près de vingt ans. Ils sont bien plus que des fans : chacun à leur manière, ils se sont construit un univers délirant où ils croient entretenir un lien d’attachement particulier avec cette figure de fantasme qui alimente leur vie intérieure.

Excentrique, leur lubie? Bizarre? Un peu (beaucoup) à côté de la plaque? Toutes ces réponses, mais bien plus que cela. Car si ce documentaire empathique et fascinant de Sean Donnelly s’ouvre sur une incursion passionnante et parfois loufoque au cœur du phénomène des groupies excessifs et des stalkers de personnalités médiatiques, il devient vite évident que ce qui intéresse véritablement le cinéaste, ce sont ces deux personnes, leur vie, leurs désirs, leur monde singulier et plus encore, leur terrible solitude, qu’il nous partage avec une émouvante sincérité. On découvre des êtres marginalisés par leur différence et dont l’imaginaire fantasque dissimule un énorme mal de vivre et des besoins affectifs qui se heurtent aux obstacles créés par leur difficulté à être acceptés par la société.

En refusant de les traiter comme des phénomènes de foire, le cinéaste leur laisse la parole, à eux et à leur entourage, et nous convie à découvrir leur intimité, parfois troublante, toujours bouleversante. On rit souvent en écoutant I Think We’re Alone Now, un portrait authentique, sincère et immensément juste, mais surtout, on est remués en profondeur. Un documentaire essentiel, sensible, brut et en parfaite symbiose avec ses sujets, jusque dans sa forme. En prime, on aura eu droit à des commentaires très intéressants du cinéaste, venu présenter son film. Très certainement l’un des meilleurs films de la sélection des « Documentaries From the Edge » de cette année.

Handle Me With Care (Kongdej Jaturanrasamee, Thaïlande, 2007)

Handle Me With Care (Kongdej Jaturanrasamee, Thaïlande, 2007)

Le film suivant ne saurait être mieux choisi. Handle Me With Care aborde lui aussi la thématique de la marginalité, de manière totalement différente mais avec un sens similaire de l’empathie. Comme toujours, les thaïlandais ne font rien comme les autres et redéfinissent l’expression « sur l’acide » avec cette histoire abracadabrante d’un jeune homme qui possède trois bras. Sa difformité est bien sûr l’objet d’incompréhension et de rejet de la part de son entourage, une situation qu’il vit assez difficilement en dépit du fait qu’elle peut également lui procurer des avantages, révélés avec un sens aiguisé du cocasse et de l’absurde.

Le cinéaste exploite cette idée originale en multipliant les scènes riches en situations surréalistes, à l’humour savoureux. Mais lorsque notre pauvre homme à trois bras décidera de prendre la route vers la grande ville afin de procéder à une opération qui lui permettra de ne plus être considéré comme un monstre et de vivre une vie plus normale, il fera la connaissance d’une jeune femme abandonnée par son mari. Cette rencontre de deux être esseulés fera progressivement basculer le récit, amorcé sous un angle comique réjouissant et astucieux, vers une romance mélodramatique qui évite – oh miracle! – les excès de sentimentalisme auxquels on pouvait s’attendre avec un sujet aussi propice à la guimauve et au cabotinage. Ces deux écueils sont évités brillamment par le cinéaste thai Kongdej Jaturanrasamee, qui témoigne d’un sens de la mise en scène épatant. La direction photo est somptueuse, les situations très imaginatives ne manquent pas, et les trucages avec le troisième bras sont extrêmement bien faits et efficaces – et ce, sans aucun effet numérique, ce qui est un véritable petit exploit de travail artisanal soigné. Les acteurs offrent d’excellentes performances, sans sombrer dans un jeu affecté qui plombe parfois ce type de cinéma thaïlandais, et le film utilise à merveille des intertitres sur fond noir afin de révéler les sentiments et les réflexions du personnage principal. Tant sur le plan de la comédie que sur celui du mélodrame, Handle Me With Care constitue une très agréable réussite qui en fait un Citizen Dog en mode mineur. Une surprise de taille qui confirme que le cinéma thaïlandais a beaucoup à offrir lorsqu’il sait bien doser sa folie épatante et lorsqu’il est porté par un cinéaste aussi talentueux. En voilà un à suivre de près.

16 juillet 2008

Fantasia 2008, jour 14 : May 18, The Rebel, From Within

Filed under: Cinéma américain, Cinéma sud-coréen, Fantasia 2008, Horreur — Marc-André @ 16:25

Carnets Fantasia 2008 : mercredi 16 juillet

May 18 (Kim Ji-hun, Corée du Sud, 2007)

May 18 (Kim Ji-hun, Corée du Sud, 2007)

Les projections de films sud-coréens se suivent et ne se ressemblent pas. Après avoir fait une belle découverte lundi soir avec l’excellent No Mercy for the Rude, voilà qu’on sombre dans les bas-fonds du plus mauvais sirop mélodramatique qui soit avec May 18. Quel ratage épouvantable que ce film larmoyant et bâclé qui cherche à commémorer les événements tragiques qui sont survenus dans la région de Gwangju en 1980. L’armée sud-coréenne avait alors ouvert le feu sur des étudiants manifestant pour la démocratie, puis sur des innocents qui avaient ensuite décidé spontanément de se prendre les armes et de se défendre, avec des résultats catastrophiques.

On a toujours admiré le courage des cinéastes sud-coréens, qui n’hésitent pas à mettre en images plusieurs événements controversés et hautement politiques de leur histoire, même récente. Cette détermination à affronter les démons du passé nous a donné plusieurs excellents films – pensons notamment à Peppermint Candy, The President’s Last Bang et Silmido, devant lesquels cette reconstitution poussive et pimentée d’inexcusables fautes de goût fait bien piètre figure. Comment expliquer la présence de nombreuses séquences d’un humour gras et carrément insupportable qui entrecoupent d’horribles scènes de massacre? Ce cabotinage éhonté n’a tout simplement pas sa place dans un tel contexte. Pourquoi insister sur une romance inconsistante et mal développée entre deux assiégés, au lieu de s’interroger sur les événements qui sont dépeints? Il est clair que le cinéaste a choisi la voie de la facilité et du sensationnalisme grossier avec ce divertissement populaire de pacotille qui cherche maladroitement à émouvoir son public à tout prix. On se demande bien ce que Ahn Sung-kee, acteur emblématique du cinéma sud-coréen, est allé faire dans cette galère d’une mièvrerie consternante. Sujet en or et complètement gâché.

The Rebel (Truc 'Charlie' Nguyen, Vietnam, 2006)

The Rebel (Truc 'Charlie' Nguyen, Vietnam, 2006)

Passons avec soulagement de la Corée du Sud au Vietnam avec The Rebel, une production ambitieuse située dans les années vingt, en pleine occupation française. De mémoire, je crois qu’il s’agit du deuxième film vietnamien à être projeté à Fantasia, et d’évidence, ses artisans cherchent à frapper un grand coup avec ce film d’arts martiaux bourré de scènes d’action trépidantes qui tentent de rivaliser avec les productions similaires en provenance de Hong Kong et de Thaïlande. Et on peut dire qu’ils y sont parvenus en grande partie avec la production la plus coûteuse de l’histoire de son pays.

Ce premier film de Charlie Nguyen possède plusieurs qualités : une impressionnante reconstitution historique, une belle direction photo, beaucoup de style et des combats nombreux et spectaculaires qui plairont assurément aux amateurs de films d’action asiatiques. Aussi, on pardonnera les quelques invraisemblances qui ponctuent l’expérience, comme certaines situations un peu tirées par les cheveux ou encore le curieux accent de certains colons français, peu crédible. Ce sont des défauts mineurs, car l’ensemble se distingue par son énergie et par son sens du rythme. La mise en scène est soignée, et manifestement, beaucoup d’efforts ont été déployés afin de donner du panache à cette histoire qui trouve ses fondements dans les efforts d’émancipation de la population vietnamienne afin de se libérer du joug français. Cette dimension permet à The Rebel de se hisser au-dessus des films d’arts martiaux habituels, et son cadre exotique lui sied à merveille. On ne peut que saluer ce premier effort impressionnant, et souhaiter qu’il pave la voie à d’autres films en provenance du Vietnam.

From Within (Phedon Papamichael, États-Unis, 2008)

From Within (Phedon Papamichael, États-Unis, 2008)

La soirée se conclut avec un thriller surnaturel qui cherche à sortir des sentiers battus par les films d’horreur américains pour adolescents. From Within (à ne pas confondre avec From Inside, magnifique film d’animation poétique, également présenté cette année) est réalisé par Phedon Papamichael, un directeur photo réputé qui effectue un bon travail d’artisan, sans plus, avec ce récit d’épouvante qui s’amorce avec une série de suicides inexplicables qui terrorisent la population d’une petite ville du sud des États-Unis. Mais s’agit-il vraiment de suicides? Une étudiante tente de percer le mystère, tandis qu’une partie de la population sombre dans une paranoïa alimentée par un jeune fanatique religieux.

Sans être bien original, et encore moins effrayant, ce récit mise tout de même sur une réalisation sobre et appliquée qui ménage bien ses effets. Le cinéaste en profite également pour égratigner l’obscurantisme religieux de nos voisins du sud au passage, sans trop en rajouter. L’interprétation des jeunes acteurs est un peu mieux que la moyenne des films pour ados, et les personnages sont suffisamment crédibles pour nous intéresser. Enfin, la dernière partie réserve son lot de surprises, ce qui permet d’achever le visionnement sur une bonne note. Ce n’est pas mémorable, et on est loin d’un vrai renouvellement, mais c’est quand même pas mal, et c’est beaucoup moins prétentieux que la série des Final Destination.

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